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> Accueil > > Blogs experts > > Blog la vie secrète d'un médecin ordinaireLe Docteur Scope en congrès : l'aquarium de Baltimore

La vie secrète d'un médecin ordinaire

Le Docteur Scope en congrès : l'aquarium de Baltimore

[ Publié le 6 décembre 2017 ]

vignette_aquarium

Le congrès de Baltimore touche à sa fin. Entre les conférences plénières, les communications orales, les discussions informelles entre congressistes, les pauses déjeuner et les coffee break, je n’ai pas vu le temps passer. Assise sur un banc, j’attends les collègues pour le dîner de clôture devant l’aquarium…

 

Je regarde les quelques voiliers amarrés ici et là, et les passants faisant leur jogging sur les quais. Les congressistes arrivent un à un sur le lieu du rendez-vous.

Au bout de quelques minutes, notre groupe de congressistes s’organise en banc et nous pénétrons ensemble dans l’aquarium. Tour à tour se succèdent des poissons du Maryland, des oiseaux et des singes d’origines diverses, des vivariums de reptiles, d'amphibiens et d'arthropodes, des aquariums de requins.

 

Les arbres sont ainsi faits que l’on dirait des vrais. Enfin, presque. La poésie sauvage défile au rythme de nos pas, derrière les barreaux et les verrières pour nous conduire jusqu’au bar, sans transition.

 

Bien qu’un petit verre eut été de rigueur, la vie en cage ayant quelque chose d’oppressant, nous décidons avec Daniela de boycotter les boissons à prix d’or et d’aller droit au but, c’est-à-dire au buffet.

 

Pendant le repas, un groupe de poètes déclame des slams. Malgré mon anglais balbutiant, je comprends qu’il s’agit de ségrégation raciale, de violences subies par la population Noire-Américaine. Je reste longtemps imprégnée par ce bout d’Histoire revisité par les comédiens.  

Une fois le repas fini, nous observons encore quelques centaines de méduses dans des colonnes de verre avant de rejoindre le parvis de l’aquarium.

 

Aquarium 1

C’est alors qu’une femme d’une soixante d’années nous interpelle.

- Bonsoir messieurs dames, excusez-moi de vous déranger, je n’ai nulle part où aller ce soir. Si vous me donniez un peu d’argent, je pourrais dormir dans un endroit correct et prendre une douche chaude…

 

À peine avait-elle prononcé ces quelques mots qu’une congressiste s’interposa et lui coupa la parole :

- Ecoutez, nous ne sommes pas d’ici et nous n’avons pas d’argent ! Ça n’est pas contre vous mais nous n’avons pas de cash. Alors cessez de nous alpaguer de la sorte…

 

En tournant les talons pour rejoindre son hôtel, elle poursuivit son plaidoyer: « c’est incroyable, il y a en a plein aussi chez moi, c’est insupportable de se faire harceler comme ça ! »

Aquarium 2

C’est comme ça qu’en deux temps trois mouvements, la dame démunie se volatilisa dans la pénombre, sans que l’on ait eu le temps de réagir. Bien désolés de ce qui venait de se produire et encore plus de d’avoir pas su contrecarrer ce push politique, nous nous quittâmes dans un silence lourd de sens. Qu’avait-on appris durant ce congrès ? Comment est-il possible de parler de tolérance et d’envoyer balader la veuve et l’orphelin une heure après ? Décidément, il était encore long, le chemin à parcourir sur la voie de la sagesse…

NOTRE EXPERT

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  • Dr Lanie Scope, urgentiste