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Les questions sociales vues sous un autre angle

Sécurité sociale : une attente ordinaire

[ Publié le 3 septembre 2015 ]

Billet : Sécurité sociale : une attente ordinaire

J'attends un document de la sécurité sociale depuis plusieurs semaines et cela devient urgent.
Mon dossier a été envoyé en avril, nous voilà fin juin et toujours pas de nouvelles.
Malgré mes relances auprès de la plateforme qui m’assure qu’ils ont envoyé le document, je n’ai toujours rien dans ma boite aux lettres ! Bon je sais, c’est tarif lent mais quand même !
Aujourd’hui, c’est décidé : je ne travaille pas, je vais en profiter pour faire un saut au centre. Je traverse l’immense hall : 1er stand la Caf ; puis la caisse de retraite et au bout l’accueil sécurité sociale.

 

Ah ! Vision apocalyptique ! Pas moins de trente personnes attendent sous une chaleur de plomb ! Il faut dire qu’il fait plus de 30 degrés dehors et qu’il n’y a ni ventilation ni climatisation.
Je sens l’énergie de la salle d’attente plutôt léthargique. Pourtant lorsque je prends mon ticket et qu’un gros bip résonne : « Votre ticket est en cours d'impression », je vois subitement l’ensemble des regards qui se tournent lentement vers moi : « Quoi ? J'ai fait un truc qu’il ne fallait pas ? », puis dans la même lenteur les regards se recentrent : objectif en l’écran d’affichage.
Ah ! L’écran d’affichage ! Ce sauveur !
Bon ce n’est pas le tout, maintenant que j’ai mon ticket, y-a-t-il une place assise ?
Tiens, au fond il en reste une, auprès d'une dame âgée.

 

Maintenant assise, j'évalue la situation : comparons mon chiffre d’appel à celui de l’écran chiffre Bon, pas prête de sortir de là !
Vu la marge de temps que j’ai devant moi j’en profite pour engager la conversation avec ma voisine : elle me dit que c’est la première fois qu'elle vient ici : son agence habituelle est fermée définitivement depuis plusieurs mois.
- « Ah bon ? Mais vous habitez où ? »
- « A 5 km de là, une petite bourgade de 30 200 habitants »

 

Ah oui, franchement, on est décidément très logique chez nos décideurs ! A l'heure où l’on nous rabâche les oreilles avec la pollution en région parisienne, il est très logique de démultiplier les aller et retour en voiture, tout cela parce que l’on a décidé de fermer un centre de proximité ! (Vous remarquerez que je n’aborde même pas la question du service, car je pense que c’est une idée bien obsolète dans notre en France d’aujourd’hui).

 

Bon, revenons à notre écran suspendu. Oh ! Mais qu’est-ce que c’est que cela ? Les chiffres ne suivent plus l’ordre : 91 B puis 89 A, c’est quoi ce bazar ? Tiens ? Les gens concernés ont l’air de maitriser : ils se dirigent vers un autre hall, derrière celui ou j’attends. Ce doit être des situations particulières.

 

Chouette ! Mon voisin abandonne, il repart : je gagne une place - tout le monde est en train de se dire la même chose ! Un deuxième ! Hourra deux places de gagnées !
Ça y est ma gentille voisine est appelée. Elle se dirige vers le comptoir, où se situent deux agents d’accueil.
Ah oui ! J’ai oublié de préciser que cela fait plus de dix ans que je fréquente les locaux, et malgré les fermetures des centres aux alentours, côté effectif ça ne bouge pas : toujours deux agents d’accueil !

 

Bon, ma voisine a l’air d’avoir un souci, la dame de l’'accueil sort de son bureau : elles se dirigent toutes deux vers une machine qui a l’air d’attirer du monde .
Oh là là ! Je crois que la dame de l’accueil n’aurait jamais dû sortir de son bureau ! Un attroupement se crée autour d’elle : je crois comprendre qu’il y a un souci avec la machine ou bien ils ne savent pas la faire fonctionner.

 

Bref, dans un élan la personne de l’accueil se fraie un chemin à travers le groupe et parvient à rejoindre son bureau, non sans recevoir quelques répliques : « On fait quoi alors ? », « C’est pas croyable…!». Mais elle a réussi quand même à résoudre l’affaire de ma voisine, c’est déjà cela.
Tiens ? Un autre qui part ! Encore une place de gagnée !

 

Je me prends à observer ces femmes à l'accueil et n’ai de cesse de me demander comment elles vivent quotidiennement ce fatras : tous ces regards de la salle fixés sur elles en permanence, espionnant leurs moindres gestes, grattage de nez, grimace, mauvaise humeur…Elles ont pourtant installé un panneau d’affichage entre elles et le public, histoire de donner l’impression d’une délimitation et de se protéger : mais pas de chance le panneau est trop court !

 

Parfois, je me dis que si Feydeau vivait encore, il aurait fait de tout cela une belle pièce de boulevard, tant l’organisation de cette société est devenue burlesque.


Mes missions d’assistante sociale en milieu du travail me le rappellent chaque jour. Les dysfonctionnements des services à vocation publique se multiplient : cela va de l’impossibilité à joindre par téléphone les services concernés, à l’agressivité de certains employés de plateformes téléphonique raccrochant au nez des usagers (excédés pour des raisons diverses), aux blocages de dossiers sur plusieurs mois voire année comme j’ai le cas aujourd’hui, sans qu’aucune solution ne soit encore trouvée, ….

 

Les assistantes sociales ne manquent pas d’être confrontées, chaque jour dans leur exercice, à des problèmes devenus insolvables tant la machine institutionnelle est grippée.
Là, ou un simple contact suffisait hier pour débloquer une situation délicate, ce ne sont aujourd’hui que mails à répétition, courriers, appels téléphoniques qui au bout du compte épuisent tout le monde.
Le service public existe-t-il encore ? Quels moyens lui donne-t-on aujourd’hui ? Quel avenir souhaite t’on lui donner en France ? Pour quelle qualité ? Quelle éthique ?

 

Dans un contexte européen de réorganisation des services publics (appelés aussi service d’intérêt général) le système français à une carte à défendre face à des modèles basés sur la financiarisation de la protection sociale.

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