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Une réflexion sur l'équilibre alimentaire

Le lait, un nuage seulement ?

[ Publié le 16 janvier 2018 ]

lait-lactose-intolerance

Non, je ne parlerai pas du scandale Lactalis. Même en présence de mon avocat…
Sans parler de scandale donc, on peut tout de même aborder l’histoire sulfureuse du lait.

 

Du lait au souffre ?

Je veux dire : du souffre-douleur ?
Le lait se voit, en effet, accusé de tous les maux. Cela commence par les rhumatismes inflammatoires. Cela se poursuit gentiment par les maladies inflammatoires de l’intestin. Sans oublier le diabète de type 1 et encore – à la mode Prévert – les otites, la sclérose en plaques, et tant qu’à faire l’autisme.
Bref, les quelques cas de salmonelles du lait Lactalis ne seraient jamais que l’arbuste frêle cachant la forêt d’Amazonie.

 

Une vacherie ?

Oui, c’est quand même une vacherie. Que de se payer une intolérance au lait, plus particulièrement au lactose ou aux protéines du lait.

Mais distinguons bien, pour être précis, trois cas de figure d’intolérance au lait réels :

  • Il y a tout d’abord, et tout bonnement, les gens qui n’aiment pas le lait. Ils ont le droit. Les goûts et les couleurs, ça ne se commande pas ;
  • Il y a ensuite le cas de l’intolérance au lactose. Le lactose n’est digéré qu’avec l’intervention d’une lactase. Cet enzyme fonctionne à plein chez le nourrisson, pour pouvoir dégrader le lait maternel (le seul qui soit adapté à la toute première enfance), avec baisse d’activité ensuite, parfois de façon très importante mais tout de même pas en disparaissant (il n’y a que quelques cas au monde de déficit total).
    En outre, l’intolérance au lactose, quand elle existe, ne survient généralement que pour des consommations significatives de lait, en pratique de l’ordre d’un quart de litre ou de 2 yaourts non délactosés (au passage, point de problème par contre pour le fromage fermenté) ;

 

  • Il y a enfin l’intolérance aux protéines du lait de vache. Ça existe, ce n’est pas rare chez le nourrisson, avec un eczéma atopique à la clé, mais c’est souvent passager (après quelques années).

 

Juste un nuage de lait ?

Au-delà donc des cas assez rares de réelle intolérance, y aurait-il des raisons, scientifiquement fondées, pour (faire) limiter la consommation de lait (et de ses dérivés, en particuliers les yaourts), en termes cette fois de santé publique ?
En d’autres termes, pour les pathologies diverses et variées qui ont été rapportées plus haut, est-ce qu’il y a un substratum physiopathologique comme on dit dans notre jargon, des mécanismes supposés pour le dire simplement, pour sous-tendre l’hypothèse d’une possible causalité ?

Désolé, chers détracteurs du lait, il n’y a rien qui soit scientifiquement démontré.
Il est vrai que les études cliniques sont difficiles à réaliser : il faut un grand nombre de sujets, réaliser des études « en double-aveugle » (ni l’expérimentateur ni le sujet ne sait ce qu’il reçoit : du lait ? Ou un substitut qui aurait le même goût ?). Quelques études ont tout de même été menées ; elles n’ont rien montré en défaveur du lait.

Mais sur un plan mécanistique, il n’y a même pas d’argument. Tous les mots pour accuser de tous les maux le lait ne tiennent pas.
Un effet pro-inflammatoire ? Un effet anti-inflammatoire, au contraire, a été démontré.
Un effet pro-oxydant ? Un effet anti-oxydant, au contraire, a été démontré…

 

La beauté cachée du lait

Oui, cachée, car nous retrouvons dans le lait des centaines et des centaines de constituants. Des centaines déjà rien que pour les acides gras. Ajoutons à cela du calcium, bien sûr ; du phosphore ; de l’iode ; du sélénium ; des vitamines ; etc. Ne sentez-vous pas, d’ailleurs, que le lait craque sous la dent ? Tant le lait, ce n’est pas qu’un simple liquide blanc clair !
Et des constituants de qualité, s’il vous plaît. Ce n’est pas la peine par exemple de rentrer en transes du fait d’une teneur en acides gras saturés significative. Car il y a des acides gras trans intéressants !
Bref, si l’on ne retrouve pas d’arguments cliniques en défaveur du lait, on dispose, au contraire, d’arguments plutôt favorables(1). Précisément au sujet des grands « fléaux » que sont le surpoids, le diabète de type 2, les maladies cardiovasculaires, le cancer.
Et comme par hasard, puisque ses facteurs de risque sont au bout du compte ce que nous venons de citer, la maladie d’Alzheimer.

Bon, je vous laisse, je vais me resservir un verre.

 

 

 

(1) P.S. Par honnêteté intellectuelle, je précise que – une fois n’est pas coutume – j’ai fait ici de larges emprunts à un collègue nutritionniste, le docteur Lecerf de Lille, qui a signé un bel article et très bien référencé dans le dernier numéro de l’année 2017 de « Cholé-Doc » (du Centre de recherche et d’information nutritionnelles).

NOTRE EXPERT

Photo-Dr-Lalau

  • Jean-Daniel Lalau, nutritionniste

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