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Grossesse : il ne faut pas boire d'alcool du tout !

[ Publié le 9 septembre 2016 ]

Dr Philippe Arvers : « Même un ou deux verres d’alcool pendant la grossesse peuvent avoir des conséquences sur le fœtus ».

Un nouveau-né sur 1 000 est touché par le syndrome d’alcoolisation fœtale (SAF). A l’occasion de la Journée mondiale de prévention du SAF, le 9 septembre, le Dr Philippe Arvers, médecin addictologue et tabacologue au centre Lyade Garibaldi (Lyon) fait le point. Et bouscule les idées reçues sur la consommation d’alcool pendant la grossesse.

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Qu’est-ce que le syndrome d’alcoolisation fœtale (SAF) ?

Dr Philippe Arvers - Il s’agit d’une intoxication de l’embryon et du fœtus consécutive à l’alcoolisation de la mère. L’alcool passe dans le sang maternel, puis dans celui du fœtus qui n’a pas les enzymes nécessaires pour le dégrader. Résultat : l’alcool est métabolisé deux à trois fois plus lentement par le fœtus que par la mère ! Cette alcoolisation peut avoir des conséquences variables sur le bébé à venir, qui se révèlent à plus ou moins long terme.

 



La consommation d’alcool durant la grossesse est-elle un phénomène fréquent ?

P.A. - En France, c’est une pathologie de plus en plus fréquente, hélas ! Et qui touche tous les milieux. Une étude, publiée il y a trois ans1, montre même que les femmes les plus âgées, qui ont déjà deux ou trois enfants et font partie d’une catégorie sociale élevée sont plus enclines à consommer de l’alcool pendant leur grossesse.

 

A-t-on des chiffres précis ?

P.A. - Moins que l’on souhaiterait, car c’est un sujet que les femmes ont généralement du mal à aborder avec leur médecin. Mais cette étude, publiée en 2013 (portant sur la consommation d'alcool pendant la grossesse et la santé périnatale) révèle que 23 % des femmes, soit presque 1 sur 4, consomment de l’alcool durant leur grossesse. Quant aux enfants, près de 8 000 cas de SAF sont diagnostiqués par an, soit 1 naissance pour 1000.

 

On parle d’alcoolisation exceptionnelle ou chronique ?

P.A. - Les deux. Ce qu’il faut comprendre, c’est que même une exposition faible peut modifier le génome et donc avoir des conséquences sur le développement du fœtus. Pour une grande majorité des femmes, cela n’aura pas d’incidence. Mais certains enfants seront touchés, même si la mère n’a bu qu’un ou deux verres !

 

En d’autres termes, on ne peut pas s’autoriser un petit verre de temps en temps lorsqu’on est enceinte ?

P.A. - Je vous répondrai que non, justement parce qu’il n’existe pas de risque zéro pour le fœtus. Le mieux est de ne même pas se poser la question. Quand on est enceinte, on ne boit pas, c’est tout : on ne peut pas présager de ce qui se passera par la suite lorsque l’enfant grandira. C’est la raison pour laquelle il vaut mieux ne pas prendre de risque sur le moment. Et si l’on a bu de manière exceptionnelle parce qu’on ne se savait pas enceinte, il me paraît important de demander un examen plus poussé lors de la première échographie.

 

Malgré tout, y a-t-il une limite au-delà de laquelle les risques sont plus importants et qu’il ne faut pas dépasser ?

P.A. - L’exposition légère, c’est un verre de temps en temps. L’exposition modérée, c’est un verre par semaine. Au-delà, on verse dans une exposition régulière. Mais, je le répète, à tous ces stades l’enfant peut être touché par le SAF. C’est un peu la loterie…

 

On a parlé des quantités, mais y a-t-il des périodes d’alcoolisation davantage à risque pendant la grossesse ?

P.A. - Le premier trimestre est évidemment le plus sensible. Si l’alcoolisation est importante à ce stade, elle peut se révéler lourde de conséquences, touchant le système nerveux central ou le développement des organes, des muscles et du squelette. Une intoxication au deuxième et troisième trimestre engendre plutôt une hypotrophie, des troubles du comportement ou un retard mental.

 

Pouvez-vous être plus précis sur les risques pour l’enfant ?

P.A. - Il peut y avoir une atteinte du système nerveux central et du cerveau, des malformations des os et des organes (cœur, reins, organes génitaux), des malformations physiques (dysmorphie cranio-faciale avec fentes palatines notamment, membres absents, doigts soudés les uns aux autres…), des troubles de la vision ou de l’audition, un faible poids de naissance ou un retard de croissance, des troubles du développement neurologique (perte de QI, retard mental) et du comportement (troubles de l’attention, difficultés d’apprentissage, hyperactivité…), des problèmes de mémoire, de dyslexie, etc.

 

Le syndrome d’alcoolisation fœtale est-il facile à mettre en évidence ?

P.A. - Non, car le SAF peut aller de la forme la plus caractéristique et sévère, à des formes incomplètes qui se révèlent tardivement. Très fréquemment, on peut relier le SAF à des troubles comportementaux chez l’adolescent : échec scolaire, difficultés d’intégration, défiance face à l’autorité, délinquance, prostitution, etc.

 

Comment inciter les femmes à une plus grande prudence ?

P.A. - Il faudrait peut-être médiatiser davantage la Journée internationale de prévention du SAF, le 9 septembre de chaque année. Quant au logo présent sur chaque bouteille d’alcool, conformément à la loi Evin du 10 janvier 1991, qui est également là pour rappeler aux femmes enceintes d’être vigilantes, il pourrait être agrandi afin d’être plus repérable.

 

Faut-il agir plutôt du côté du dépistage ?

P.A. - Cela relève de l’initiative de chaque médecin. En début de grossesse, un rappel sur les risques de l’alcool pendant cette période s’impose. C’est toujours délicat, car les femmes n’avouent pas forcément en consommer et pour celles qui le font, c’est très culpabilisant. Mais mieux vaut procéder à des examens si besoin approfondis que de découvrir les conséquences plus tardivement. Une formation au « repérage précoce et intervention brève » auprès des sages-femmes a également été mise en place cette année dans la région Auvergne Rhône-Alpes. C’est une excellente initiative, car ce sont les sages-femmes qui ont le plus d’opportunités pour mettre en garde les femmes à risque et les orienter, si nécessaire, vers des structures spécialisées.

 

Propos recueillis par Ariane Langlois (Tribune Santé)

 


1 M.-J. Saurel-Cubizolles, BEH n°16-17-18, 2013. BEH n°16-17-18/2013 

Des adultes en grande difficulté

Les adultes qui souffrent d’un trouble du syndrome de l’alcoolisation fœtale (TSAF) ont souvent un parcours scolaire interrompu : peu sont capables de mener une vie indépendante. On observe en effet chez ces personnes une consommation excessive d’alcool ou de drogues. Elles sont aussi sujettes à l’anxiété et à la dépression, ou victimes de troubles de la personnalité. Les personnes TSAF sont ainsi surreprésentées dans le système judiciaire : plus de 20 % des délinquants juvéniles sont des TSAF. Parce qu’elles ont du mal à comprendre le monde qui les entoure, parce qu’elles ont plus de difficultés dans les interactions sociales, les personnes TSAF courent davantage de risques d'être victimes d'abus, voire d'actes criminels.

 

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1 commentaire

Philippe Arvers -

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http://www.drogues.gouv.fr/presse/syndrome-dalcoolisation-foetale-eviter-risque-zero-alcool-pendant-grossesse

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