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La vie secrète d'un médecin ordinaire

Ma condition de sujet malade

[ Publié le 8 février 2017 ]

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Il est 7h30 lorsque mon réveil sonne. Je suis vermoulue. Mon nez est bouché. La gorge et les yeux me brûlent. Une salve d’éternuements parvient à m’extirper de mon lit. Juste le temps d’attraper un mouchoir et d’éponger ces deux vannes qui coulent à flot au milieu de mon visage, mes narines. « J’ai encore dû attraper un virus aux urgences. Heureusement que je bosse chez moi, aujourd’hui, le temps de récupérer un peu…».

Après une nouvelle série d’éternuements, je prends mon petit déjeuner, je me douche et je m’habille. Il est 9h lorsque Jessy arrive chez moi pour travailler notre nouvel article scientifique. Emmitouflée dans un pullover de laine, les pieds emmaillotés dans du cuir, une tasse de café à la main, je suis parée à une nouvelle session de boulot.

Sujet malade 1

À 10h30, mon téléphone vibre. Je jette un coup d’œil rapide sur le message reçu : une collègue malade me demande de la remplacer de 16h à 22h. Bien que ne je sois pas dans une forme olympienne, je préfère mon rhume à sa gastro. En tous cas, ça n’est pas aujourd’hui que je vais pouvoir récupérer...

Il est 16h05 lorsque j’arrive aux urgences. Il y a du monde partout. Des patients qui toussent, des qui reniflent et des qui rendent difficile la circulation dans les couloirs. J’enfile ma blouse blanche, je mets un masque et mon stétho autour du cou. Je jette un coup d’œil rapide sur l’écran : sept patients médicaux encore non vus… Il va falloir ne pas tarder.

J’arrive auprès du premier patient lorsqu’une nouvelle salve d’éternuements retapisse l’intérieur de mon masque. Je le change puis absorbée par l’histoire médicale de mon patient, je reprends le cours de l’interrogatoire, comme si de rien n’était.

Sujet malade 2

De fil en aiguille, toute concentrée à la tâche, j’oublie d’être malade. J’oublie d’incarner mon rhume : j’oublie d’éternuer, de me moucher, de me frotter les yeux. J’oublie mon corps, qui oublie lui-même ses courbatures, ses yeux qui piquent et sa gorge qui brûle. Mon attention est désormais exclusivement tournée vers mes patients et leur problématique.

À 22H30, je rentre chez moi et je prête enfin attention à ma personne. Je réalise que faute de temps pour incarner correctement ma condition de sujet malade, j’ai finalement guéri.  

1 commentaire

brcin79 -

Merci pour ce billet !

NOTRE EXPERT

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  • Dr Lanie Scope, urgentiste