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Addictions

Les petits fumeurs et les fumeurs intermittents

[ Publié le 23 novembre 2016 ]

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Depuis 20 ans, l’Institut Rhône-Alpes-Auvergne (IRAAT) organise sa journée scientifique SCIENCE’TAB à Lyon. Cette année, elle s’est tenue le 20 Octobre 2016 et son thème était « Du petit fumeur au fumeur malade : arrêter, pourquoi, comment ? ».

 

Lors de la session « de la pratique pour des situations concrètes », le Dr Gérard Peiffer (pneumologue tabacologue au CHR Mercy à Metz) a fait une communication sur les « petits fumeurs et fumeurs intermittents ».

 

Alors que nous sommes en plein « Moi(s) sans tabac » (initié par Santé Publique France), de nombreux fumeurs ne se posent même pas la question de l’arrêt du tabac car ils pensent que quelques cigarettes par jour, c’est sans danger. Ils ne sentent donc pas concernés par cette campagne nationale.

Après avoir défini cette population, nous aborderons la question de leur prise en charge et nous évoquerons ce qui pourrait être plus efficace pour ces « petits » fumeurs, en termes d’arrêt définitif du tabac.

 

Les petits fumeurs : de qui parle-t-on ?

En effet, il existe de nombreuses définitions, qui varient d’un pays à l’autre. Dans un article publié en 2010 dans la Revue des maladies respiratoires, les pneumologues Michel Underner et Gérard Peiffer nous donne quelques éléments de réponse : à la différences d’auteurs anglo-saxons qui considèrent comme « petits fumeurs » ceux qui peuvent fumer 10 ou 20 cigarettes par jour, on définit le « petit fumeur » comme celui dont la consommation ne dépasse pas 5 cigarettes par jour. Le « fumeur intermittent », ou « fumeur occasionnel », ne fume pas tous les jours, il fume parfois quelques jours d’affilée et s’arrête quelques jours.

 

Il existe plusieurs portes d’entrée dans ce mode de tabagisme :

  • avoir toujours été un petit fumeur (on retrouve une perception plus élevée de maladie cardiaque),
  • des petits fumeurs qui deviennent ensuite des gros fumeurs (30 à 40%),
  • et, à l’opposé, des gros fumeurs qui deviennent ensuite des petits fumeurs (cette réduction ne modifie souvent en rien la consommation de tabac, par compensation).

 

Le nombre de petits fumeurs est en augmentation : ils représentent aujourd’hui 25 à 30% des fumeurs. Plusieurs explications à ce phénomène : restriction du tabagisme au travail ou dans les lieux publics, dénormalisation du tabac, accès plus compliqué, et le prix (pour certains).

 

Coggins et al. (Psychopharmacology, 2009) ont montré que les niveaux socio-économique, professionnel, d’éducation et de ressources psychosociales sont plus élevés parmi les petits fumeurs (comparé aux autres catégories de fumeurs), et qu’il s’agit d’un « tabagisme social » : 75% des petits fumeurs ne fument que s’ils en ressentent le plaisir (contre 17% des fumeurs plus importants). Ils ont aussi la perception que le sevrage ne serait pas difficile, s’il fallait l’envisager. L’initiation à la cigarette est également plus tardive, après le lycée.

 

Les petits fumeurs : moins de risque que les autres ?

S’il n’y qu’une chose à retenir, après la lecture de cet article, c’est que les risques pour la santé existent dès une à quatre cigarettes ! Donc, la réponse est NON.

Une étude norvégienne (Bjartveik et al., Tobacco Control, 2005) menée auprès de 43 000 hommes et femmes de 35 à 49 ans fumant de 1 à 4 cigarettes par jour a montré que le risque de décès :

  • par maladie cardiaque ischémique (infarctus du myocarde) est multiplié par 3 par rapport au non-fumeur,
  • par cancer du poumon est multiplié par 3 chez l’homme et par 5 chez la femme,
  • toutes causes confondues est augmenté de 57% pour les hommes et de 47% pour les femmes.

 

Les petits fumeurs ont 50% de risque en plus de mourir précocement par rapport aux non-fumeurs précise le Dr Gérard Peiffer.

Le risque de maladie cardiaque ischémique et d’accident vasculaire cérébral est augmenté chez les petits fumeurs (Colditz et al., New England Journal of Medicine, 1988).

 

Les petits fumeurs : quelle prise en charge ?

Vu le niveau de consommation, le conseil d’arrêt est moins souvent proposé, et la difficulté à s’arrêter est bien réelle. D’autant plus que la perception du risque est faible en France : une étude menée auprès de 3820 personnes (dont 26% de fumeurs) par Peretti-Wattel et al. (Tobacco Control, 2007) avait montré que 70% pensaient que « fumer quelques cigarettes n’est pas plus dangereux que de respirer de l’air pollué », et 74% pensaient que « on peut fumer quelques cigarettes durant sa vie entière et ne jamais être malade ».

 

A partir de la base de données nationale CDT-net, la prise en charge de 6 000 petits fumeurs a pu être étudiée (Baha et Le Faou, 2010). Par rapport aux « gros fumeurs » (plus de 10 cigarettes), il n’y avait pas moins de complications respiratoires ou cardio-vasculaires. Par contre, il était moins souvent proposé un traitement nicotinique de substitution (patchs et formes orales) ou de la varénicline. L’abstinence après un mois d’arrêt total du tabac est plus faible que les « gros fumeurs » (13% vs 14,5%), et il y a beaucoup plus de personnes qui ne reviennent pas en consultation de tabacologie (perdus de vue).

 

Il faut donc renforcer la motivation de ces « petits fumeurs », créer des groupes de « petits fumeurs », avoir recours aux TCC.

 

Le moi(s) sans tabac les concerne donc particulièrement, avec cette décision d’arrêt d’un mois qui multiplie les chances que cela dure plus longtemps !

 

Etes-vous un « petit fumeur » ? Si oui, avez-vous envisagé d’arrêter de fumer ? Pensiez-vous que cette consommation pouvait entraîner un risque pour votre santé ? Allez-vous modifier votre comportement et envisager de ne plus fumer du tout ?

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