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Selma Rogy : "Ne pas faire de la mort un tabou pour son enfant"

[ Publié le 4 novembre 2013 ]

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Lorsqu'un décès survient, un enfant ne vit pas l'événement comme un adulte. Ses parents ou ses proches peuvent l'aider à y faire face. Selma Rogy, psychologue clinicienne au Centre national de ressources (CNDR) soin palliatif, nous éclaire sur la façon dont nous pouvons en tant qu’adulte l’accompagner, tout en sachant que chaque cas est singulier.

Comment un enfant perçoit-il la mort d'un de ses proches ?

Selma Rogy  - 

Si chaque situation est particulière, on peut tout de même dire que les enfants possèdent une perception de la mort propre à leur âge. Chez le nourrisson, il n'y a pas de compréhension intellectuelle, mais plutôt sensorielle et affective. Le bébé ne va plus sentir l'odeur de la personne décédée, ne plus entendre sa voix, il va ressentir son absence prolongée. Au fil des ans, le jeune enfant développe une certaine compréhension intellectuelle de la mort, mais l’idée qu’il s’en fait est différente de la nôtre. Pour eux, elle peut être réversible. Comme dans leurs jeux, on peut être mort une minute, puis vivant la suivante. Les enfants ont également tendance à penser qu'on est forcément tué par quelqu’un ou par quelque chose, qu'il n'existe pas de mort naturelle. Par ailleurs, la manière dont ils seront touchés par l'événement dépendra du lien affectif qu'ils avaient tissé avec la personne. Leurs émotions sont souvent fluctuantes et peuvent être déroutantes pour les adultes : ils paraissent très tristes un instant et rient comme si de rien n'était le moment suivant. Plus ils avancent en âge, plus leur perception du deuil va se rapprocher de celle des adultes, pour la rejoindre à la fin de l’adolescence.

 

Comment annoncer un décès à un enfant ?

Selma Rogy  - 

Il n'y a bien entendu pas de règle, mais il est important de ne pas en faire un secret. Ne rien dire ne ferait qu'ajouter une souffrance à l'enfant lorsqu'il finirait par prendre connaissance du décès. S'il s'agit d'une personne gravement malade dont on sait qu'elle va mourir bientôt, on peut parler à l’enfant de ce qui se passe. On peut aussi lui proposer d’aller dire au revoir à la personne ou de remettre un dessin, ou autre chose, de sa part, pour symboliser cet au revoir… D'une façon générale, mieux vaut utiliser des mots simples, justes et vrais. On peut tout à fait utiliser le mot "mort", que les enfants connaissent très tôt via leurs jeux, leurs livres… Choisir le moment d'en parler aide l'enfant et l'adulte à être disponibles et ouverts à la discussion. S’il y a des frères et sœurs, mieux vaut annoncer le décès à la fratrie en même temps, afin que personne ne se sente mis à l'écart. Une fois l'enfant mis au courant de l’événement, on peut aller à son rythme, au fil de ses questions. Enfin, si le parent ne se sent pas à même d’annoncer le décès, il peut solliciter une personne de son entourage. Il peut aussi demander conseil à un psychologue, un médecin généraliste, ou tout autre professionnel de santé*.

 

Jusqu'où faut-il aller lorsque l'on parle de la mort à un enfant ?

Selma Rogy  - 

On peut s'appuyer sur ce que l'enfant sait déjà, que la personne était malade ou âgée par exemple. S'il a rencontré la mort d'un animal de compagnie, ou celle d'un personnage de fiction, on peut aussi faire le parallèle. Concernant les circonstances de la mort ou du devenir du corps, là encore il s'agit de cas par cas. Cet événement peut être l’occasion d’expliquer à l’enfant ce que signifie un cancer ou un suicide. D'une façon générale, il est souhaitable de ne pas créer de tabou et de rester sincère. Parler avec l’enfant et être à son écoute, c’est faire en sorte qu’il ne reste pas seul avec son chagrin.

*Le CNDR soin palliatif propose également un service téléphonique d'écoute et d’orientation pour les personnes en deuil au 01 53 72 33 20.

 

Propos recueillis par Lucie Pehlivanian / © Citizen Press.

Mot-clef : Deuil

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