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Une réflexion sur l'équilibre alimentaire

Le Nutella : en remettre une couche

[ Publié le 6 février 2018 ]

nutella

Le principe du blog, c’est d’observer et d’analyser l’actualité. Je ne voudrais pas pour autant confondre actualité et immédiateté. Aussi me suis-je bien interdit de réagir tout de suite à ce qui s’est passé il y a quelques jours, cette « fameuse » ruée sur l’or brun (et quand je dis « en remettre une couche », je ne crois pas si bien dire puisqu’il y a eu aussi un rabais sur… les couches).

J’aurais eu bien tort d’écrire quoi que ce soit dans la foulée d’ailleurs, parce que j’aurais omis un élément dans l’analyse que je souhaite faire de cet événement, un élément que j’ai entendu il y a quelques jours seulement à la radio et que je ne soupçonnais pas.

 

1, 2, 3 : partez !

Oui, partez, et c’est comme si on avait lâché une meute.

Du coup il y a eu des coups. Parce qu’il a vraiment fallu jouer des coudes, se bagarrer. Il y a même eu des blessés.

Ceci est vraiment choquant, dans des temps de précarité, certes, mais tout de même pas de disette.

Alors, comment comprendre cela ? Dans la présente analyse, nous pourrions nous placer de différents points de vue, et déplorer telle ou telle attitude.

 

Et 1… (attitude 1)

Ce qui est choquant, d’entrée, c’est la technique de vente utilisée.

Le premier fautif serait ainsi l’enseigne qui a conçu, puis mis sur pied un tel dispositif.

Non seulement c’est choquant, mais c’est dégradant. Comme un baroud d’honneur (enfin, « honneur », on se comprend…) avant que le législateur ne vienne réglementer la vente à perte.

Un tel événement n’est pas de nature à redorer le blason de la grande distribution. Ça fait tâche : dans le même temps qu’il y a des personnes qui s’évertuent à mettre en place ou à aider à mettre en place un équilibre alimentaire (des soignants, des éducateurs, des formateurs, etc.), dans le même temps donc, patatras : on fait ce genre de promotion.

Ça fait vraiment désordre.

 

Et 2… (attitude 2)

Que telle enseigne ne se comporte pas bien, soit ; mais du côté des consommateurs, un peu de dignité, tout de même !

Nous pourrions dire ainsi que les premiers responsables – ne pas chercher plus loin que le bout de son nez, de ses papilles gustatives – sont ceux qui se sont rués sur les pots de Nutella.

Parce que ce n’est pas parce qu’il y a une promotion bête et méchante qui est faite qu’il faut lui emboîter le pas. Et qui plus est, en courant.

 

Et 3… (attitude 3)

Et il y a nous, enfin, dans cette affaire. Nous, avec notre regard sur cette affaire, sur les protagonistes de cette affaire que sont et les vendeurs et les consommateurs

Nous, qui pourrions manquer de compassion. Nous qui pourrions passer à côté du fait que quelques euros d’écart, malheureusement, cela pourrait compter pour des personnes défavorisées. Confère le tollé qu’il y a eu au sujet du projet d’enlever cinq euros aux aides au logement.

Ce serait oublier la portée du bon mot de notre philosophe national, j’ai nommé Coluche : « C’est déjà dur d’être pauvre, si en plus il faut se priver » !

Oui, il est bien aisé de juger tel ou tel comportement, quand on n’est pas confronté au même degré de précarité.

 

Jamais 3 sans 4…

Alors, quelle attitude allons-nous plutôt déplorer surtout, voire dénoncer, au bout du compte ? La 1 ? La 2 ? La …

Eh bien, une autre encore ; et c’est vraiment déroutant.

Je ne m’y attendais pas. J’ai entendu le 31 janvier à la matinale de France Culture (qu’est-ce que vous voulez, on est snob ou on ne l’est pas…) de mercredi dernier une spécialiste de la consommation – je ne sais plus exactement son titre – faire état d’une typologie de consommateurs, s’agissant de ceux qui se sont rués sur le Nutella.

Et contrairement à toute attente, le consommateur effréné aura été ni plus ni moins le « français moyen » (mais que je n’ai n’aime cette expression ! je préférerais « français médian ») : un français ni pauvre, ni riche ; ni jeune, ni vieux ; ni… ni…

Alors, ça, ça m’en a bouché un trou de tartine.

 

Il n’y a pas que l’âme qui soit impénétrable ; il y aussi le ventre du consommateur.

En l’occurrence, il faudrait vraiment convoquer les sciences humaines (psychologie, sociologie, etc.) pour tenter de comprendre un tel phénomène !

NOTRE EXPERT

Photo-Dr-Lalau

  • Jean-Daniel Lalau, nutritionniste

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