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Une réflexion sur l'équilibre alimentaire

Anorexie : il était un foie...

[ Publié le 19 juillet 2016 ]

anorexie-enzymes-foie

J’ai envie de dire en sous-titre : une bien mauvaise fois…
Oui, parce qu’en miroir de ce que j’ai traité avec le dernier billet, s’agissant de l’obésité, je dois aborder maintenant le cas de l’anorexie.


Et si je vous dis que l’anorexique aussi peut faire foie gras, vous allez me croire ?
Ou allez-vous considérer que c’est de la provocation (et de bien mauvais aloi) ?

 

Eh bien si…

Nous pouvons en effet observer dans l’anorexie la mise en jeu de voies métaboliques dites « futiles ». Le mot « futile » ne doit bien sûr pas être pris ici au sens péjoratif (et il faut faire attention aux faux-ami de l’anglais, when it is said « futile cycle ») ; il a plutôt le sens de « accessoire ». Cela veut dire, en clair, que dans des situations assez exceptionnelles des voies normalement accessoires peuvent être activées.
Dans le cas présent, on assiste paradoxalement à un cycle de dégradation-régénération des graisses au niveau du foie. Ceci revient à dire que l’anorexique peut mettre des graisses en stockage au niveau du foie.
Rendons-nous bien compte : du foie gras ! (pour rappel le terme technique est « stéatose »).

 

Allo, l’hôpital ?

Le marqueur à suivre de près est le taux des enzymes du foie (les transaminases : ASAT et ALAT). La dangerosité ici, comparativement à ce que nous avons vu avec l’obésité, associée elle à une augmentation chronique du taux de ces enzymes, avec à la longue le risque de cirrhose ; c’est que le mouvement enzymatique peut se produire en aigu. Il peut en résulter une véritable souffrance hépatique.

Nous invitons d’ailleurs à compulser la fiche rédigée par le réseau francilien des TCA (= troubles des conduites alimentaires) relative aux critères d’hospitalisation dans l’anorexie. L’atteinte hépatique y figure bien : « Cytolyse hépatique > 10 x N » (comprendre : « élévation de plus d’un facteur 10 du taux des enzymes du foie »).

 

Ou plutôt sous nos yeux, à l’hôpital

En fait, cette situation de souffrance hépatique, nous la voyons plutôt se manifester au cours d’une hospitalisation déjà engagée.
Voici typiquement comment les choses peuvent se dérouler :

  • Acte 1 : la jeune fille/la jeune femme est d’abord suivie en consultation. Même en cas de maigreur importante, sauf éléments de gravité (cf. à nouveau la fiche jointe), il n’est pas question d’hospitalisation, laquelle de toutes les façons serait récusée par la fille/la femme malade. Il vaut mieux plus tard, mais avec son adhésion (quelque peu…). Car il faudra bien convenir au fil des consultations que si le poids ne progresse pas, il faudra procéder autrement ;
  • Acte 2 : hospitalisation donc, souvent avec un contrat de poids à la clé et séparation d’avec la famille. Mais ce n’est pas parce qu’on est à l’hôpital que, dès lors, la situation évolue favorablement, le poids progresse dès les premières pesées ! Tout au contraire, c’est désespérant au début, puis encore après, et ce pendant des semaines, parfois des mois. Et c’est là, pendant cette dégradation encore, et au bout du compte avec cette aggravation encore puisque l’état était déjà précaire à l’entrée, que la souffrance hépatique peut se manifester ;
  • Acte 3 : cette souffrance hépatique – quand elle survient car ce n’est heureusement pas la règle – est un motif de transfert en unité de nutrition intensive (et la séparation d’avec les proches est alors levée). Et là, c’est le pire du pire, pour l’anorexique : il faut poser une sonde gastrique (plutôt que d’assurer la nutrition par les veines, lesquelles ne tiendraient pas longtemps). C’est vécu en effet comme le drame absolu, dans une grande violence, dans une grande souffrance. Quasi comme un viol (et je pèse mes mots) ;
  • Acte 4 : le poids évolue, par la force des choses, avec la sonde. Mais il faudra une « surveillance armée » ensuite : s’assurer qu’à la suite de l’ablation de la sonde, le poids ne rechute pas. Car l’amélioration va bien finir par pointer le bout de son nez !
  • Acte 5 : reprise du contrat de poids avec séparation. Et tout cela, au total, prend de très, très nombreuses semaines. Des semaines épuisantes pour tous, et avec une vraie langue de bois au début de la part des soignants, qui ne savent pas trop quoi dire aux proches : comment va se dérouler l’évolution au bout du compte ? Le psychisme, « bouffé » par l’obsession de tout contrôler, à commencer par l’alimentation bien sûr, pourra-t-il se restaurer ? (si je puis dire…). Car c’est bien la condition première, pour que le poids puisse secondairement évoluer lui-même favorablement.

 

Ce n’est pas moi, c’est le foie ! C’est la souffrance de cet organe important, vital même !Le thérapeute doit en effet énoncer à la personne anorexique ce repère important : ce n’est pas lui qui fait violence avec la sonde gastrique ; c’est bien cette fichue maladie, quand elle atteint ce seuil de gravité !

 

NOTRE EXPERT

Photo-Dr-Lalau

  • Jean-Daniel Lalau, nutritionniste

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