[ Publié le June 25, 2012
]
L'actualité récente pose le problème de la sécurité des
boissons énergisantes : grâce à son dispositif de nutrivigilance,
l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de
l'environnement et du travail (Anses) a reçu plusieurs signalements d'effets
indésirables pouvant être en lien avec la consommation de ce type de boisson,
dont deux crises cardiaques mortelles.
Est-ce vraiment une surprise ?
Non. En 2008, à la demande du ministère de la Santé, l'Institut
de veille sanitaire (InVS) avait déjà rapporté 24 cas. Dans 13 de ces cas, le
lien de causalité entre la boisson énergisante et l'effet indésirable
avait été considéré comme possible ou probable. Les effets indésirables
rapportés étaient cardiologiques (troubles du rythme), neurologiques
(épilepsies, vertiges, tremblements...) et/ou psychiatriques (angoisse,
agitation, confusion). À cette époque, 3 cas d'accident vasculaire cérébral
et 2 arrêts cardiaques (dont un mortel) signalés n'avaient pas été considérés
comme liés à la consommation de boissons énergisantes. En 2009, l'Anses avait
rapporté six nouveaux cas, dont des crises cardiaques mortelles.
Mais que sont les boissons énergisantes ?
Les boissons énergisantes sont censées « mobiliser l'énergie » en
stimulant le système nerveux. On y retrouve des substances dites stimulantes :
taurine, caféine, guarana (plante dont le grain contient deux à trois fois plus
de caféine que le grain de café), ginseng, vitamines... et des sucres. Par
exemple, une canette de 250 ml de Redbull contient 1 g de taurine, 80 mg
de caféine (équivalent à une tasse standard de café de 250ml), 27 g de
saccharose et de glucose (équivalent à un jus d'orange ou un jus de pomme,
soit plus de 10 % de glucides, au moins 140 calories) et 600 mg
de glucuronolactone, des vitamines du groupe B et de l'eau de source des Alpes.
La communication grand public de Redbull, est la suivante :
« Redbull donne des ailes en toute circonstance, que ce soit au
travail, pendant les études, en jouant à des jeux vidéo, au sport, sur
la route, avec des amis à la maison ou en sortie ». Au sport et en sortie (soirées
arrosées, boîtes de nuit...) : c'est là que le bât blesse !
Les effets indésirables, en particulier les risques cardiaques (mort subite),
sont liés aux modes de consommation !
Les activités sportives intensives et la consommation de ces boissons avec
de l'alcool seraient les deux facteurs principaux de risque
cardiovasculaire reliés à ce type de boisson. Et l'Anses montre dans ses
travaux (dont on attend la publication) que la consommation de ces boissons en
lien avec une activité sportive est en augmentation, et que 27 % des
consommateurs de moins de 35 ans associent occasionnellement ces produits à
de l'alcool.
Ce sont les fortes consommations de caféine qui peuvent être responsables
des effets indésirables et en particulier des problèmes cardiaques !
Tout dépend de la dose de caféine absorbée, surtout si la
consommation est associée à d'autres drogues : alcool, tabac, et autres
illicites. Au niveau cardiovasculaire, la caféine augmente la contractilité du cœur
et sa fréquence. Sur un cœur sain, elle entraîne une simple tachycardie, mais
elle peut aussi entraîner, à fortes doses, des troubles du rythme avec malaises,
surtout s'il existe une maladie cardiaque préexistante. La caféine a une action
sur le système nerveux central, elle peut avoir une action antimigraineuse,
mais à fortes doses elle peut entraîner agitation, irritabilité, troubles de la
conscience, crises d'épilepsie. C'est aussi un diurétique qui peut être la
cause, lors d'efforts intenses par temps chaud, d’une déshydratation avec
malaise. Si on associe caféine, tabac, alcool et autres drogues, le cocktail
devient explosif avec risque cardiaque potentiellement mortel.
Quelle est la dose toxique de caféine ?
La réponse d'un individu à la prise de caféine dépend de
plusieurs facteurs : son poids, le fait d'en consommer régulièrement ou
pas, et sa consommation avec d'autres drogues dont l'alcool. L'Association
québécoise des médecins du sport (AQMS) et Santé Canada
proposent comme apport quotidien maximal la dose de 2,5 mg/kg de
caféine (soit pour un enfant de 10 ans une dose maximale de 85 mg).
Pour la femme enceinte ou qui allaite, la dose maximale tolérée serait de 300 mg
et pour tout autre adulte elle serait de 400 mg.
Quelles sont les concentrations en caféine des boissons ?
Pour une tasse : un expresso au café 80 mg (arabica 80, robusta pur
145), un thé 50 mg (thé vert 25 mg)
Pour un litre: Redbull 240 mg, Pepsi Max 167 mg, Coca Light 137 mg,
Pepsi 112 mg, Pepsi Light 108 mg, Coca Cola 102 mg.
Contrairement aux boissons énergétiques (dite sportives), les boissons
énergisantes ne sont pas adaptées à la pratique d'une activité sportive intense
!
Les boissons énergétiques comme Gatorade ou Powerade contiennent des
électrolytes (sodium, potassium, chlorure) pour compenser les minéraux perdus
par la transpiration, et des sucres (glucose, sucrose, fructose) principale
source d'énergie lors d'un effort physique intense de longue durée à des
concentrations de 6 à 9 % de glucides, ce qui représente en moyenne
un apport de 50 calories par 250 ml. D'ailleurs, ces boissons sont
indiquées lors d'un effort physique intense qui dure au-delà d'une heure,
elles permettent une bonne réhydratation, une compensation des électrolytes
perdus lors de la transpiration, et apportent une source d'énergie en sucre
d'absorption rapide. Elles ne contiennent pas d'excitants tels que la caféine !
Quelles sont les recommandations à propos de ces boissons ?
Fin 2010, L'AQMS avait fait des recommandations concernant les boissons
énergisantes et le sport.
1) Elle ne recommandait pas la prise de boisson énergisante lors de la pratique
d'activités sportives.
2) Elle recommandait l'inscription de la quantité totale de caféine sur chaque
canette de boisson énergisante.
3) Elle recommandait un meilleur contrôle de l'utilisation des boissons
énergisantes par les parents et autres responsables de jeunes.
4) Elle recommandait d'interdire la vente de boisson énergisante aux moins de
14 ans.
5) Elle dénonçait l'utilisation des boissons énergisantes jumelées à l'alcool,
donnant une fausse sensation de sécurité, entre autres pour la conduite
automobile.
6) Elle recommandait aux médecins de rapporter les cas d'effets secondaires
graves pouvant être reliés aux boissons énergisantes.
Depuis le 6 juin 2012, L'Anses appelle les professionnels de santé à
lui transmettre les effets indésirables qui seraient portés à leur connaissance. L'Anses rappelle que ces boissons sont réservées
à l'adulte et déconseillées aux femmes enceintes. Elles doivent être
consommées avec modération. Contrairement aux boissons énergétiques, les
boissons énergisantes ne sont pas adaptées à la pratique d'une activité
physique intense.
Et voilà qu'au moment où j'écris ces quelques lignes, les grands médias se déchaînent :
« Trois cafés par jour font baisser la mortalité ! »Malheureusement,
cette conclusion médiatique est fausse. Les médias mettent en avant les
résultats d'une étude observationnelle publiée dans le célèbre New England Journal of Medicine.
Cette étude épidémiologique descriptive, réalisée sur plusieurs centaines de
milliers d'hommes et de femmes entre 50 et 71 ans suivis plus de dix ans,
montre que le risque de décès est augmenté chez les buveurs de café par rapport
aux non-buveurs ! Ce n'est qu'en prenant en compte les facteurs de risque
cardiovasculaire (comme le tabac) qu'il est noté une association inverse entre
la consommation de café et la mortalité en particulier cardiovasculaire. Cette
association n'est pas retrouvée avec la mortalité liée aux cancers. Et qui dit
association ne dit pas causalité ! On peut toujours boire du café pour le
plaisir, mais à partir de ces données, il est faux de penser que le café
augmente la longévité.