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Rendez-vous experts

Les vaccins - 25/04/17

[ Publié le 25 avril 2017 ]

Expert : Séverine Souraud, pharmacienne

 

picto-tchat Pourquoi la préconisation du vaccin contre le tétanos est passée de 10 ans à 20 ans ?

Séverine Souraud : La protection des vaccins DTP (diphtérie-tétanos-poliomyélite) va bien au-delà de 10 ans. Le calendrier vaccinal a donc pu être simplifié.

Cela a permis :

  • d'une part de réduire le nombre de rappels,
  • d'autre part de passer d'une logique d'intervalle régulier à une logique d'âge clé (25, 45, 65 ans, puis 75, 85 ans) plus facile à mémoriser.

Le calendrier vaccinal est publié chaque année après avis du "comité technique des vaccinations du Haut Conseil de Santé Publique". Il tient compte des nouvelles connaissances sur la durée de protection des vaccins.

 

picto-tchat A-t-on assez de recul pour être sûr que vacciner nos enfants contre 4 à 5 maladies en même temps n'est pas nocif ?

Séverine Souraud : Des données scientifiques rigoureuses montrent que l’administration de plusieurs vaccins en même temps n’a aucun effet néfaste sur le système immunitaire de l’enfant.

Cela permet :

  • de limiter le nombre d'injections,
  • le nombre de consultations,
  • de suivre au mieux les recommandations du calendrier vaccinal.

L'administration concomitante d'un vaccin hexavalent, et d'un vaccin contre le pneumocoque  peut parfois augmenter la fièvre. Il suffit d'anticiper en donnant un peu de paracétamol. 

 

Il est dit que les vaccins contiennent des métaux lourds comme le mercure, hautement cancérigène et dont les traces restent dans le sang durant un an. Pourquoi alors administrer des vaccins grippaux tous les ans, contenant ce type de produit nocif pour notre santé ? Et obliger les enfants en collectivité à être vaccinés à une liste incroyable de vaccins ?

  • Le mercure :

Le mercure est utilisé comme conservateur sous forme d'éthyl-mercure, thiomersal ou encore thymérosal. Il est utilisé en quantité minime, et pour les flacons multidoses.  Ce conservateur permet d'empêcher une éventuelle contamination microbienne.

 

A ce jour, aucune donnée ne montre que le thiomersal, aux quantités auxquelles il est utilisé dans les vaccins, représente un risque pour la santé.  Il existe seulement un risque bénin et transitoire d’un placard inflammatoire survenant au site d’injection entre 2 et 4 jours après la vaccination.

Il ne faut pas faire d'amalgame entre les quantités infimes et ponctuelles d'éthyl-mercure des vaccins et le methyl-mercure inhalé ou ingéré de façon chronique responsable d'intoxications chroniques  (pécheurs ou consommateurs de poissons contenant de grande quantité de mercure, populations où l'or est extrait de façon artisanale à l'aide de mercure…).

La cancérogénicité du mercure n'a pas été démontrée.

 

  • Le vaccin antigrippal :

Le virus de la grippe mute chaque année. Le vaccin est donc différent d'une année sur l'autre.

C'est pour cela que l'on vaccine tous les ans les personnes à risque (personnes de plus de 65 ans, asthmatiques, femmes enceintes, diabétiques…). Pour eux, la grippe peut être fatale, ou du moins les conduire à l'hospitalisation, ou à un accouchement prématuré.

Les vaccins contre la grippe ne contiennent pas tous du mercure.

 

  • Une liste pas si incroyable que cela.

Dans cette liste : des maladies loin d'être bénignes pour nos enfants. Voici quelques exemples de risques encourus : méningite avec séquelle, épiglottite avec asphyxie du nourrisson, pneumonie, cancer...

 

Il ne faut pas oublier que vacciner vos enfants permet de les protéger contre des maladies graves, mais aussi de protéger les autres, trop jeunes pour être vaccinés.
Un vaccin « recommandé » est compris souvent à tort comme « facultatif ». Il faut comprendre « indispensable ».

La vaccination est victime de son succès. Les maladies ne sont plus perçues comme une menace. Si les gens ne sont pas vaccinés, des maladies devenues rares, telles que la poliomyélite par exemple, ressurgiront rapidement.

 

picto-tchat Pourquoi administrer le vaccin dans le muscle alors que c'est encore plus dangereux et que les médecins de nos pays européens voisins sont restés '' à la vieille école"?

Séverine Souraud : Par « à la vieille école », je pense que vous voulez dire dans l'omoplate qui est aussi une voie intramusculaire.

Il faut comprendre que chaque médicament a une voie d'administration qui lui est propre. Les études d'efficacité, d'innocuité d'un médicament sont faites pour une voie d'administration bien définie. Donc pour administrer un médicament dans les meilleures conditions, il faut respecter la voie d'administration indiquée dans l'AMM (Autorisation de mise sur le marché).

Ainsi, les fabricants de vaccins préconisent principalement la voie intramusculaire, ou la voie sous-cutanée profonde. La voie intradermique est réservée au BCG et doit être pratiquée par un professionnel habitué à ce type d'injection.

La préférence pour la voie musculaire s'appuie sur des critères d'immunogénicité et de tolérance.

 

L'injection se fait en général au niveau du deltoïde pour les enfants, les adolescents, et les adultes ; et au niveau de la face antéro-latérale de la cuisse (zone sans danger) chez le nourrisson (le deltoïde n'étant pas encore suffisamment développé). L'injection dans la fesse n'est plus recommandée (risque de léser le nerf sciatique et le tissu adipeux y est très épais).

 

picto-tchat Pourquoi se faire vacciner contre certaines maladies qui ont presque disparu ou pour des virus qui ont une durée de vie cyclique comme la polio ?

Séverine Souraud :

  • La poliomyélite :

La poliomyélite est une infection virale qui dans sa forme la plus grave provoque des paralysies des bras, des jambes, des muscles, de la respiration. Elle peut laisser des déformations définitives.

En France, il n'y a plus eu de cas de poliomyélite autochtone depuis 1989. Mais les microbes ne s'arrêtent pas aux frontières. Il y a encore des foyers de poliomyélite dans le monde malgré les campagnes de vaccination internationale. Si on cesse de vacciner contre cette maladie, la couverture vaccinale de la population française sera moins bonne, et la maladie, rapportée par un voyageur ou apportée par un visiteur, pourrait réapparaître.

 

On sait par exemple, que l'OMS a déclaré des nouveaux cas de poliomyélite en Syrie en 2013. Cette situation est très certainement consécutive à l'interruption des campagnes de vaccination en raison des conflits.

 

  • Les autres maladies :

Il en est de même. Si la couverture vaccinale diminue, les épidémies reviennent.

Par exemple en 2017 dans l'Est de la France, il y a eu une épidémie de rougeole.
La rougeole peut entraîner des complications graves à court terme au niveau des poumons et du cerveau, et une complication redoutable à long terme (adolescent) toujours fatale (encéphalite).
Il est important de veiller à ce que la deuxième dose de rappel ne soit pas oubliée ; une seule dose ne suffit pas.

 

picto-tchat Que pensez-vous du vaccin contre le cancer du col de l'utérus, pour les jeunes filles ? Le conseilleriez-vous ?

Séverine Souraud : Je suis tout à fait pour. Je le conseille vivement à mes patientes. J'ai trois filles : l’aînée est vaccinée, les deux autres le seront quand elles seront en âge de l'être.

Au cours de leur vie sexuelle, les jeunes filles vont être pour la plupart infectées par le HPV (Human Papilloma Virus). C'est un virus très fréquent. Dans 90 % des cas, le virus sera éliminé naturellement. Mais dans 10 % des cas, l'infection persiste et peut entraîner des lésions précancéreuses au niveau du col de l'utérus, susceptible d'évoluer vers un cancer 10 à 15 ans après. De plus, le traitement des lésions précancéreuses par conisation (le retrait d’une partie du col) peut augmenter le risque d'accouchement prématuré lors de grossesses futures.

Si l'infection par un papillomavirus entraîne rarement un cancer du col de l'utérus, à l'inverse, tous les cancers du col de l'utérus sont secondaires à une infection persistante par un papillomavirus.

Le cancer du col est le deuxième cancer le plus fréquent chez la femme dans le monde. Malgré les progrès thérapeutiques, il est encore de mauvais pronostic.

 

En France, 1000 femmes décèdent chaque année d'un cancer de l'utérus.

Il faut vacciner idéalement avant le début de la vie sexuelle. Entre 11 et 14 ans, deux injections suffisent. Entre 15 et 19 ans, il faut trois injections.

Les vaccins protègent seulement contre les souches qui ont le plus haut potentiel cancérogène.

 

C'est pourquoi se faire vacciner ne dispense pas d'un frottis tous les 3 ans chez toutes les femmes de 25 à 65 ans.

La Haute Autorité de santé (HAS) recommande Gardasil (4 souches 6,11,16 et 18) à Cervarix (2 souches 16 et 18). En fin d'année, le Gardasil 9 (contenant 9 types de virus) devrait être disponible en France.

Le système de surveillance montre qu'il n'y a pas plus de scléroses en plaques chez les personnes vaccinées que chez les non vaccinées. Le profil de sécurité d'emploi est jugé satisfaisant.

 

picto-tchat Comment se fait-il qu'il ne soit pas possible de trouver en France les vaccins Boostrix ou Repevax et qu'il soit proposé à la place un vaccin sans celui de la coqueluche ? La coqueluche sévit toujours et il y a encore des épidémies ...

Séverine Souraud En raison d'épidémies récentes (États-Unis, Angleterre, Australie en 2012-2013), de nombreux pays ont recommandé récemment des vaccins combinés contenant la valence coqueluche dans leurs calendriers de vaccination. Or seuls deux laboratoires (GSK et Sanofi Pasteur MSD) fabriquent ces vaccins.

Cette forte augmentation de la demande mondiale est à l'origine de tensions d'approvisionnements.

De plus, la production des vaccins est complexe, longue (de six à vingt-deux mois), et exige de nombreux contrôles de qualité. Il arrive que certains lots ne puissent pas être commercialisés.

Dans ce contexte de tension d'approvisionnement, La Haute Autorité de santé (HAS) a adapté la stratégie vaccinale.

  • aux nourrissons, 
  • à la stratégie du cocooning (pour protéger les nourrissons encore trop jeunes pour être protégés), - et à la vaccination autour des cas.
Afin de privilégier les populations jugées prioritaires, la distribution est donc contingentée dans les pharmacies de ville. Il y a un maintien de cette distribution auprès des centres de protection maternelle et infantile (PMI) et des centres de vaccination.

Il n'y a pas de difficultés d'approvisionnement sur le vaccin hexavalent qui permet la primovaccination des nourrissons qui est la priorité absolue.

 

picto-tchat Y a-t’ il des vaccins indispensables à faire avant de se rendre en Inde pour une longue durée (trek d'un mois) ?

Séverine Souraud : Je n'ai pas suffisamment de détails (période, région, votre « état vaccinal »…), et pas les compétences, pour vous répondre personnellement.

En Inde, il n'y a pas besoin du vaccin contre la fièvre jaune. Les vaccinations contre la typhoïde et l’hépatite A sont fortement recommandées. Cependant, le vaccin contre l’hépatite A est actuellement en tension d'approvisionnement. Il n'est pas disponible en pharmacie, et fortement contingenté dans les collectivités.

Pour préparer votre voyage, vous devez consulter votre médecin traitant ou consulter en médecine du voyage (Hôpitaux civils ou militaires, Air-france, centre Pasteur...), minimum 1 mois avant votre départ, idéalement 2 mois avant. Il y a des délais à respecter. Il faudra peut-être mettre à jour vos vaccins « classiques ».

 

Le site suivant  peut vous donner une première approche des vaccinations nécessaires en Inde : http://www.medecinedesvoyages.net/medvoyages/index.php

 

Lors de votre consultation :

  • apportez votre carnet de vaccination (si vous l'avez),
  • sachez décrire les conditions dans lesquelles vous partez : ville ou brousse, hôtel ou nuit sous la tente,  les dates de départ et de retour (sécheresse ou mousson).

D'autre part :

  • informez-vous sur les moyens de prévention de la tourista,
  • protégez-vous contre le paludisme (lutte vectorielle, chimio-prophylaxie ou pas). En fonction des conditions de votre voyage, votre médecin vous dira si c'est nécessaire ou non.

Je vous propose de lire un de mes billets avec des conseils pour mieux lutter contre la tourista des voyageurs.

 

picto-tchat Il semblerait que les adjuvants à base d'aluminium présents dans les vaccins pour booster la réponse immunitaire de l'organisme soient au cœur des polémiques. Est-il nécessaire d'adjoindre un produit aussi dangereux pour l'organisme à des nourrissons de quelques mois ?

Séverine Souraud : L'aluminium est maintenant présent depuis 1926 dans les vaccins. Les sels d'aluminium sont les adjuvants les plus utilisés.

L'adjuvant est indispensable pour stimuler la réponse immunitaire. De plus, il permet de réduire les quantités d'antigènes présents dans les vaccins, et le nombre d'injections.

Nous avons du recul (90 ans), des millions de doses injectées. Bien que des traces d'aluminium puissent rester autour de point d'injection, aucun effet nocif n’a été établi.

Une étude a mis en cause l'aluminium dans les vaccins. Mais d'autres études ne confirment pas ces résultats et à ce jour aucune étude n’a permis de démontrer l’existence d’un effet nocif lié à l'aluminium. 

 

Compte-tenu des données disponibles à ce jour à l’échelle internationale, soyez rassurés.

De plus, sachez que l'aluminium est un métal très abondant sur terre. Nous en absorbons chaque jour un peu par voie orale. L'aluminium est naturellement présent dans certains aliments, dans l'eau, mais aussi dans l'agroalimentaire, les canettes, les médicaments (antiacides par exemple), la cosmétique (les déodorants principalement).
En comparaison, les quantités apportées par les vaccins sont faibles.

 

picto-tchat Quels vaccins à mettre à jour ?

Séverine Souraud :

Selon  votre âge, votre situation professionnelle (personnel de santé, égoutier…), vos antécédents (asthme, diabète…), vos déplacements (voyage), vos projets (grossesse, projet parental…), les recommandations peuvent varier.  C'est votre médecin généraliste qui va vous aiguiller.

Le médecin vous prescrira les vaccins afin qu'ils soient pris en charge par la Sécurité sociale.

Le pharmacien a souvent des petits carnets de vaccination à offrir si vous avez égaré le vôtre. Il est important d'y noter les dates et les noms des injections vaccinales.

Pensez à respecter la chaîne du froid.

 

Votre médecin suivra les recommandations du calendrier vaccinal. Voici le lien vers le calendrier simplifié :
http://inpes.santepubliquefrance.fr/CFESBases/catalogue/pdf/1175.pdf

Ou  il suivra les recommandations du calendrier de rattrapage si vous n'avez pas respecté les dates des injections. Voici le lien : https://www.mesvaccins.net/textes/2016-Calendrier_vaccinal_Rattrapage.pdf

 

Il est important de comprendre que les vaccins dits « recommandés » sont tout aussi importants que les « obligatoires ». Les vaccins contre la diphtérie, la polio, et le tétanos sont dits « obligatoires » car la législation est ancienne, et se réfère à des épidémies meurtrières ayant eu lieu au début du 20 ème siècle.

 

picto-tchat Est-ce que vous pouvez nous dire si vous soupçonnez un lien (et quelles sont les références à lire en l'occurrence) entre l'explosion des maladies-auto-immunes et des intolérances alimentaires (en lien avec l'augmentation des IgG) et l'augmentation des doses vaccinales, en particulier chez les enfants très jeunes ?

Séverine Souraud :

Dans l'état de nos connaissances, aucun lien n'a été établi entre les maladies auto-immunes, les intolérances alimentaires et les vaccins de l'enfance.

 

L'allergie est une réaction excessive du système immunitaire en présence d'un allergène. Le corps identifie l'aliment ou le produit comme un danger. Le corps se défend.

Pourquoi les allergies sont en augmentation ? Voici quelques pistes évoquées :

Autrefois, les enfants étaient soumis à plus d'agents pathogènes, plus de saleté. De nos jours, le milieu dans lequel ils grandissent est plus aseptisé. Le système immunitaire se retrouve en quelque sorte désœuvré et réagit à la moindre stimulation.

D'autre part, notre environnement est plus pollué (plus de pollen, de microparticules, produit chimique...).

Enfin, la génétique a également son importance. Un enfant a plus de risque d'être lui-même allergique si l'un de ses parents l'est.

Le système immunitaire est un système complexe.

Les maladies auto-immunes sont dues à une confusion de l'organisme qui va diriger ses défenses immunitaires contre lui-même. Cette confusion  peut se faire après un contact avec une molécule chez une personne présentant des facteurs favorisants.

Suite à de nombreuses études, aucun lien n'a été montré entre la vaccination contre le virus de l'hépatite B et l'apparition d'une sclérose en plaques.

Mots-clefs : Santé travail , Vaccin

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