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La vie secrète d'un médecin ordinaire

Peine de mort pour un brancard

[ Publié le 25 juillet 2017 ]

vignette_brancard

De nos jours, le fonctionnement des urgences est tributaire de beaucoup de choses : du nombre de brancards disponibles à l’instant « t », du nombre d’ambulances ayant un clignotant défectueux, du nombre de chasses d’eau en panne dans les établissements hospitaliers et bientôt du nombre d’ampoules grillées dans les salles de soins de la région…

Il est 16h lorsque j’arrive aux urgences. Aujourd’hui, je suis le médecin de renfort. À partir de maintenant, c’est moi qui vais prendre en charge tous les nouveaux patients.


- Patient suivant, Mr Chariot en salle 2. Voyons voir la lettre du SAMU qui nous l’adresse : « détresse respiratoire aiguë, insuffisance rénale et choc septique… patient suivi à l’hôpital universitaire en pneumologie et en néphrologie… doit être dialysé prochainement… ». À moi-même : - Ce patient est dans un état critique ! Que fait-il sur un brancard dans le couloir ? Et de surcroît dans NOS urgences ? Sa place est en réanimation à l’hôpital universitaire !

 

À mes collègues :

- Quelqu’un est-il au courant du dossier de Mr Chariot ? Je ne comprends pas pourquoi le SAMU l’a amené ici. Tout son dossier est à l’hôpital universitaire et nous n’avons pas de lit de réanimation ici.

 

- Ah non, je ne sais pas… Pas au courant.

Me précipitant dans les couloirs, je file m’assurer que le patient est bien scopé et qu’il est toujours en vie.

Brancard 1

- Bonjour Mr Chariot, je suis le Dr Lanie Scope. Comment vous sentez-vous ? Vous avez les lèvres bien violettes, dites-moi. Hum…

 

- Ça va… un peu… mieux… que tout à l’heure, me répond-il de manière hachée, glissant un mot entre deux respirations.

 

À moi-même : - Bon, c’est déjà ça. Il est scopé, sous oxygène. Par contre, sa tension reste trop basse et on peut difficilement l’hydrater à cause de ses problèmes cardiaques. Il faut absolument qu’il soit transféré à l’hôpital universitaire, son état est trop instable…

Brancard 2

Après de nombreux coups de fil, je finis par trouver un lit pour l’accueillir. Je rappelle dans la foulée le SAMU pour organiser au plus vite son transfert.

 

- Le SAMU ? Bonjour,  je vous rappelle concernant Mr Chariot. Il est attendu en réanimation à l’hôpital universitaire. Pourriez-vous m’envoyer une équipe pour son transfert?  D’ailleurs à ce propos, savez-vous pourquoi ce patient a été orienté chez nous ? C’est une perte de chance pour lui. Nous n’avons pas de service de dialyse, aucun lit en réanimation et aucun dossier le concernant…

 

Le médecin régulateur, hésitant :

- Heu… Oui… hum… C’est moi qui ai régulé l’appel… C’est à dire… Il n’y avait plus de brancard disponible aux urgences de l’hôpital universitaire… Alors on l’a amené chez vous.

 

C’est comme ça que j’ai passé deux heures à chercher un lit pour accueillir Mr Chariot. Et c’est comme ça que le temps d’attente est passé de 4 heures à 6 heures dans les urgences de mon établissement. Pour une histoire de brancard plutôt branque…

NOTRE EXPERT

contact lanie scope

  • Dr Lanie Scope, urgentiste