Mon compte

Pas encore de compte ?  Créer un compte

Accueil > Actualités santé > Acouphènes : les solutions pour vivre avec

Actualités santé

Acouphènes : les solutions pour vivre avec

[ Publié le 29 juin 2018 ]

Environ 10 % de la population souffre d’acouphènes. Plus ou moins difficile à vivre, cette altération du système nerveux auditif n’est pas curable. Mais des outils existent pour apprivoiser les acouphènes, voire diminuer la gêne qu’ils provoquent. On fait le point.

accouphenes-oreilles

Pour les uns, il s’apparente à un sifflement, pour les autres, à un bourdonnement. Il peut être intermittent ou permanent, et même fluctuant selon le moment de la journée. Tel est l’acouphène : d’une grande variété et, à ce titre, diversement toléré par les individus qui sont touchés.

 

« On estime que 10 % de la population souffre d’un acouphène chronique, indique le Pr Jean-Luc Puel, directeur de recherches à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm, Montpellier). Et pour 1 % de ces personnes, ce bruit parasite dans une oreille, voire deux, serait intolérable. » Impossibilité de se concentrer, de lire, de dormir : un acouphène, fort et continu (jour et nuit), peut détruire la vie de ceux qui en souffrent et conduire à la dépression, voire au suicide.  

 

Des lésions dans l’oreille interne 

Mais quelles que soient sa manifestation, sa fréquence ou son intensité, l’acouphène est toujours la perception d’un son en l’absence de toute stimulation extérieure, de toute source sonore, précise le Pr Puel. De même, l’acouphène n’est pas une pathologie, mais un symptôme. « Dans la majorité des cas, il apparaît à la suite de lésions survenues dans l’oreille interne, au niveau de la cochlée, là où sont localisées les cellules qui captent le son, appelées cellules ciliées. »

 

Quant aux causes de ces dommages, elles sont multifactorielles. « Les acouphènes sont souvent la conséquence d’expositions sonores répétées (bruit au travail, traumatisme sonore, notamment chez les jeunes). Autre phénomène, naturel celui-ci, la presbyacousie, c’est-à-dire la diminution de l’audition liée à l’âge. Certains traitements médicamenteux dits ototoxiques peuvent également entraîner des acouphènes, comme les chimiothérapies, les antibiotiques à large spectre, les antipaludéens à base de quinine, etc. »

 

Plus inattendu : il peut aussi s’agir d’une affection des nerfs périphériques (neuropathie), due à un problème de diabète, un virus ou même une tumeur sur le nerf auditif. C’est pourquoi en présence un tel signal inapproprié, il convient de consulter un ORL pour ne pas passer à côté d’une maladie grave. Et cela, d’autant plus que seul un examen approfondi des causes permettra d’apporter une réponse pertinente.

 

Tous inégaux devant l’acouphène

« À acouphène égal, certains individus auront un ressenti plus négatif que d’autres », observe le Pr Puel. Autrement dit, si le cortex auditif est bien la zone impactée par les lésions à l’origine de la survenue d’un acouphène, le système limbique, qui intervient dans la gestion des émotions et de la mémoire, peut également jouer un rôle non négligeable dans la perception dudit acouphène. C’est ainsi que chez certains, le cerveau qui a préalablement repérer ce bruit étranger l’associera à une sensation négative. Et pour tout dire invivable. C’est à ces personnes que s’adressent plus particulièrement les thérapies cognitivo-comportementales (TCC).      

  

Des stratégies thérapeutiques adaptées

À de très rares exceptions près, les acouphènes ne sont pas appelés à durer. Ce qui ne veut pas dire qu’ils ne vous accompagneront pas longtemps ! Autre certitude : aujourd’hui, aucun traitement ne permet de les éliminer. Faut-il pour autant ne rien faire et attendre que l’inconfort passe ? Tout dépend évidemment de votre seuil de tolérance. Toutes les personnes acouphéniques ne sont pas gênées et certaines s’accommodent bien de leur acouphène. Mais pour les individus qui souffrent d’une forme invalidante, les empêchant carrément de vivre, il convient de mettre en place une stratégie pour les aider à les supporter.

 

Depuis quelques années, rappelle le Pr Puel, de nouveaux outils sont disponibles et permettent d’atténuer ou de minimiser leurs désagréments. « Les options thérapeutiques s’adaptent à la situation et au ressenti de chacun. » Parmi celles-ci, les thérapies cognitivo-comportementales (TCC). « Elles sont recommandées aux personnes qui considèrent leur acouphène comme un ennemi, précise le Pr Puel. L’objectif des TCC vise à leur apprendre à le supporter, à le tolérer. » Les diverses études d’évaluation de cette méthode montrent un taux d’efficacité plutôt satisfaisant, de l’ordre de 70 %.

 

Les techniques de relaxation (sophrologie, hypnose, méditation de pleine conscience...) sont, pour leur part, conseillées aux acouphéniques qui se sentent envahis et ne contrôlent plus leur ressenti. Il s’agit là encore d’apprivoiser cette présence hostile et de reprendre le contrôle.

 

Autre solution, la thérapie sonore : elle passe par un appareillage qui génère un bruit plus plaisant. Cette stimulation sonore faible permet de détourner la personne de son acouphène. C’est en effet dans le silence que l’attention que l’on y porte est à son maximum. « Il existe aujourd’hui de nombreuses applications ou objets disponibles sur Internet qui proposent ce type de thérapie sonore. Mais envoyer du son dans des oreilles fragiles n’est pas anodin, il est donc préférable d’être encadré, à l’hôpital par exemple », prévient Jean-Luc Puel.

 

Quant aux antidépresseurs, ils peuvent être prescrits dans les situations les plus invalidantes, quand les acouphéniques vivent un véritable enfer et plongent dans la dépression.

 

Des pistes prometteuses

Mais que ces derniers se rassurent : les chercheurs travaillent. Deux directions sont envisagées, la thérapie génique et les thérapies pharmacologiques, indique le Pr Puel. « La première consiste à réparer les gènes défectueux avant que les cellules ciliées ne disparaissent, dans le cas de surdités progressives d’origine génétique, par exemple. Quand les cellules ciliées ont disparu, on peut aussi reprogrammer les cellules dites de soutien qui subsistent pour qu’elles se divisent et se transforment en de nouvelles cellules ciliées. » Aujourd’hui, les chercheurs réussissent à générer 10 % des cellules ciliées.

 

Le second axe de recherche, médicamenteux, est déjà très avancé. « Il s’agit de délivrer de l’anti-glutamate, le neurotransmetteur des cellules ciliées, grâce à l’implant d’une pompe dans l’oreille interne, que la personne pourrait commander aux moments critiques avec une télécommande. » Actuellement en phase finale, une expérimentation connaît des résultats prometteurs : une injection d’anti-glutamate à travers le tympan, et l’acouphène se tait ! Un sérieux espoir pour les 1 % d’acouphéniques gravement touchés.       

 

Elisabeth Bouvet (Tribune Santé)

Entrez votre code mutuelle à 4 chiffres

S'INFORMER

Blog expert

Préserver l'audition par la déconnection

par Christine Ramonnet  ,  Stéphanie Renaudin

preserver-audition-deconnection

ECHANGER