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Une réflexion sur l'équilibre alimentaire

Ce téléphone me pompe

[ Publié le 25 juillet 2017 ]

telephone-maladie-diabete

J’espère, chers lecteurs, que vous me pardonnerez ce titre ; que vous voulez bien y voir tout sauf de la gaudriole.

C’est très sérieux, en réalité : j’interpelle ici rien moins que notre rapport aux objets, à la technique. Et en l’occurrence deux objets d’une importance cruciale dans la vie quotidienne d’un sujet diabétique traité par pompe à insuline.

Ce sera un peu décousu – mes excuses aussi pour cela – mais je voudrais simplement livrer quelques réflexions.

 

De l’outil à l’agréable ?

La première chose à dire est que nous parlons d’outils, aussi bien pour le téléphone que pour la pompe (à insuline).

Des outils utiles, bien sûr, mais qui semblent bien, au moins en première instance, de nature différente. On pourrait se passer du premier (hormis bien sûr l’appel d’urgence, face à une décompensation du diabète). Le second, lui, on ne peut jamais s’en passer.

Finalement, on peut faire un parallèle avec la dépendance à l’insuline : une dépendance qui serait relative s’agissant du téléphone, à l’instar de celle qui caractérise le diabète de type 2 ; et absolue pour la pompe, l’insuline étant vitale dans le diabète de type 1.

A ce stade, nous pourrions considérer que vivre avec la pompe, ce serait comme vivre les pieds et poings liés, tandis que le téléphone devrait, au contraire, être considéré comme un instrument de liberté : on peut téléphoner à son aise n’importe où, n’importe quand. 

 

Insulinodépendance / insulinorésistance

Mais d’un autre côté, ne peut-on pas renverser les choses ?

La pompe génère évidemment un encombrement, mais on peut toujours la débrancher quelque temps : pour aller à la plage par exemple, pour des moments intimes, etc.

Tandis le téléphone, il faut y penser tout le temps : dans quelle pièce l’a-t-on laissé ? Dans quel sac l’a-t-on mis ? Est-ce qu’on part bien avec ? Dans la voiture, etc.  On ne remet pas la main sur lui, l’angoisse sourd …

Il faudrait faire à ce sujet un sondage : quelle est la proportion de gens qui partent à la plage avec leur portable ? Qui vont aux toilettes avec leur portable ? (et n’a-t-on pas déjà vu des messieurs  uriner tout en téléphonant ?)

 

Le rapport à

Ce qui fait qu’en définitive, si je puis dire, le sujet, ce n’est pas l’objet, mais le rapport à l’objet.  

Et c’est là que les choses se gâtent. Car c’est fou, la faculté que nous avons de considérer le bénéfice que l’on obtient avec tel ou tel nouvel outil, sans considérer dans le même temps les effets adverses aussi.

Pourtant, nous, dans le domaine de la santé, nous devrions savoir, nous qui sommes rompus à la loi d’airain du traitement médicamenteux, que les vertus de telle ou telle thérapeutique, au sens large, sont indissociablement assorties d’un risque significatif d’effets secondaires. Il en est de même pour toute avancée de la technique ! Il en est de même… pour le téléphone.

Que le lecteur, que l’acteur de santé, que le prescripteur, et bien sûr que la personne diabétique concernée elle-même ; que tous ne se méprennent pas à ce sujet : le fait d’évoquer ici de possible effets secondaires n’est pas disqualifier, encore moins prendre le contrepied.

L’idée est plutôt dire, simplement mais à propos de toute la difficulté, que le réel, c’est le global. La lune, on n’en voit qu’une face ; elle n’en est pas moins le global de la face visible et de la face cachée.

 

Une greffe comme une autre

Toujours est-il que si le diabète est vécu par certains comme une amputation, au moins sens métaphorique d’une amputation de vie, de la qualité de vie, et parfois malheureusement avec une amputation tout court (à la suite d’une lésion de pied) ; la pompe, elle, réalise une greffe,  un boîtier qui se voit apposé au corps.

Le téléphone s’inscrit lui aussi dans un schéma additif : il est quasi incorporé. Mais un schéma additif, s’il apporte véritablement… une valeur ajoutée ; si les contraintes ne l’emportent pas sur les avantages.

(Et on se demande au passage : mais comment diantre la vie se déroulait-elle dans la préhistoire de l’Homo telephonicus, il n’y a pas encore bien loin en fait ?)

 

Seul, mais avec soi-même

S’agissant encore du téléphone, je ne résiste pas au plaisir de citer le dessin qui a surtout fait connaître Jean Jullien, le réalisateur d’une série d’affiches nommée « Allo ? » (une série exposée en 2013 dans une galerie londonienne) : il s’agit d’un gars qui regarde fixement son téléphone portable la nuit et qui peut alors dire posément  « Never alone » (« Jamais seul »).

Dans le cas qui nous occupe, nous pouvons dire qu’il y a, au total, le sujet diabétique, le diabète (et j’ai pu entendre parler du cancer, de la maladie en général, comme d’un être en soi), le téléphone, et encore la pompe. Pour le coup ; cela en fait, du monde !

Pour peupler la solitude, sinon l’isolement (social)…

 

Le fil à la patte

Une dernière interrogation : mais quel est-il, finalement, le boulet ? Plus précisément : le fil qui relie au boulet ? Serait-ce le fil du téléphone (le cordon du chargeur) ? Ou le fil tout court, le cathéter de la pompe à insuline ?

C’est ce fil qui énerve Patrick, qui vient nous voir en rapportant qu’il a demandé à qu’on lui enlève la pompe ; non pas pour la pompe imposée, non pas pour le boîtier apposé ; mais bien parce qu’il ne supporte plus le cathéter sur lui.

 

Alors du coup, je me demande, in petto : est-ce que c’est le cathéter, véritablement, parce qu’il est visible, trop visible ? Ou est-ce plutôt que le fil du téléphone a disparu, tant la greffe a pris ?

 

P.S. Pour ajouter à la confusion des genres, mais dans le même temps répondre pour mieux répondre au titre, les diabétologues savent bien que l’on peut désormais appliquer un smartphone sur un capteur apposé sur le tissu sous-cutané pour lire la glycémie.

 

P.S. 2 Je voudrais tout de même ajouter : j’aurais donc établi tantôt une différence, tantôt un parallèle entre le téléphone et la pompe (à insuline). Ce disant, jamais au grand jamais je ne voudrais minimiser les contraintes d’une vie avec un diabète, surtout insulinodépendant. Si l’écart entre les deux objets se réduit, c’est plutôt parce que la téléphonie est devenue, de mon point de vue, une maladie. Une maladie chronique.

NOTRE EXPERT

Photo-Dr-Lalau

  • Jean-Daniel Lalau, nutritionniste

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