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Ma santé au quotidien

Anatomopathologiste : un métier pas tout à fait comme les autres

[ Publié le 31 juillet 2017 ]

anatomopathologiste-metier

«  - Monsieur, je vous revois avec les résultats de l’anapath.

- l’ana… quoi docteur ?

- l’anapath, c’est l’analyse du prélèvement. »

 







L’anapath c’est quoi ?

L’  « anapath » correspond à  l’Anatomie et Cytologie Pathologiques (ACP) ou aussi appelée Pathologie. Il s’agit d’une discipline médicale peu connue, effectuée par un médecin spécialiste.

A partir de l’observation de l’anatomie des organes aussi appelée examen macroscopique, puis de l’étude des tissus ou des cellules grâce au microscope, le médecin pathologiste, ou l’anapath de son petit nom, va établir le diagnostic de maladie en particulier des cancers ou bien en effectuer le dépistage, il peut aussi orienter la thérapeutique. Il rapporte ses observations dans un compte-rendu en intégrant entre autres les données de l’examen clinique, celles de l’imagerie et de la biologie puis le transmet au médecin en charge du patient pour que ce dernier « traduise » et explique les résultats.

 

Anapath , biologiste : deux métiers différents !

L’ACP se pratique dans un laboratoire mais attention ce n’est pas de la biologie, cette dernière analyse le sang, la moelle osseuse, les urines ou les liquides de l’organisme pour rechercher une anomalie de la composition biochimique ou des agents infectieux comme des parasites, des bactéries, des virus ou des champignons

 

Des étapes complexes :

Dans le laboratoire d’ACP on peut recevoir des organes entiers comme un rein de 150g., un fragment de colon de 20 à 50 cm ou une prostate de 50g., des fragments ou biopsies allant de quelques centimètres à quelques millimètres comme des fragments de peau, des ganglions ou des polypes digestifs. On peut aussi recevoir des liquides par ponction (LCR, thyroïde) ou des prélèvements par grattage (curetage de l’utérus) ou frottis au niveau du col utérin.

Dans la grande majorité des cas il faudra que le médecin qui prélève « fixe » ses prélèvements sinon les cellules seraient détruites en quelques heures par manque d’oxygène, dessiccation ou pullulation bactérienne. Il faut utiliser un fixateur qui va bloquer cette destruction cellulaire. Le plus utilisé est le formol ou formaldéhyde.

Ensuite le médecin ou le technicien vont décrire l’aspect et sélectionner les zones les plus caractéristiques pour les mettre dans des cassettes en plastique. Puis alors commence un marathon de plusieurs heures ou le prélèvement va subir de nombreux bains de diverses produits chimiques (alcool, xylène…) pour remplacer l’eau des tissus par de la paraffine afin de le rendre rigide.

Ensuite interviennent les doigts de fée de l’anapath : les techniciennes grâce à leur dextérité et leur minutie vont couler le fragment dans un bloc de paraffine puis le débite avec le microtome (une sorte de « trancheuse à jambon » spéciale manuelle) qui fait des coupes de 3 micromètres d’épaisseur (un cheveu mesure environ 75 micromètres). Placées sur une lame en verre ces coupes après encore de nombreux bains vont être colorées par plusieurs colorants permettant généralement d’identifier les noyaux des cellules en violet et le cytoplasme en rose :

figure5

Après ces nombreuses étapes qui peuvent prendre un à deux jours, les « lames » sont prêtes à être lues par l’anapath. Au microscope à différents grossissement (de 15x à 400x), il va observer l’architecture, l’aspect des cellules (taille, forme, aspect du noyau et du cytoplasme). Il va noter toutes les anomalies et en fonction du type de prélèvement et du contexte clinique établir un diagnostic.

Il peut aussi s’aider de colorations spéciales (histochimie) pour colorer certains composants comme par exemple le fer ou les sucres (polysaccharides) ou voir des agents pathogènes comme les levures ou filaments de champignons. Il peut aussi utiliser une technique plus complexe appelée l’immunohistochimie, où l’on va déposer sur une coupe de 3µm de tissu des anticorps spécifiques d’une protéine et révélés par une réaction histochimique. Ils vont se fixer de façon hyper spécifique à cette protéine que l’on peut ainsi visualiser sur les coupes et dont l’identification va servir au diagnostic (cytokératine pour identifier les carcinomes), à informer sur le pronostic (Ki67 va renseigner sur les cellules en prolifération) ou pour orienter la thérapeutique (expression des récepteurs hormonaux ou d’une mutation comme BRAF…).

Lors du diagnostic il est impératif de faire la synthèse de toutes ces informations car il est rare qu’une seule anomalie en histochimie ou en immunohistochimie puisse avoir une signification unique en dehors d’un contexte particulier, d’où toute la difficulté de l’interprétation et du diagnostic.

De plus en plus d’autres techniques apparaissent sur les prélèvements fixés au formol et inclus en paraffine pour rechercher des anomalies de l’ADN, ces techniques de biologie moléculaire permettent aussi d’orienter le diagnostic ou la thérapeutique, on parle parfois d’analyse « théranostic ». Par exemple l’existence d’une mutation de gène de l’EGFR dans une tumeur du poumon la rend sensible à un traitement inhibiteur spécifique. Ce travail se fait en collaboration avec des biologistes moléculaires spécialistes de l’analyse de l’ADN ou de l’ARN, et permet de plus en plus l’utilisation de thérapie ciblée.

 

L’anapath : un médecin au cœur du diagnostic du cancer

En France plus de 1650 médecins pathologistes libéraux ou hospitaliers collaborent au cœur de réseaux pluridisciplinaires avec les oncologues, les chirurgiens, les radiologues, les médecins nucléaires ou les biologistes moléculaires pour prise en charge optimale du cancer et participent au dépistage les plus fréquents (digestif, sein ou col de l’utérus).

En cas de diagnostic difficile, le pathologiste peut envoyer les lames et les blocs à un pathologiste expert. Dans certains cas la lame peut être numérisée et consultée à distance on parle alors de télépathologie.

L’anapath étant au cœur du diagnostic, à travers ses observations et les différentes techniques qu’il met  en œuvre, participe au quotidien à une médecine « personnalisée ».

Pour ceux qui veulent approfondir la connaissance de cette spécialité assez méconnue, il existe beaucoup d’information sur internet en particulier un mooc (cours gratuit en ligne) sur la plateforme FUN dénommé « Stratégies diagnostiques des cancers ».  

Vous pourrez aussi trouver des renseignements sur le site de l’Association française d’assurance qualité en anatomie pathologique (Afaqap) ou celui du syndicat des médecins pathologistes français.

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