Une réflexion sur l'équilibre alimentaire

L'obésité : le poids de l'objectif

[ Publié le July 25, 2012 ]

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― Docteur, je voudrais perdre du poids !

― Oui, mais combien ?

 

Un objectif ! Le forfait à « – 15 % » ?

Il est inimaginable d’accompagner les personnes qui désirent perdre du poids sans convenir d’un objectif.

Une première façon de faire est de prendre appui sur la perte de poids habituellement obtenue, laquelle est en moyenne de l’ordre de 15 %.

Mais est-ce à dire qu’il en sera de même pour tout le monde ? Comme si chaque personne que nous rencontrons devait représenter la valeur moyenne d’une population générale !

C’est le cas de le dire, affinons donc considérablement les choses.

 

L’hérédité dépend de nombreux facteurs. La perte de poids aussi !

Je vais prendre en considération ici de nombreux éléments.

Pardon pour la longue liste, mais c’est volontaire. C’est avec la préoccupation thérapeutique pour la personne, précisément de personnaliser, et le souci pédagogique pour les autres.

 

Voici donc, sans hiérarchie aucune, puisque les facteurs sont d’importance variable pour chacun :

  • Le degré d’obésité : pour le dire simplement, il est plus aisé de revenir au vert clair quand on n’a pas atteint le rouge foncé… 
  • La taille : la réduction pondérale est plus aisée à obtenir chez les personnes de haute taille (et réciproquement…).
  • La répartition du tissu adipeux : l’adiposité abdominale est plus facilement réductible que celle au niveau des hanches.
  • La durée d’évolution de l’obésité : l’obésité de constitution récente est, elle aussi, plus aisément réductible.
  • Le caractère stable ou encore évolutif de la prise pondérale : la réduction sera moins difficile dans l’obésité encore évolutive.
  • En cas d’évolutivité, la vitesse de la prise de poids : plus cette vitesse est élevée, plus l’objectif de réduction peut être ambitieux.
  • L’âge au début de l’obésité : malheureusement, l’obésité constituée lors des premières années de la vie est quasi irréductible, car à cet âge les cellules graisseuses sont non seulement plus grosses (hypertrophie), mais également plus nombreuses (hyperplasie).
  • Les antécédents familiaux : l’obésité familiale est plus difficile à réduire (le poids des gènes !).
  • Circonstances propices : si elles sont encore présentes, la réduction pondérale sera forcément plus difficile à obtenir.
  • Les apports alimentaires : il faut considérer le plan quantitatif, bien sûr, mais aussi et probablement surtout le plan qualitatif (notamment le rapport glucides/lipides) et la variabilité de ces apports dans le temps. Plus l’alimentation est déséquilibrée, plus importante sera la perte de poids… si le rééquilibrage peut être obtenu. Et maintenu !
  • Le comportement alimentaire : il faut rechercher une éventuelle hyperphagie (repas trop volumineux), un grignotage, des compulsions alimentaires, voire une boulimie, qui sont autant d’éléments limitatifs ;
  • Le « stress » : sans parler d’authentique trouble du comportement alimentaire, le « stress » (pour ne pas dire : « anxiété » !) est un facteur aggravant.
  • L’état articulaire : ce point est majeur. Si les hanches, les genoux sont abîmés, dès lors si la mobilité est réduite, l’ambition de perte de poids devra être revue considérablement à la baisse.
  • Les maladies associées : il est évident que selon que l’obésité est isolée, ou, au contraire, associée à d’autres pathologies, le pronostic pondéral ne sera pas le même.
  • La présence d’un syndrome dépressif : ce serait là encore un facteur aggravant, quoiqu’il faille faire la distinction, souvent malaisée, entre la dépression primitive, à l’origine de la constitution de l’obésité ou l’aggravant, et la dépression secondaire, par intolérance à l’obésité déjà constituée.
  • Le soutien de l’entourage proche : cet entourage est-il aidant ?
  • La qualité de l’environnement amical et social : est-il facilitant, lui aussi ?
  • La tolérance à la frustration : voilà assurément un facteur majeur !
  • Les expériences antérieures de réduction pondérale : là encore, selon qu’une expérience a pu faire perdre un peu, beaucoup, énormément, ou au contraire…
  • L’activité professionnelle : prenons juste un exemple. La personne en surpoids a-t-elle, ou non, le temps de rentrer chez elle à midi ?
  • La position sociale : cette position impose-t-elle des contraintes de représentation, des repas d’affaires, etc. ?
  • La situation financière : il est inutile d’insister sur ce point, a fortiori dans le contexte actuel.
  • Des facteurs institutionnels : sur le lieu de travail, y a-t-il une cantine ? Un micro-ondes ? Etc.
  •  …

 

Mais, vous me permettez ? Je vais quand même cesser là !

 

Le fin mot de la fin

Au total, s‘il y a une relation médicalisée, il faudra nécessairement faire coïncider une attente réaliste (chez le sujet obèse) et un objectif raisonnable (proposé par le nutritionniste ou la diététicienne).


J’ajoute que je n’ai pas le droit de vous enlever votre objectif. Mais il est prudent de vous fixer plusieurs objectifs : si vous avez perdu quelques kilos, ce n’est pas 0, vous aurez atteint l’objectif de satisfaction minimale ; si vous en avez perdu un peu plus, vous aurez atteint l’objectif de satisfaction ; si vous en avez perdu encore plus, vous aurez atteint l’objectif de grandes satisfactions ; et si vous avez réellement perdu tout ce que vous vouliez perdre, vous aurez quand même atteint votre objectif « de rêve » ! »

 

En d’autres termes, il convient de ne pas mettre « tous les œufs dans le même panier ! » Tout de même, ce n’est pas normal : les personnes qui ambitionnent par exemple de perdre 30 kg, et qui en reprennent un après en avoir déjà perdu 15, lâchent souvent prise en se disant : « Je n’y arriverai jamais » ! Et avec un rebond à la clef !

 

Ah, j’allais oublier…

Il faut convenir d’une vitesse de réduction pondérale « désirable ». Nous conseillons de perdre de 0,5 à 1 kg par semaine. Ni trop peu, ni trop non plus.

 

L’équilibre, vous dis-je…

1 commentaire

-
Professeur, plus je lis vos billets et plus je me pose des questions. Le poids et tous ces facteurs à prendre en compte. Autour de moi, nombreux et nombreuses sont les personnes minées par ce POIDS ! Tout est fait pour aussi pour que nous y pensions tout le temps (regarder autour de vous). mais je m'égards ... donc en lisant cette liste, j'ai l'impression qu'une prise en charge médico - psycho - sociale devient indispensable pour perdre ce poids ?

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"Je poursuis mon exploration systématique des facteurs de résistance au changement, chaque fois avec une réponse aux commentaires des Internautes aux billets précédents."

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Derniers commentaires

Jean-Daniel Lalau - le 03/04/2013 dans "Parle à ma tête, mon corps…"
Je vous remercie de votre question - intéressante : régime et faim/satiété. Tout d'abord, il faudrait savoir si le régim
chocokapic - le 03/04/2013 dans "Parle à ma tête, mon corps…"
Si l'estomac ne rétrécit pas, pourquoi est-in plus vite rassasié lorsque l'on fait un régime ?
Jean-Daniel Lalau - le 29/03/2013 dans "Parle à ma tête, mon corps…"
Je vous remercie de votre commentaire. Si je puis dire, les représentations ont la dent dure... Mais, encore une fois, e
- le 27/03/2013 dans "Parle à ma tête, mon corps…"
et bien voilà une nouvelle interessante et qui vient contrecarrer l'idée reçue sur la taille de l'estomac ;)
Jean-Daniel Lalau - le 07/03/2013 dans "Là où il y a du gène…"
Je m'aperçois que la réponse que je vous ai faite n'est pas apparue. aurais-je fait une mauvaise manipulation ? Mes excu
Jean-Daniel Lalau - le 04/03/2013 dans "Le syndrome du frigo"
Merci de votre commentaire et de vos questions ! Le goûter à 17 h n'est à proposer que si vous craignez... le frigo en r
Olga - le 04/03/2013 dans "Le syndrome du frigo"
Je me suis tout à fait reconnue ! Une question : quand on rentre à la maison vers 19h et qu'on mange vers 20h, est- ce q