Mon compte

Pas encore de compte ?  Créer un compte

> Accueil > > Blogs experts > > Blog addictionsL'addiction aux écrans et aux jeux vidéo : maladie mentale ou trouble du comportement ?

Addictions

L'addiction aux écrans et aux jeux vidéo : maladie mentale ou trouble du comportement ?

[ Publié le 12 janvier 2018 ]

addiction-ecran-jeux

France2 va consacrer un prochain numéro d’Envoyé Spécial aux jeux vidéo et au comportement addictif qui peut être observé, intitulé « Accros aux écrans ».


L’Association américaine de psychiatrie n’a inclus dans sa dernière version du manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM 5) que le « jeu pathologique » comme dépendance comportementale, en complément des dépendances avec produit (psychoactif).


Par contre, l’Organisation mondiale de la santé va (peut-être) inclure dans sa dernière version de la Classification internationale des maladies (CIM-11) l’addiction aux jeux vidéo.

Et concernant l’usage des tablettes et des smartphones, que faut-il en penser ?

 

La position de l’Organisation mondiale de la santé (OMS)

Fin décembre 2017, Bruce Y. Lee a écrit dans Forbes, un magazine économique américain, un article intitulé « avez-vous la maladie des jeux vidéo, une nouvelle maladie mentale ? ». Il précisait que l’OMS allait introduire ce trouble dans la prochaine version de la Classification internationale des maladies, la CIM-11. Selon l'OMS, elle s'appliquerait aux jeux en ligne ainsi qu'aux jeux vidéo traditionnels.

Trois critères de dépendance sont ainsi décrits :

  • une perte de contrôle de l’activité ludique,
  • les activités occupationnelles, sociales ou de loisir sont abandonnées au profit du l’activité ludique, et
  • la poursuite ou l’augmentation de la pratique ludique malgré l’existence de conséquences négatives.

Mais, car il y a un « mais », l’OMS précise – dans un avertissement – qu’il s’agit encore d’une version non approuvée par l’OMS et par conséquent non utilisable pour coder cette pathologie (selon la CIM-11).

 

La position de l’Association américaine de psychiatrie (APA)

Lors de la sortie de la version 5 du manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM), l’APA a ajouté uniquement le jeu pathologique comme addiction comportementale, laissant ainsi les achats compulsifs, l’addiction au sexe, l’addiction au travail, l’addiction au sport et la cyberdépendance de côté.

Dès 2013, l’APA avait dit que l’addiction aux jeux sur internet méritait encore de la réflexion, avant le prendre en compte comme addiction comportementale. De nombreux scientifiques (Petry et al., 2014 ; Griffiths et al., 2016 ; Kuss et al., 2017) avaient alors souligné qu’internet n’était souvent qu’un support, permettant l’accès en ligne à de nombreux jeux, qui pouvaient tout autant être utilisés hors-ligne.

Bien souvent, la classification du DSM a été critiquée, en raison d’éventuelles collusions avec l’industrie pharmaceutique : reconnaître une nouvelle pathologie, c’est la porte ouverte à de nouvelles prescriptions médicamenteuses.

Cependant, l’APA et l’OMS vont dans le même sens : la prise en compte des dépendances comportementales.

 

Les symptômes qui doivent nous alerter

Le temps passé sur écran, tablette, smartphone n’est pas un critère suffisant, pour parler d’addiction, même s’il est de plusieurs heures par jour. Ne vous-est pas arrivé de jouer à des jeux de société, des jeux de stratégie pendant plusieurs heures, toute une journée ?

Les jeux en ligne et les réseaux sociaux connaissent un succès croissant auprès de toutes les tranches d’âge.

Parmi les différentes pratiques sur écran, seuls les jeux vidéo ont fait l’objet de recherches quantitatives sur leur usage. Une personne se qualifie elle-même de "gros joueur" lorsque cette activité l’occupe, en moyenne, plus de 14 heures par semaine. Parallèlement, la plupart des études parlent d’addiction à partir de 30 heures de jeu hebdomadaires, même si aucun consensus n’émerge sur les critères de diagnostic du comportement addictif.

 

Sur la base de ce seuil, comme le souligne l’Institut fédératif des addictions comportementales (IFAC) deux études (l’une américaine, l’autre espagnole) ont montré qu’environ 8,5% des joueurs de 8 à 18 ans peuvent être considérés comme dépendants aux jeux vidéo. Certains passent ainsi jusqu’à 15 heures par jour à jouer en ligne.

Plus récemment, le Dr Bruno Rocher (Psychiatre au service d’addictologie du CHU de Nantes  et à l’IFAC) précisait qu’entre 0,5 et 4% des joueurs répondent aux critères de l'addiction (au moins 5 critères présents). Ce sont les conséquences négatives qui doivent nous alerter, comme le précise l’APA dans le DSM5 :

 

1. Humeur dépressive présente la plus grande partie de la journée, presque tous les jours, comme signalée par la personne, ou observée par les autres.

2. Diminution marquée de l'intérêt ou du plaisir pour toutes, ou presque toutes, les activités, la plus grande partie de la journée, presque tous les jours.

3. Perte de poids significative en l'absence de régime ou gain de poids, ou diminution ou augmentation de l'appétit presque tous les jours.

4. Insomnie ou hypersomnie presque tous les jours.

5. Agitation ou ralentissement psychomoteur presque tous les jours (observable par les autres, non limités à un sentiment subjectif de fébrilité.

6. Fatigue ou perte d'énergie presque tous les jours.

7. Sentiment de dévalorisation ou de culpabilité excessive ou inappropriée presque tous les jours.

8. Diminution de l'aptitude à penser ou à se concentrer ou indécision presque tous les jours.

9. Pensées de mort récurrentes, idées suicidaires récurrentes sans plan précis ou tentative de suicide ou plan précis pour se suicider.

 

Quand la posture est mauvaise, des douleurs peuvent apparaître au niveau du cou, du dos, des épaules, des coudes ou des poignets.

Comme cela vient d’être souligné, l'alimentation s'en ressent aussi : les uns sautent des repas, les autres mangent trop et la plupart grignotent.

 

Le sommeil n'est pas en reste, en cas d'hyperstimulation au coucher due, par exemple, à une consultation tardive des mails. D'autant que la sécrétion de mélatonine est perturbée par la lumière bleue qu'émettent les lampes LED des écrans. Elle présenterait en effet un risque pour la rétine et favoriserait la DMLA précoce (dégénérescence maculaire liée à l'âge).

 

Une méta-analyse parue dans le Jama Pediatrics en 2016 montrait que la quantité et la qualité de sommeil étaient diminuées chez les enfants de 6-18 ans, lorsqu’ils se couchaient avec leur téléphone portable. De plus, ils somnolaient plus souvent pendant la journée.

 

Que faire ?

Un accompagnement dans un centre spécialisé (Consultation jeunes consommateurs pour les 12-25 ans, et Centre de soins d’accompagnement et de prévention en addictologie pour les adultes) sera une bonne solution, car une psychothérapie cognitive et comportementale permettra de prendre en charge cette dépendance, et de trouver des comportements alternatifs.

 

La prévention

L’IFAC propose un document intitulé « Les règles du jeu » d’information et prévention permettant de répondre à vos interrogations en vous informant sur les caractéristiques des jeux vidéo et en apportant quelques éléments de prévention des pratiques excessives.

De la même manière, le Dr Serge Tisseron propose sa règle « 3 6 9 12 » pour guider les parents face à l’usage d’écrans par leurs enfants.

Etes-vous ou avez-vous été confronté(e) à cette addiction ? Comment avez-vous géré la situation ? Avez-vous trouvé une aide extérieure ?

 

Etes-vous ou avez-vous été confronté(e) à cette addiction ? Comment avez-vous géré la situation ? Avez-vous trouvé une aide extérieure ?