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> Accueil > > Blogs experts > > Blog du Professeur LALAUUne histoire d'huîtres : une (malheureuse) perle

Une réflexion sur l'équilibre alimentaire

Une histoire d'huîtres : une (malheureuse) perle

[ Publié le 19 décembre 2017 ]

huitres

S’il nous suffisait, à nous médecins, de dire aux malades que « ce n’est pas bon de fumer », pour qu’ils cessent alors de fumer !

S’il suffisait de procéder par injonction directe (« Il faut faire ceci »/« il ne faut pas faire cela »), pour faire changer les pratiques relatives aux comportements dits à risque !

Si, surtout, l’on pouvait faire l’économie de ce que les gens se représentent ! Car il est surtout là le hic : tandis que le soignant présente tel ou tel fait scientifique ; le patient, lui, se représente, c’est-à-dire se fait une représentation de toute chose.

Et présentation et représentation  ne « collent pas » nécessairement.

Tenez, voici un exemple éclairant. Et véridique !

 

Une histoire salée

La scène se déroule dans un service de dialyse. Mais en lieu et place de la dialyse périodique programmée, tel jour à telle heure, le patient est hospitalisé pour la réalisation en urgence de la dialyse, en raison de la survenue d’un œdème pulmonaire.

Il s’en explique. Si, il savait très bien que la consommation d’huîtres, riches en sel, était formellement contre-indiquée. Mais c’était Noël ; et Noël est le jour où « tout le monde mange des huîtres » (en tout cas tous les convives autour de lui).

Le médecin n’a pu qu’insister une nouvelle fois sur la contre-indication absolue que représente dans son cas la consommation d’aliments riches en sel : « Le sel retient l’eau, et du fait de la défaillance de vos reins, vous ne pouvez plus éliminer un excès d’eau. Si vous ne veillez pas à cela, l’apport excessif en sel va générer un régime de pression élevé dans les vaisseaux pulmonaires, et comme ces vaisseaux ne sont pas étanches, l’eau va passer dans les poumons, et c’est l’œdème pulmonaire ». On ne peut pas être plus explicite !

 

Belote, rebelote, et rere…

Pour autant, au grand étonnement du praticien, au Noël suivant, rebelote. Le patient avait pourtant intériorisé la leçon. Il avait résisté de son mieux à la tentation durant toute l’année et soigneusement évité les huîtres. Mais en ce jour de fête de Noël, le besoin d’en consommer une fois, ne serait-ce qu’une fois dans l’année s’est avéré irrépressible. Le risque était bien présent, mais du risque à l’accident…

D’où en l’occurrence un nouvel épisode de décompensation. Et d’où une nouvelle admonestation de la part du soignant.

En pure perte… Une nouvelle catastrophe survient le Noël suivant. Cette fois le ton du praticien tourne à l’aigre : « Est-ce que vous réfléchissez ? Ne vous avais-je pas dit que… ? »

Et le malade de répondre : « Mais docteur, je vous ai écouté ! J’ai consommé des huîtres, certes, mais je les ai bien crachées. J’ai juste bu l’eau ! »

 

Un cas d’école, pour ne pas faire… l’école

La leçon de l’histoire, c’est que faire la leçon, procéder par explication directe, cela se révèle inopérant in fine.

Nous nous leurrions si nous croyons que la connaissance de ce qu’il en est des bons et mauvais effets de l’alimentation pouvait emprunter une voie directe dans l’esprit du patient, pouvait être définitivement intériorisée par lui ; pouvait suffire pour lui faire modifier ses attitudes, en faisant ranger intellectuellement l’information dans la bonne case, celle qui régule le comportement de la façon la plus adaptée compte tenu de la pathologie.

Comme si nous ne mettions pas à l’ordinaire quasi « automatiquement » des filtres en œuvre ! Comme si nous ne demeurerions pas dépendants d’influences multiples antérieures, de tous ordres !

 

C’est là que se tiennent les « facteurs de résistance »

C’est là, à la croisée d’éléments divers et variés. Par combinaison d’éléments de connaissance, certes, mais aussi d’éléments qui relèvent de l’ordre familial (une quasi hérédité sociale), de données relevant du culturel, du spirituel, de l’affectif, etc. 

Les médecins ont beau se lamenter  –  « Et pourtant, je lui avais bien expliqué ce qu’il en était, au patient ! » –, il apparaît, comme le montre la malheureuse péripétie que nous venons de rapporter, un cas parmi d’innombrables autres cas, qu’il est impossible pour le praticien d’anticiper toutes les réactions, tous les comportements de ses patients, et qu’il est vain de croire qu’il suffit de dire vrai explicitement pour espérer de modifier des pratiques.

En d’autres termes, nous évoquons ici un exemple d’idée reçue chez le sujet malade. Mais une idée reçue chez le soignant, cette fois, c’est bien de penser qu’« il faut expliquer au patient » !

Il faut donc faire le deuil de l’explication directe.

La connaissance, la seule, la vraie, passe nécessairement par des chemins détournés, tortueux.

NOTRE EXPERT

Photo-Dr-Lalau

  • Jean-Daniel Lalau, nutritionniste

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