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Addictions

Heat not Burn : le tabac chauffé non brûlé (mais presque)

[ Publié le 2 mars 2018 ]

cigarette-electronique

Face à la montée en puissance de la vaporette ou cigarette électronique, l’industrie du tabac s’est tournée vers d’autres dispositifs qui créent de la confusion (but recherché). Ce ne sont pas des vaporettes, car il s’agit bel et bien de tabac chauffé, voire pyrolysé (Auer, 2017) et vaporisé.

Japan Tobacco International (JTI), puis plus récemment Philip Morris International (PMI) et British American Tobacco (BAT) ont commercialisé leurs dispositifs à travers le monde. Ils ressemblent à s’y méprendre à des vaporettes, mais ils n’en sont pas car ils vaporisent du vrai tabac et non uniquement de la nicotine.

Ploom (JTI)

C’est Japan Tobacco International qui a été le premier à commercialiser ce dispositif appelé « vaporisateur portable » en 2013 aux Etats-Unis, puis au Japon, en Corée et en Italie. Le lancement en France a eu lieu en 2014, et la diffusion par les buralistes.

 

IQOS (PMI)

C’est ensuite Philip Morris International qui a commercialisé son dispositif IQOS (I quit ordinary smoking), en 2014, au Japon et en Italie.

En 2017, Iqos était déjà vendu dans une vingtaine de pays : au Japon au niveau national, et dans de nombreuses villes, en Suisse, en Italie, en Russie, au Portugal, en Allemagne, aux Pays Bas ou encore au Canada. L'objectif était qu'IQOS soit commercialisé dans 35 pays d'ici la fin 2017.

 

La Food and Drug Administration des États-Unis (FDA) a commencé l’examen de la demande déposée en décembre 2016 par Philip Morris International pour obtenir le statut de « produit du tabac à risque modifié » (PTRM) pour l’iQOS. En effet, le but est d’obtenir l’autorisation de commercialiser son dispositif de tabac chauffé avec les avertissements :

  • « Passer complètement des cigarettes au système iQOS peut réduire les risques de maladies liées au tabac” » ;
  • « Passer complètement à iQOS présente moins de risques de nuire à sa santé que de continuer à fumer des cigarettes » ;
  • « Passer complètement des cigarettes au système iQOS réduit considérablement l’exposition aux produits chimiques nocifs et potentiellement nocifs».

 

En mai 2017, Reto Auer et ses collègues suisses ont publié dans Jama Internal Medicine une lettre à l’éditeur, après avoir analysé les émissions de l’IQOPS et comparé à une cigarette du commerce (Lucky Strike blue light). Selon eux, l’IQOS émettrait plus de substances toxiques qu’annoncées par les études de PMI : 82% de l’acroléine d’une cigarette, 74% du formaldéhyde et 50% du benzaldéhyde, ainsi qu’un peu de CO.

 

Les auteurs de l’article ajoutent que la fumée émise par l’IQOS contient des éléments de pyrolyse et de dégradation thermogénique qui sont les mêmes constituants nocifs que la fumée de cigarette conventionnelle. L’IQOS chauffe le tabac à 330° contre 684° pour la cigarette conventionnelle (dans cette étude) : ainsi, des composés organiques volatiles, des hydrocarbures aromatiques polycycliques et du monoxyde de carbone sont présents dans la fumée d’IQOS.

 

Elle délivrerait aussi un peu moins de nicotine (84% par rapport à la cigarette de référence), en raison de la moindre contenance en tabac de ces cigarettes. Précisons que des pressions avaient été faites par PMI auprès du recteur de l’université de Lausanne pour retirer la publication.

philipps-moris


Depuis, en décembre 2017, l’agence de presse Reuters a publié des documents et témoignages d’anciens employés (dont Tamara Koval, qui avait coordonné les essais cliniques de 2012 à 2014) détaillant des irrégularités dans les essais cliniques de l'IQOS, à Neufchâtel en Suisse. Ces essais cliniques devaient permettre à PMI d’obtenir le statut de « produit du tabac à risque modifié » (PTRM) pour l’IQOS. Ils viennent d’être publiés dans Regulatory Toxicology and Pharmacology (Martin et al., 2018) : une faite en Pologne, deux au Japon et une aux Etats-Unis.

 

Philip Morris International ne devrait pas être autorisé à affirmer que son appareil de tabac chauffé iQOS peut réduire le risque de maladies liées au tabagisme chez les fumeurs ayant complètement abandonné la cigarette, a conclu jeudi un comité consultatif de l'agence fédérale de la santé (FDA) aux Etats-Unis (agence Reuters, le 25 janvier 2018).

 

A suivre, donc…

 

GLO (British American Tobacco)

En 2016, British American Tobacco a aussi lancé son dispositif HnB (Heat not Burn), appelé GLO au Japon. Ce dernier libère une vapeur avec un goût similaire à une cigarette conventionnelle, mais avec  près de 90% de toxiques en moins. Et c’est en Suisse, qui est le deuxième marché test du groupe américain après le Japon, que ce dispositif a été lancé en 2017, à Zurich. « Réduire la température, en chauffant le tabac à seulement 140 degrés, permet de diminuer les substances toxiques de manière conséquente », affirme lundi dans la presse le Dr Christopher Proctor, chef scientifique de BAT.

 

Il est muni d'une coque en aluminium haut de gamme et d'une base en plastique résistant. L'intérieur est en plastique thermorésistant ; il comprend un tube à vide qui permet au dispositif de rester froid au toucher, un système de chauffe instantanée et une batterie lithium de qualité. Il s'éteint en cas de surchauffe et dispose d'une protection contre les recharges incorrectes.

 

Autres dispositifs hybrides

Plus récemment, l’industrie du tabac a testé plusieurs dispositifs, avec des dispositifs hybrides qui ressemblent à des vaporettes mais qui vaporisent du vrai tabac, histoire de compliquer un peu plus la donne.

 

Japan Tobacco International (JTI)

Pour JTI (Itchitsubo et Kotaki), il s’agit d’une capsule contenant du tabac en granules et d’une cartouche de liquide sans nicotine pour la vaporisation, à une température de 30°. L’aérosol vient s’imprégner de tabac avant d’être inhalé. 

 

British American Tobacco (BAT)

Pour BAT (Murphy et al.,  Poynton et al.),  l’aérosol est chauffé à 250° - 350° et le tabac est porté à une température de 25° à 30°.

 

Dans ces dispositifs, le e-liquide ne contient pas de nicotine (à la différence de la vaporette), mais il y a une vraie cartouche de vrai tabac.

Le recours à ces dispositifs ne s’inscrit donc pas dans le cadre d’une réduction de risque, mais d’un changement de manière de fumer du tabac vaporisé.

 

Arrêter les cigarettes et autres formes de tabac en ayant recours à ces dispositifs ne modifiera en rien le comportement tabagique.

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