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Addictions

Adolescents et cannabis : que faire ?

[ Publié le 8 décembre 2017 ]

addiction-cannabis

 « Adolescents et cannabis : que faire ? Des spécialistes nous proposent des solutions » : c’est le titre du livre, préfacé par le Dr Alain Morel (psychiatre et président de l’association Oppelia), écrit par Jean-Pierre Couteron, Muriel Lascaux et Aude Stehelin, trois psychologues spécialistes des addictions et de l’adolescent. Il s’adresse aux parents et aux adultes confrontés à un usage de cannabis, et il propose trois objectifs :

puce transmettre des informations validées et actualisées,

puce ouvrir des pistes pour sortir de l’isolement et de l’impuissance,

puce pouvoir engager, installer et entretenir une relation éducative.

 

Ce livre se veut donc très pratique, nourri par la réflexion de ces trois spécialistes travaillant au sein des Consultations jeunes consommateurs (CJC) dont je vous ai déjà parlé sur le site de Priorité Santé Mutualiste. C’est même Jean-Pierre Couteron, président de la Fédération Addiction, qui est à l’initiative et la mise en place de ces structures au niveau national.

Avant de détailler les trois parties du livre, qui peuvent être abordées chronologiquement ou pas, selon votre niveau de connaissances ou votre objectif, quelques mots sur la consommation de cannabis en France.

L’usage « dans l’année » de cannabis en France chez les 18-25 ans concerne 35% des hommes et 21% des femmes (Observatoire français des drogues et des toxicomanies, 2017) et les usages réguliers (10 joints et plus par mois) et quotidiens chez les jeunes à 17 ans (Observatoire français des drogues et des toxicomanies, 2015) sont en augmentation entre 2011 et 2014.

On peut s’interroger sur l’impact de la loi de 1970 et des mesures de prévention, alors que les dommages associés à la consommation de cannabis s’avèrent de mieux en mieux documentés (Organisation mondiale de la santé, 2016). Il peut s’agir de problèmes survenant à court terme (risque d’accident du fait de la perte d’attention associée à la consommation) ou à plus long terme dans le cadre d’une consommation régulière (troubles de la mémoire, de l’attention ou de l’apprentissage, précipitation de la survenue de troubles psychiatriques chez les individus présentant des prédispositions).

 

Des connaissances actualisées sur le cannabis et les problèmes liés à son usage

Cela doit nous obliger à travailler sur nos représentations de la société, de l’éducation, des conduites à tenir face à cet usage, et de la place du cannabis à l’adolescence.

 

Nous vivons dans une société addictogène, avec quatre grandes mutations

C’est un concept développé par Jean-Pierre Couteron, il y a près de 15 ans et développé dans l’aide-mémoire d’addictologie (aux éditions Dunod). Il constate :

  • un effacement progressif des cadres collectifs et un affaiblissement du sentiment d’appartenance à une communauté (d’où un individualisme),
  • le désir de vivre, jouir de l’instant présent avec intensité (le « carpe diem » d’Horace),
  • le culte de la performance, de l’autonomie, de la réussite, et
  • le trafic de drogue comme activité économique à part entière, un accommodement face à la précarité.

 

Cela nécessite que l’éducation évolue, comme la société

La capacité des institutions éducatives et de la famille est affaiblie, et chacun rend l’autre responsable de ne pas donner l’éducation aux enfants. Jean-Pierre Couteron propose une éducation préventive, une alliance éducative entre les familles et les soutiens institutionnels, qui doivent accompagner l’expérience de l’enfant.

 

Pour cela, comment réagir, quelles interventions envisager et auprès de qui ?

Avant de répondre à ces questions, les auteurs évoquent la vulnérabilité génétique et neurobiologique, suite à l’expérimentation d’une substance psychoactive. J’en avais parlé sur le blog de Priorité santé mutualiste, précisant ces facteurs pouvaient expliquer le passage de l’usage à l’addiction. Jean-Pierre Couteron et al. détaillent cette période de l’adolescence, permettant la construction de l’autonomie et la transformation pubertaire, avec le sentiment d’appartenance à un groupe, la recherche de sensations et les conduites ordaliques. Ils poursuivent la discussion en donnant des pistes pour une éducation préventive « dans une société du virtuel, n’oublions pas ni l’attention ni le sensoriel » et sur le besoins d’aide de l’adolsecent.

 

Mais que vivent les adolescents avec le cannabis ?

C’est une question essentielle à laquelle les auteurs apportent plusieurs réponses concernant cette plante qui contient des substances psychoactives qui modifient le fonctionnement du cerveau et qui peuvent conduire à une dépendance (10% des consommateurs réguliers).

Elle procure des effets positifs : une fonction hédonique et désinhibitrice, une fonction sociale (partage de codes sociaux) et une fonction thérapeutique (apaisement du stress, de la déprime ou de la souffrance).

Mais il existe des effets indésirables et des dangers de toxicité, modification psychique et de risque addictif.

Alors, quand faut-il s’inquiéter et quand/comment en parler ?

Les réponses à ces questions sont abordées dans la seconde partie du livre ; afin d’éviter un dialogue de sourds, les auteurs précisent qu’il faut utiliser des « paroles préventives » (à partir d’informations, transmettre des données objectives aux adolescents) et éviter les idées reçues (tableau ci-dessous).

 

                                                     Le cannabis

Pour les parents

  • Cela rend fou
  • Cela rend bête
  • C'est la porte d'entrée à la toxicomanie
  • C'est une drogue douce

 

Pour les adolescents

  • Tout le monde fume
  • Ce n'est pas pire que l'alcool
  • C'est un médicament légal
  • C'est fumer du bio, du naturel

 

Comment réagir face la consommation de cannabis d’un adolescent ?

La deuxième partie du livre présente les 3 étapes d’un processus qui peut aider les parents à réagir face cet usage de cannabis.

Jean-Pierre Couteron, qui est à l’initiative, la mise en place et le développement des Consultations jeunes consommateurs (CJC), appelées initialement « consultations cannabis », a conçu un document destiné aux professionnels. Il s’agit du Processus d’Accompagnement et d’Alliance pour le Changement Thérapeutique (PAACT), coécrit avec Murielle Lascaux (coauteure du livre) et le Dr Olivier Phan (qui a contribué au blog Addictions de Priorité santé mutualiste). Lors des CJC sans adolescents, uniquement avec les parents, les étapes suivantes sont proposées : engager la relation, donner les clés du changement, et soutenir le changement.

 

Engager la relation

Il existe des inquiétudes, un questionnement sur la consommation réelle ou supposées de cannabis de l’adolescent.

Les auteurs proposent de préparer le dialogue avec leur enfant en abordant 5 points :

  • clarifier l’origine des craintes,
  • accepter la divergence de points de vue,
  • anticiper les pièges de la communication,
  • préciser les attentes et les craintes actuelles, et
  • vérifier les connaissances.

 

Pour cela, des exercices sont donnés, ainsi que des clés pour éviter un dialogue ou une communication qui pourrait se révéler infructueuse ou inefficace.

Cela permet d’ajuster les préoccupations respectives, et des tableaux clairs et précis apportent une aide précieuse au lecteur. Les auteurs soulignent l’importance du rapport au temps, de la temporalité qui est différente pour les parents et pour les adolescents. Il faut parvenir à ce que l’adolescent « ressente au présent les contradictions entre son usage et ses enjeux d’avenir » écrivent Jean-Pierre Couteron et ses collègues.

Ils proposent de « se risquer dans une relation de confiance, d’accepter des divergences de points de vue ». Cela permettra d’avancer dans le processus de changement, d’explorer les bénéfices ressentis dans la consommation.

 

Donner les clés du changement

Ce sont des concepts que l’on aborde lors des entretiens motivationnels : au lieu d’un dialogue de sourds entre l’adulte « qui sait » qui parle à l’adolescent « qui ne sait pas », l’adulte parle avec l’adolescent de l’objet qui pose problème, le cannabis, afin de susciter un changement.

Dans ce chapitre, qui nécessite un apprentissage de la part des parents, il est question du changement de regard sur l’usage de cannabis qu’il va falloir susciter chez l’adolescent. Pour cela, les auteurs proposent de réfléchir à la posture à adopter (centrée sur les besoins de l’adolescent) dans un cadre éducatif (avec des règles et des limites) pas obligatoirement centré sur les consommations. Cela permet de définir les limites, les règles et les conséquences d’une transgression, ainsi que les règles opérantes et structurantes par l’adolescent mises en place.

Ils abordent ensuite l’approche du côté « adolescent » qui doit aussi évoluer et prendre conscience des problèmes posés par son comportement d’usage. Cela va passer par une évaluation personnelle du mode de consommation, du contexte de consommation (seul ou en groupe), des émotions ressenties, des effets ressentis. C’est l’analyse fonctionnelle, utilisée dans les thérapies cognitives et comportementales qui permet de comprendre ce qui conduit (ici) à la consommation de cannabis, et de proposer un comportement alternatif, ici la non-consommation de cannabis.

Ce travail peut s’effectuer au sein des structures spécialisées, les CJC, où les intervenants sont bien rodés à ces techniques. Ils pourront aussi aider les parents à se les approprier.

 

Soutenir le changement

Cela peut passer par des conflits qu’il faudra gérer, accepter, car ils permettent d’avancer dans cette démarche de changement de comportement. La négociation pourra aussi être utile, pour résoudre certains conflits. Cette étape est bien détaillée, avec des exemples et des mises en situation : il faut se les approprier, comme on le fait à l’aide des jeux de rôle dans les formations aux interventions brèves ou aux entretiens motivationnels.

Les auteurs rappellent le cycle transthéorique du changement de Prochaska et Di Clemente et le rôle des parents pour encourager ce changement. Pour y parvenir, il s’agit aussi de compter sur les qualités, les capacités, les compétences (parfois non perçues) de l’adolescent : ces compétences attribuées initialement au produit ne pourraient-elles pas être réattribuées à l’adolescent ?

Du côté de l’adolescent, les auteurs décrivent, avec de nombreux exemples, l’importance de cette phase car « il faut gérer le présent et se tourner vers l’avenir ». C’est un challenge important, à un âge où, l’orientation vers le présent hédoniste et la faible projection vers le futur sont liés à une plus forte consommation de substances (Nicolas Fieulaine, 2013). La gestion de la rechute (éventuelle) est également abordée, avec les comportements alternatifs (à la consommation de cannabis), en utilisant ses compétences.

Cet ouvrage propose dans sa troisième et dernière partie, qui se veut très pratique, des informations, des adresses utiles sur le cannabis et autres drogues.

 

Avez-vous été confronté avec cette problématique ? Comment avez-vous réagi ? Seul(e) ou accompagné(e) ? Par qui ?

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