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Une réflexion sur l'équilibre alimentaire

Il était un foie : l'alcool ? Ou l'obésité ?

[ Publié le 18 avril 2017 ]

gamma-gt

J’aurais pu intituler ce billet : « Docteur, j’ai des gammas… ».

C’est un propos que tiennent nombre de malades, en effet, qui cherchent à se justifier, d’un air de dire « j’ai des gammas, mais je ne bois pas ».

Comme l’Interne aura pu dire à son senior au lit du malade pendant la visite à l’hôpital, en établissant le relevé des antécédents, « il/elle avoue x verres d’alcool par jour » ; comme nous sommes dans une société « particulièrement avouante », disait (et dénonçait !) Michel Foucault ; mais comme le foie aussi est susceptible d’induire une surcharge graisseuse, avec à la clé une augmentation du taux des « gammas » ; tout ceci mérite d’être examiné plus avant.

 

Tout d’abord, les « gammas », c’est quoi ?

Ça ne se mange pas, ça ne se boit pas…

Plus doctement : la gamma-glutamyltranspeptidase, ou γ-glutamyltransférase, est une enzyme impliquée dans le métabolisme des acides aminés (les constituants des protéines) que l’on retrouve dans plusieurs organes. Et en particulier… dans le foie.

Comme l’alcool exerce un effet d’inducteur enzymatique, on observe, dans l’alcoolisme aigu (la « cuite du samedi soir ») comme dans l’alcoolisme chronique (et volontiers alors en corrélation avec une augmentation aussi du volume des globules rouges), une augmentation du taux de cette fameuse enzyme.

 

Les Gamma-GT, un mouchard ?

C’est sûr que si on dit « qui a bu boira » ; que on se sert du dosage des gamma-GT pour – passez-moi l’expression – fliquer le comportement relatif à l’alcool, et ce d’autant que les femmes en particulier en parlent bien plus difficilement que les hommes, de la même façon qu’on peut se servir du dosage de l’hémoglobine glyquée pour fliquer aussi le comportement alimentaire des sujets diabétiques (cette hémoglobine glyquée étant le reflet de l’équilibre glycémiques des 3 derniers mois, elle intègre tous les moments de dépassement glycémique pendant cette période de temps) ; c’est sûr donc que si le médecin fonctionne ainsi la relation de soin est vite ruinée.

Tout cela dans le contexte d’une société hypernormative : les caméras dans les lieux publics, les radars sur la route, les marqueurs biologiques des comportements…

En outre une telle attitude, c’est vite oublier que l’alcoolisme (le vrai) est une maladie ; et que face à une maladie on doit être soignant. Et non saignant…

 

En avoir ou pas

Tout d’abord, il faut savoir que le taux de gamma-GT fluctue selon la consommation d’alcool : si cette consommation cesse, le taux revient à la normale. Sauf il est vrai dans le cas où une cirrhose s’est installée, malheureusement, dans la consommation alors chronique (encore que : même au stade de cirrhose, l’évolution peut quand même être favorable. Avec le sevrage bien sûr !).

Il faut savoir surtout que ce taux de gamma-GT peut augmenter pour bien d’autres raisons que l’alcool, notamment sous l’effet de :

  • Tout médicament susceptible d’induire… précisément une induction enzymatique (et notamment les barbituriques) ;
  • Un hyperfonctionnement de la thyroïde ;
  • Une insuffisance cardiaque ;
  • Tout ce qui peut léser le foie, en définitive : la cholestase (c’est une congestion des voies biliaires), une hépatite virale, la cirrhose donc (mais qui n’est pas que liée à l’alcool ; elle peut tout aussi bien faire suite à une hépatite chronique), et l’obésité.

 

Cirrhose m’était contée…

Et oui (bis), l’obésité devient aujourd’hui une cause d’entrée en cirrhose plus fréquente que l’alcoolisme ; et même, depuis que l’on traite mieux les hépatites virales chroniques, la cause la plus fréquente tout court.

(Et les « labos » – comprenez : l’industrie pharmaceutique – de s’intéresser, mais alors vivement, au développement de nouvelles molécules pour contrer cette maladie. Il n’y a pas seulement une « niche », comme on dit, mais pour les maladies rares ; il y a bien « un marché ». Comme disent les poètes…

 

Evitons donc le poncif, hâtif, et culpabilisant : gamma-GT = alcool !

Et sachons dépister par-dessous le vrai poison pour le foie qu’est la surcharge en graisses.

 

P.S. L’alcool, non, mais l’eau ferru-hips-gineuse non plus ! Car la surcharge en fer (= l’hémochromatose) est aussi une cause de cirrhose !

NOTRE EXPERT

Photo-Dr-Lalau

  • Jean-Daniel Lalau, nutritionniste

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