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Actualités santé

Aidants : le difficile maintien d'une activité professionnelle

[ Publié le 6 octobre 2016 ]

Dans leur grande majorité, les Français aident volontiers un proche dépendant ou en longue maladie. Pourtant, cet engagement relève parfois du sacrifice. Plus encore lorsque l’aidant doit conjuguer soutien et activité professionnelle. Si les obstacles sont nombreux, des aménagements existent.

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La maladie qui frappe un conjoint, un enfant victime d'un handicap, un parent en fin de vie… L’existence n’est plus la même quand il s'agit d'accompagner au quotidien un proche en situation de dépendance. Les soins, tâches ménagères ou démarches administratives sont autant de nouvelles contraintes avec lesquelles il faut composer. Un sacerdoce qui concerne quelque 8,3 millions de Français(1) qui, quelle que soit leur situation, « vivent en miroir les mêmes difficultés sociales, économiques, psychologiques et professionnelles que les personnes dont ils s'occupent », explique Emmanuel Jammes, délégué à la mission Société et politiques de santé de la Ligue contre le cancer.

Des répercussions sur le travail

Parmi ces aidants, plus d'un sur deux est actif. Si certains sont contraints de renoncer à travailler, conserver leur emploi est important pour la plupart d’entre eux. D’un point de vue pécuniaire, évidemment, mais également pour maintenir des liens sociaux, souligne Florence Leduc, présidente de l'Association française des aidants. « Pour beaucoup, le travail est vital. Sans lui, l'aidant s'enferme, s'isole, n'a plus ce sas de décompression essentiel à son équilibre psychologique. Il ne pense plus qu'à aider, tous les soucis du quotidien deviennent énormes. Il n'est plus qu'un aidant. »

 

Problème : rester dans la vie active ne va pas sans difficulté. Près de deux aidants salariés sur trois notent ainsi des impacts négatifs sur leur emploi. L'esprit est préoccupé, les retards et les absences s'accumulent, les performances reculent. Selon le dernier rapport de l'Observatoire sociétal des cancers consacré aux aidants, 61 % des aidants uniques (qui s'occupent seuls d'un proche malade) déplorent un niveau de stress important et 57 % constatent une diminution de la qualité de leur travail(2). « Ils sont même 20 % à être contraints à rester sans activité pendant un certain temps et autant à devoir renoncer à une opportunité (promotion, mobilité…) », ajoute Emmanuel Jammes.

 

Adapter, c’est possible

Certains aidants actifs choisissent de parler de leur situation à leurs collègues ou à leurs supérieurs hiérarchiques. L'occasion d'exposer leurs responsabilités et leurs besoins. « De plus en plus d'entreprises comprennent ces situations toujours plus fréquentes et autorisent des aménagements : possibilité de s'absenter au pied levé, télétravail, horaires allégés, etc. », avance Florence Leduc. Ces arrangements ne sont toutefois pas toujours envisageables, en particulier dans les petites structures. Tout dépend aussi du poste occupé. Mais ils sont environ un salarié sur deux à préférer taire leur rôle d’aidant. « Soit parce qu'ils entendent profiter des journées de travail pour mettre de côté leurs soucis personnels, soit parce qu'ils redoutent des représailles ou simplement d’être stigmatisés, c’est-à-dire perçus comme peu fiables », analyse Florence Leduc. En l'absence d'aménagements permettant de mener de front soutien et travail, l'aidant met non seulement en péril son avenir professionnel, mais également sa santé – risque d’épuisement, voire burn-out.

 

Le point sur les dispositifs destinés aux aidants actifs

Pour les salariés de la fonction publique et du secteur privé :

  • Le congé de présence parentale : sans condition d'ancienneté, il ouvre droit à un crédit de 310 jours de congés à prendre en trois ans (renouvelable), à destination des parents d'enfants de moins de 20 ans malades ou handicapés. La rémunération cesse, mais le bénéficiaire peut percevoir l'allocation journalière de présence parentale (AJPP).

 

  • Le congé de solidarité familiale : sans condition d'ancienneté, il permet de prendre un congé de 3 mois (renouvelable) pour assister un proche en fin de vie. Il peut être pris en continu ou transformé en temps partiel. Il n'est pas rémunéré, mais le bénéficiaire peut demander l'AJPP.

 

Pour les salariés du secteur privé uniquement :

  • Le congé de soutien familial ou de proche aidant (depuis la loi du 28 décembre 2015) : il permet aux salariés de plus de 2 ans d'ancienneté (un an quand le décret d'application de la loi sera publié) de prendre un congé de 3 mois (renouvelable dans la limite d'un an sur l'ensemble de la carrière) pour assister un membre de sa famille présentant un handicap ou une perte d'autonomie grave. Il n'est pas rémunéré.

 

  • Le don de jours de repos : tout salarié peut offrir anonymement et sans contrepartie des jours de congés payés ou de RTT à un collègue dont l'enfant de moins de 20 ans atteint d'une maladie, d'un handicap ou victime d'un accident réclame une présence soutenue et des soins contraignants.

 

  • Nouvelles mesures : la loi dite « Travail » du 8 août 2016 apporte quelques avancées pour les aidants salariés. Ils bénéficient ainsi de 2 jours de congés supplémentaires s'ils ont la charge d'un enfant handicapé ; ils peuvent refuser de travailler de nuit s'ils s'occupent d'une personne dépendante ; ils ont la possibilité de prendre plus que 24 jours de congés payés consécutifs si leur foyer compte une personne handicapée ou en perte d'autonomie. Ces mesures entreront en vigueur quand les décrets d'application auront été publiés.

 

Pour les salariés de la fonction publique uniquement :

  • La disponibilité : elle est accordée de droit pour 3 ans (renouvelable) pour donner des soins à un enfant à charge, au conjoint ou à un ascendant atteint d'un handicap ou à la suite d'un accident ou d'une maladie grave.

 

 Autant le savoir : même si l'entreprise refuse de proposer des solutions, certains salariés des secteurs public et privé peuvent néanmoins bénéficier de dispositifs légaux leur permettant de prendre des congés pour épauler un proche dépendant. « Ces facilités souffrent d’un tel manque de notoriété qu’elles sont rarement mises en œuvre », déplore Florence Leduc.

Le casse-tête des travailleurs indépendants

Pour eux, c’est simple : rien n'est prévu ! Contrairement à leurs collègues du privé ou du public, ils ne bénéficient d’aucune espèce d’aménagement. « Ce sont ceux qui payent le plus lourd tribut, résume Emmanuel Jammes, de la Ligue contre le cancer. S'ils cessent leur activité, ils s'exposent très vite à de lourdes difficultés financières. Finalement, ils doivent arbitrer encore plus drastiquement que le reste de la population entre travailler et aider. »

 

Vincent Delfau (Tribune Santé)

 


(1)Selon l’Association française des aidants, Les proches aidants : une question sociétale, 02/2016

(2)Les aidants. Les combattants silencieux du cancer, rapport de l’Observatoire sociétal des cancers publié en juin 2016.

 

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