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Les femmes au cœur du risque cardiovasculaire

[ Publié le 1 mars 2018 ]

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Les maladies cardiovasculaires (MCV) restent la première cause de décès des femmes. En Europe, c'est une femme sur deux qui meurt du cœur et des vaisseaux, et c’est une femme sur trois en France. Les maladies cardiovasculaires tuent sept fois plus que le cancer du sein !

Plus de 80% des femmes présentant un infarctus du myocarde avant l'âge de 50 ans sont des fumeuses. 

Les femmes ont plus de facteurs de risque et de comorbidités que les hommes : le tabac, le diabète, le cholestérol, le syndrome métabolique sont plus délétères chez elles.
L'hypertension artérielle est aussi le facteur de risque le plus important des MCV des femmes. 

 

Les femmes ont aussi des facteurs de risque hormonaux spécifiques qui ne sont pas évalués dans les scores de risque établis sur des cohortes en majorité masculines, sous estimant le risque réel des femmes. 

 

A Lille, le Professeur Claire Mounier-Vehier propose un dépistage personnalisé pour la femme à risque par la création d'un parcours de soins spécifique avec un bilan cœur-artères-femmes-hormones associé à un accompagnement éducatif et psychologique.

 

En 2017, La Fédération française de cardiologie (FFC) a intensifié sa campagne grand public de sensibilisation sur la santé du cœur des femmes en les alertant sur les signes de l'infarctus du myocarde très souvent différents de ceux des hommes. Elle soutient plusieurs programmes de recherche cardiovasculaire sur des populations féminines. L'égalité entre les femmes et les hommes passe aussi par le cœur !

 

Santé cardiovasculaire des femmes : alerte rouge !

Malgré une diminution de la mortalité, en France, les MCV sont responsables de 51.4 décès pour 100.000 femmes âgées de 35 à 74 ans dont 11.9 dus à une maladie coronaire.

Entre 2008 et 2013 on observe une augmentation de 20% des syndromes coronaires aigus (SCA) chez les femmes les plus jeunes. Et 40% des patients admis pour SCA dans les unités de soins intensifs cardiologiques sont des femmes.

 

Les femmes ont plus de facteurs de risque et de comorbidités que les hommes

Le tabagisme semblait moins présent chez les femmes mais une étude Française, FAST-MI, montre des tendances alarmantes : chez les femmes présentant un syndrome coronaire aigu, de 37,5% de femmes fumeuses actives en 1995, elles étaient 73,1% en 2010.

Et ce sont les femmes les plus jeunes qui sont touchées : actuellement, plus de 80% des femmes présentant un infarctus du myocarde avant l'âge de 50 ans sont des fumeuses !

 

Passé 50 ans, les modifications hormonales liées à la ménopause font que les femmes ont des niveaux de cholestérol total plus élevés que les hommes, surtout pour le LDL cholestérol (le mauvais cholestérol). Et chez elles, l'hypertriglycéridémie semble avoir un impact plus délétère sur le risque de maladie coronaire.

 

Le diabète est plus fréquent chez les femmes et il est plus sévère. Le pronostic est plus sombre que chez les hommes.

Chez les femmes présentant un syndrome coronaire aigu, la prévalence de l'obésité est passée de 7.6% en 1995 à 27.1% en 2010. 

 

Facteurs de risque classiques : quelles sont les différences entre les sexes ?

L'âge d'augmentation du risque de MCV est de 55 ans ou plus pour les femmes et de 45 ans ou plus pour les hommes soit un décalage de 10 ans entre les deux sexes.

On parle d'histoire familiale de MCV prématurée chez les femmes de premier degré de moins de 65 ans et chez les hommes de premier degré de moins de 55 ans.

 

Le tabagisme multiplie par deux le risque relatif de SCA chez les femmes de moins de 55 ans alors qu'il est le facteur de risque le plus important chez les hommes de moins de 50 ans.

 

Le cholestérol total augmente de 10% après la ménopause alors qu'il reste stable chez l'homme après 50 ans.

Le HDL cholestérol est plus élevé chez les femmes (> 1.2 mmol/L) que chez les hommes (> 1.0 mmol/L).

Le LDL cholestérol augmente de 14% après la ménopause et ne se modifie pas chez l'homme après 50 ans.

 

Le diabète multiplie par 1,5 à 2 le risque de mortalité chez les femmes par rapport aux hommes indépendamment des autres facteurs de risque dans l'insuffisance cardiaque à fraction d'éjection préservée.

 

Les facteurs de risque spécifiques aux femmes

Chez les femmes de nouveaux facteurs de risque ont été mis en évidence : le niveau d'inflammation élevé, le déficit en œstrogènes naturels, la résistance à l'insuline, une forme androïde d'obésité, l'inflammation chronique liée aux maladies systémiques.

Et chez les femmes, le stress et la précarité semblent avoir un impact plus significatif que chez les hommes.

 

L'hypertension artérielle est un facteur de risque qui peut toucher la femme dans trois périodes de sa vie génitale : lors de la prise de la contraception estroprogestative, lors de la grossesse (HTA gravidique) et après la ménopause liée à l'âge et/ou à la prise d'un traitement hormonal substitutif.

 

Les facteurs de risque spécifiques de la femme dependent de leur âge :

  • Chez les moins de 50 ans, ce sont : un âge précoce des premières règles (8-12 ans), la contraception estroprogestative, les syndromes d'ovaires polykystiques, la pré-éclampsie, le diabète gestationnel, l'insuffisance ovarienne prématurée et la ménopause précoce avant 40 ans.

 

  • Après la ménopause, ce sont : une radiothérapie et/ou chimiothérapie pour cancer du sein, la ménopause, l'ostéoporose, le syndrome métabolique (hypertension artérielle, obésité abdominale, intolérance au glucose, diabète de type 2, un HDL cholestérol trop bas, une hypertriglycéridémie, un LDL cholestérol élevé), le syndrome d'apnée du sommeil et la transition vers l'athérosclérose de la périménopause (avec changement hormonal, symptômes vasomoteurs, syndrome métabolique et syndrome vasculaire avec calcifications vasculaire, dysfonction endothéliale et rigidité artérielle). 

 

Les scores de risque cardiovasculaire ne sont pas adaptés aux femmes

En prévention primaire, les scores de risque cardiovasculaire (Framingham, PROCAM, SCORE, QRISK2...) ont été établis sur des cohortes en majorité masculines. Ces scores ne sont pas adaptés à la femme, d’autant plus que ces scores n'ont pas pris en compte le risque spécifique hormonale de la femme. Ainsi ces scores de risque sous estiment le risque réel des femmes.

 

L'American Heart Association (AHA) est la seule société savante à avoir défini une stratification du risque cardiovasculaire des femmes. Pour l'AHA, les femmes peuvent être classées en trois groupes :

 

1) A très haut risque c'est à dire 20% ou plus de risque d'avoir une MCV dans les 10 ans chez les femmes ayant : une maladie coronaire documentée, une maladie cérébrovasculaire, une artériopathie périphérique, un anévrisme de l'aorte abdominale, une insuffisance rénale chronique, ou un diabète.

 

2) A risque c'est à dire 10 à 20% de risque d'avoir une MCV dans les dix ans chez les femmes ayant au moins un des 12 facteurs de risque suivant : tabagisme, hypertension artérielle traitée ou une PA > 120/80 mmHg, cholestérol total > 200 mg/dl, HDL cholestérol < 50 mg/dl ou une dyslipidémie traitée, obésité abdominale, inactivité physique, histoire familiale de MCV prématurée, syndrome métabolique, athérome vasculaire asymptomatique, faible capacité physique à l'épreuve d'effort et/ou fréquence cardiaque de récupération anormale, maladie systémique auto-immune vasculaire (lupus, polyarthrite rhumatoïde), antécédent de prééclampsie, de diabète gestationnel ou d'hypertension gravidique.

 

3) Santé optimale c'est à dire moins de 10% de risque d'avoir une MCV dans les dix ans chez les femmes ayant un mode de vie sain sans facteur de risque et sans traitement cardiovasculaire.

 

Un dépistage personnalisé pour les femmes à risque

A Lille, le professeur Claire Mounier-Vehier propose une approche agressive pour identifier et prendre en charge les facteurs de risque, essentielle pour la prévention primaire des MCV des femmes.

 

La mesure de la pression artérielle (en médecine du travail, par le médecin traitant, par le gynécologue, par le cardiologue ou en automesure à domicile) est l'opportunité la plus fréquente pour détecter les femmes à risque.

L'hypertension artérielle est le facteur de risque le plus importants des MCV des femmes. L'automesure tensionnelle pourrait être utilisée plus fréquemment par elles tant pour le dépistage que pour le contrôle tensionnel.

 

Des tests cardiovasculaires (échocardiographie, épreuve d'effort) pourraient être proposés à toutes les femmes symptomatiques (gène précordiale, essoufflement anormal...) et à toutes celles de plus de 45 ans qui veulent débuter la pratique d'un sport.

 

L'apnée du sommeil pourrait aussi être détectée.

Les changements de mode de vie et les traitements médicaux (antihypertenseurs, hypolipémiants, antidiabétiques, traitement hormonal substitutif ...) pourraient être institués.

Enfin à Lille, le professeur Claire Mounier-Vehier a proposé que les cardiologues et les gynécologues travaillent ensemble pour améliorer la santé cardiovasculaire des femmes en intégrant leurs risques hormonaux par la création d'un parcours de soins spécifique aux femmes à risque avec un bilan cœur-artères-femmes-hormones associé à un accompagnement éducatif et psychologique.

 

La Fédération française de cardiologie (FFC) dont la présidente est le professeur Claire Mounier-Vehier a en 2017 intensifié sa campagne grand public de sensibilisation sur la santé du cœur des femmes en les alertant sur les signes de l'infarctus du myocarde très souvent différents de ceux des hommes.

La FFC soutient aussi des programmes de recherche cardiovasculaire sur des populations féminines : un premier programme va créer un score de risque coronarien spécifique à la femme en s'appuyant sur la cohorte E3N qui regroupe plus de 100.000 femmes. Un second va étudier les caractéristiques de l'infarctus chez la femme jeune dans une population de plus de 200 patientes, et un troisième va réaliser un registre des cardiopathies ischémiques pour décrire la prise en charge thérapeutique des différentes formes d'insuffisance coronaire chez des patients âgés de 35 à 74 ans. L'égalité entre les femmes et les hommes passe aussi par le cœur !

 

Pour en savoir plus : 

NOTRE EXPERT

Gallois

  • Hervé Gallois, cardiologue

S'INFORMER

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