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Les questions sociales vues sous un autre angle

Fin de vie : le temps de la réconciliation

[ Publié le 1 novembre 2016 ]

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La maladie grave d’un proche est souvent une période pleine de doutes, d’inquiétudes et d’espoirs. Entre mise en jeu du pronostic vital et espoir de rémission, le cheminement n’est pas facile pour les malades et leurs proches, qui doivent souvent faire des sacrifices, mettre de côté temporairement leur emploi et leur vie familiale pour rester aux côtés du souffrant. Ces derniers moments passés ensemble peuvent aussi être l’occasion pour les malades et leurs familles de se souvenir et de se rapprocher.

 


J’ai accompagné une jeune femme de 36 ans qui était dans cette situation. Expatriée au Canada depuis de nombreuses années, elle avait choisi de revenir en Normandie accompagner son père âgé de 88 ans alors qu’il était atteint d’un cancer. Mère de deux enfants et salariée, elle s’était organisée avec son conjoint pour rester au chevet de son père.

 

Ce père vivait seul depuis le décès de son épouse. La jeune femme le décrivait comme une personne têtue et méfiante envers le corps médical. Ne supportant pas le changement, il ne souhaitait pas quitter son domicile pour une hospitalisation, aussi courte soit-elle, et il préférait rester auprès de ses souvenirs. Après plusieurs tentatives de négociation, il avait fini par accepter une hospitalisation de jour pour suivre des séances de chimiothérapie.

 

La jeune femme a souvent évoqué les liens particuliers qui la liaient à son père.  Pendant son enfance, ils étaient très proches et partageaient de nombreux moments ensemble. Avec sa mère, ils formaient une petite cellule familiale qu’elle décrivait comme aimante et confortable. Toutefois, le caractère surprotecteur de ce père avait été la cause de nombreux conflits entre lui et la jeune femme. Jusqu’à une rupture de 5 ans, pendant laquelle ni l’un ni l’autre ne s’étaient adressés la parole.

 

Le temps et la distance aidant, la communication s’était rétablie, mais les séquelles de cette longue rupture demeuraient. A la mort de sa mère trois ans auparavant, la jeune femme avait cherché à se rapprocher de son père, en vain.

 

C’était donc depuis son retour du Canada, par l’intermédiaire des démarches liées à la maladie et les inéluctables tête-à-tête qu’elle entrainait, que cette famille avait pu renouer les liens distendus. La jeune femme s’occupait au quotidien de son père : elle lui faisait sa toilette, lui préparait ses repas et l’accompagnait lors de ses séances de soins à l’hôpital.

 

Il s’agissait pour elle de moments précieux où elle tentait de rattraper des années de silence et de séparation. Elle m’avoua que son père, qui lui semblait auparavant si dur et intransigeant, s’était révélé être à la fois combatif et sensible :  il avait connu de nombreuses épreuves qu’il avait choisi de taire par pudeur. Elle comprit que parce qu’elle était sa fille unique, son père avait fondé son éducation sur la peur de la perdre, avec le souci constant de lui éviter les difficultés qu’il avait pu vivre lui-même.

 

Cette période de soins et d’accompagnement a duré plusieurs mois. Si sa santé physique se dégradait petit à petit, et s’il souffrait parfois, le père de la jeune fille réussit néanmoins à garder ses facultés de communication jusqu’à la fin.

 

Cette situation m’a interpellée sur la capacité de résilience de certaines personnes qui réussissent à transformer une épreuve aussi douloureuse que la maladie d’un proche en un moment de réconciliation, de vérité et d’affection inconditionnelle.  L’accompagnement à la fin de vie d’un proche est aussi une opportunité de dire à ce dernier qu’on l’aime. Chaque minute compte, et chaque moment vécu est un instant précieux.