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Addictions

Malades dépendants de l'alcool : pas toujours à la fête

[ Publié le 11 mars 2016 ]

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Malades dépendants de l’alcool : pas toujours à la fête

Comme chaque année, le mois de décembre est synonyme de fête, avec sa famille, ses proches, ses amis. Mais c’est aussi une période critique pour celles et ceux qui ont arrêté de boire et qui sont dans l’abstinence. Tout comme celles et ceux qui devront affronter ces situations à risque très élevé, et qui n’ont pas encore décidé de (ou ne peuvent pas) s’arrêter de boire. C’est aussi une période où les appels (au secours) dans nos centres de soins (CSAPA) sont plus fréquents, pour des demandes parfois désespérées de prises en charge d’une dépendance à l’alcool.

A partir de trois vignettes cliniques, j’aborderai les difficultés auxquelles sont confrontés nos patients face à ces situations et surtout les conséquences qui peuvent en résulter, en cas de réalcoolisation, même ponctuelle. Sans oublier de parler de la consommation contrôlée et de la gestion de la rechute, dans ce contexte festif.

 

Mme A. a un long passé familial de maladie alcoolique (son père, son mari et elle-même). Après avoir effectué plusieurs sevrages hospitaliers, elle a envisagé de consommer dans certaines occasions, en petite quantité, sans se cacher pour autant. Sa consommation contrôlée a posé problème auprès de ses enfants : peur d’une rechute, d’alcoolisations importantes. Cela a conduit au retrait de la garde des petits-enfants, le week-end. Pendant plusieurs mois, aucune nouvelle de ses proches, et incompréhension de leurs réactions.

 

Mr B. à la sortie d’un sevrage hospitalier dans l’Est de la France, est rentré au domicile conjugal, la veille de Noël. Sa femme l’attendait, pour lui dire qu’elle partait avec les enfants. Une procédure de divorce s’en est suivie, et il a refait sa vie depuis. Mais il se souviendra longtemps de ce Noël, seul, dans l’incompréhension la plus totale. Cela pose la question du fonctionnement familial qui se met en place en l’absence du malade alcoolo-dépendant, qui est remis en cause au retour de celui-ci. Parfois, ce n’est plus possible et cela incite certains à la réalcoolisation, afin de retrouver cet équilibre pourtant précaire.

 

Mme C., chaque année, va dans un centre SSR dans les Pyrénées pour renforcer sa motivation à rester abstinente. En effet, elle souhaite ne plus jamais revivre ces périodes festives de fin d’année, où il lui était impossible de ne pas boire. Sportive, animatrice d’un club de randonnée, l’activité sportive lui permet de repousser le craving, les compulsions à boire de l’alcool. Dans le passé, lorsque Noël approchait, les flashs, les envies de consommer étaient très fortes : une reprise d’alcool, voire une rechute étaient alors difficile à éviter.


Place de l’alcool dans les réunions familiales ou professionnelles

En France, l’alcool reste profondément ancré dans nos traditions et associé systématiquement à toutes les occasions de fêter un évènement, au sein des familles, ainsi que dans le monde du travail. Petit à petit, des boissons sans alcool, des jus de fruits, des eaux gazeuses trouvent leur place dans ces occasions.

Concevoir une réunion familiale sans alcool, ce n’est pas très fréquent et encore difficile à envisager pour beaucoup d’entre nous : l’alcool, c’est convivial, cela ne peut pas faire de mal. Cependant, la conduite d’un véhicule à l’issue est souvent « à risque », avec des alcoolémies systématiquement supérieures au taux légal (0,5 gramme/litre).

Au sein d’une entreprise, les conséquences d’alcoolisation peuvent avoir un coût financier important : baisse de la qualité du travail, malfaçon, démotivation, sans compter le coût dû aux accidents et aux dégâts matériels. En effet, en cas d’accident provoqué par un salarié ivre, la responsabilité de l’entreprise sera systématiquement engagée, voire même la responsabilité pénale en tant qu’employeur. Rappelons que les seuls alcools autorisés sont : le vin, la bière, le cidre et le poiré ; une entreprise peut, via son règlement intérieur, interdire toute consommation d’alcool.

Refuser de l’alcool lors d’une réunion (familiale ou professionnelle), c’est souvent mal compris ou tout simplement non pris en compte : comment refuser sans se justifier, lorsqu’on est devenu abstinent, après un sevrage souvent difficile ? J’aborderai le sujet dans ce billet, un peu plus loin. Il faut éviter de se justifier, garder le sourire et rester sur son choix d’une boisson sans alcool.


Place de la consommation contrôlée

J’avais abordé cette question, dans un billet précédent, car l’abstinence totale et définitive ne représente pas la seule solution, pour certains malades dépendants de l’alcool.

Pour les patients, la reprise d’une consommation d’alcool – dans certaines circonstances – peut être envisagée à distance d’un sevrage : cela concerne quelques-uns de mes patients, que je revois tous les deux-trois mois. Certains ne suivent aucun traitement médicamenteux, d’autres continuent à prendre un médicament comme le baclofene. La prise occasionnelle d’alcool leur est possible, sans repartir pour autant dans une perte de contrôle de leur consommation, signe de dépendance qui serait toujours présent.

Pour les proches, cette réalcoolisation est très souvent considérée comme suspecte et synonyme de rechute. Ainsi, pour se protéger, eux et leurs enfants, ils retireront la garde des enfants ou petits-enfants, feront du chantage par rapport à l’abstinence. Cette situation ne pourra être réglée qu’à l’arrêt total de la prise d’alcool : un choix difficile pour certains, l’alcool ou la famille.


Gestion de la rechute dans les situations à risque

Il est possible d’anticiper les situations à risque, où la proximité avec l’alcool sera inévitable, par des mises en situation d’abord virtuelles, puis réelles.

Les mises en situation virtuelles permettent de se mettre en situation, confortablement chez soi, ou bien chez son thérapeute, afin de prévoir le déroulement d’une situation où l’alcool sera présent, et d’anticiper son comportement, les réponses qui seront données, et la conduite à tenir selon le choix qui sera fait (prise d’alcool ou non).

La mise en situation réelle permettra dans un deuxième temps d’affronter la réalité, chez soi, au restaurant, chez des amis. Il faut parfois mettre dans la confidence certaines personnes, qui vont alors soutenir cette démarche et parfois vous aider dans une situation qui pourrait être difficile pour le patient.

Comme je le précisais précédemment, l’adaptation du traitement médicamenteux pourra aider certains patients : l’une de mes patientes augmente systématiquement la dose de baclofene qu’elle prend habituellement de 10 ou 20 mg, lorsqu’une prise d’alcool programmée à l’avance sera faite.

 

Vous avez sûrement vécu une situation similaire. Comment avez-vous réagi ? Et vos proches, vos amis ?

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