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Ma santé au quotidien

Benzodiazépines : des traitements à surveiller

[ Publié le 9 juin 2017 ]

benzodiazepines

Dépendance, somnolence, démence, perte de mémoire, etc. : les effets secondaires des benzodiazépines sont connus. Elles sont les anxiolytiques et les somnifères les plus prescrits et les plus vendus en officine avec 110 millions de boîtes délivrées en 2015.
La France se situe en deuxième position en Europe, derrière l'Espagne. Ce sont les femmes qui consomment le plus de benzodiazépines. Dans 82 % des cas, le traitement est initié par le médecin généraliste.
Bien utilisées, en suivant les recommandations de l'autorisation de mise sur le marché (AMM), les benzodiazépines constituent pourtant une famille de médicaments indispensable dans l'arsenal thérapeutique.

A travers quelques cas de comptoirs, je vais vous présenter des cas de patients qui illustrent à la fois l’utilité et les risques des benzodiazépines.

 

Les règles de bonne prescription des benzodiazépines

Lorsqu’il prescrit un traitement comprenant des benzodiazépines, un médecin devrait toujours respecter les règles suivantes :

  • dose la plus faible possible,
  • sur la période la plus courte possible,
  • sans renouvellement automatique,
  • sans cumuler plusieurs benzodiazépines,
  • en informant le patient du risque de dépendance et de somnolence.

 

En cas de doute sur votre prescription, si vous constatez des effets indésirables ou si vous avez l’impression que votre traitement n’est pas adapté, demandez toujours conseil à votre médecin ou à votre pharmacien.

 

Dans quels cas les benzodiazépines sont-elles prescrites ?

Parmi les motifs de prescription par un médecin, on trouve :

  • La peur de l'avion : un anxiolytique pris avant le vol calmera la phobie de ma patiente. « J'ai une trouille folle, je panique avant chaque décollage » m'avoue-t-elle. Elle prend peu l'avion, l'usage de benzodiazépines est donc exceptionnel. Si ce n'était pas le cas, elle pourrait lutter contre sa phobie avec l'aide d'un psychologue par exemple.

 

  • La crise d'angoisse : ma patiente a été maltraitée pendant son enfance, il lui arrive de faire des crises d'angoisse. Il est important pour elle d'avoir son anxiolytique en cas de crise. « Savoir que j'ai mon comprimé dans mon sac au cas où me rassure » me dit-elle. Elle va mieux, consomme très peu de benzodiazépines, mais il est important qu'elle garde un suivi régulier chez son psychiatre.

 

  • L'annonce d'un diagnostic difficile : mon patient, âgé de 75 ans, vient d'apprendre qu'il avait un cancer des ganglions agressif. Il s'angoisse sur l'issue de la maladie. Son hématologue a dû augmenter les doses d’anxiolytique pour lui permettre de mieux vivre cette période difficile. « J'ai une jolie maison, pas de soucis d'argent, pas d'enfant à m'occuper, mais sans cesse, je pense à l'avenir, et cela me fait me sentir mal. » me confit-il. Le médecin réévalue régulièrement ses besoins en anxiolytiques, il adapte le traitement de mon patient et les posologies en fonction son état.

 

  • La colopathie : à la moindre contrariété, l’intestin de ma patiente se manifeste. Quand les symptômes sont trop intenses et ne cèdent pas aux antispasmodiques classiques, elle prend une benzodiazépine prescrite par son gastro-entérologue. Elle me dit : « Je sais que ce n'est pas bon, mais parfois, je n'ai pas le choix, il n'y a que ça qui me soulage ». Le médecin n'a pas mentionné « à renouveler » sur l’ordonnance pour l’aider à ne pas en abuser.

 

  • L'inquiétude : pour ma patiente « Tout va bien, mais c'est plus fort que moi. Je me fais toujours du mauvais sang ! Pour mes enfants, pour mes petits-enfants, pour le chat… A chaque fois que je vois les mauvaises nouvelles des médias, que ma famille prend la route, que je dois organiser un événement important ». Les anxiolytiques l'aident à lutter contre ses angoisses. Elle est malheureusement dépendante. Je tente de la convaincre, comme son médecin, de réfléchir à un sevrage et de lui enseigner quelques techniques de relaxation.

 

  • L’agressivité : Mme V. a la charge de ses deux parents. Ce n'est pas facile : sa mère a la maladie de Parkinson et son père perd de plus en plus la tête. Le caractère de son papa change à cause de sa démence, il est de plus en plus agressif. Afin que le climat soit plus serein pour l'entourage familial, mais aussi pour le personnel soignant, le médecin prescrit des benzodiazépines pour le calmer un peu. « Les jours où il ne les prend pas ; c'est l'enfer pour maman.» me confit-elle. Malgré plusieurs essais, les benzodiazépines n'ont pu être supprimées pour ce patient.

 

  • Harcèlement, divorce, témoin d'attentat... : ces patients vivent ou ont vécu des épreuves dans leur vie. Les benzodiazépines leur permettent de soulager leur anxiété, de retrouver un meilleur sommeil quand cela fait plusieurs nuits qu'ils n'ont pas bien dormi. Dans la mesure du possible, ils ne prennent pas leur traitement tous les jours pour diminuer le risque de dépendance.

 

  • Prémédication avant certains examens médicaux : afin de détendre un patient trop inquiet avant un examen médical, le médecin peut prescrire un anxiolytique. C'est le cas de Mme G. qui appréhende la biopsie mammaire. Je lui demande de se faire accompagner, de ne pas conduire pour aller au rendez-vous et en revenir à cause du risque de somnolence au volant.

 

  • La dépendance : cela fait trente ans que ma patiente prend un somnifère avant de s'endormir. Dormir sans, elle ne l'imagine même pas. C'est le cas de comptoir le plus courant. Idéalement, le malade devrait être accompagné pour se déshabituer progressivement de son somnifère. En pratique, c'est très difficile à mettre en place. L'importance du rituel du comprimé au coucher, la qualité du sommeil diminuant avec l'âge, la dépendance, la peur de ne pas dormir sont des freins pour convaincre le patient d'arrêter.

 

Les risques des benzodiazépines

Les risques des benzodiazépines sont réels :

  • la dépendance : on ne peut plus s’en passer, on augmente les doses ;
  • le syndrome de sevrage à l'arrêt du traitement : anxiété, insomnies, cauchemars, céphalées, etc. ;
  • un état confusionnel, des pertes de mémoire,
  • un risque de chute (surtout chez les personnes âgées),
  • la démence (dont la maladie d'Alzheimer) pour les utilisateurs au long cours,
  • la somnolence, dont il faut tenir compte pour certaines activités du quotidien (conduite automobile, usage d’outils ou de machines etc.).

 

La prescription de benzodiazépines doit donc être la plus courte possible

et ne doit pas dépasser les durées préconisées dans l’AMM :

▪ 4 semaines pour les hypnotiques,

▪ 12 semaines pour les anxiolytiques.

 

Benzodiazépines et conduite : attention à la somnolence au volant !

Les benzodiazépines sont passées récemment au niveau 3 pour le pictogramme sur les capacités à conduire. Si vous conduisez un véhicule, la prise d'une benzodiazépine peut avoir des conséquences sur votre sécurité et sur celle des autres.
danger-conduite

Soyez particulièrement vigilant au cumul avec d'autres médicaments sédatifs et avec l'alcool.

La Sécurité routière a réalisé une vidéo sur les risques de somnolence au volant : « La sécurité sur la route commence sur votre table de nuit ».

 

Pour en savoir plus :

 

 

 

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