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L'hygiène bucco-dentaire en Ehpad : une cause mutualiste

[ Publié le 24 mai 2016 ]

« La vie à pleines dents, longtemps ». Tel est l’intitulé du programme de prévention mis en place par les Unions régionales de la Mutualité Française. Objectif : améliorer la santé bucco-dentaire des personnes âgées hébergées en établissements et services mutualistes. Illustration en Corse-du-Sud, à la résidence Valle Longa de Cauro.

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A la résidence Valle Longa, il y a eu un avant et un après février 2015. C’est à cette date que la direction de l’établissement d’hébergement pour les personnes âgées dépendantes (Ehpad), situé sur la commune de Cauro, à une vingtaine de kilomètres d’Ajaccio, a commencé à mettre en œuvre le programme de formation sur la prévention bucco-dentaire, baptisé « La vie à pleines dents, longtemps ». D’abord expérimentée pendant trois ans en Bourgogne (2006-2009), cette action fait l’objet, depuis 2012, d’un déploiement fédéral.

« Le programme comporte huit étapes, dont une formation de deux jours des personnels soignants aux pratiques d’hygiène bucco-dentaire, et une sensibilisation des personnes âgées et de leur famille à l’importance des soins de bouche », détaille Arnaud Morel, de la Mutualité Française de Corse. En clair, il s’agit d’améliorer la qualité de vie des résidents de Valle Longa. Cela se traduit par deux toilettes bucco-dentaires par jour pour les personnes âgées, et autant que faire se peut en situation palliative.

 

De nouvelles habitudes

A l’origine de cette initiative, une série de données qui démontrent toutes « un état alarmant des bouches dans les Ehpad », résume Arnaud Morel. En France, selon les estimations, environ 50 % des résidents n’ont pas consulté de dentiste depuis plus de cinq ans et près de 80 % d’entre eux auraient besoin de soins – conservateurs, chirurgicaux, parodontaux, etc. Or ces pathologies ont des retentissements sur l’état de santé général des seniors. « Une mastication difficile ou une douleur permanente augmentent le risque de dénutrition. Mais il y a également la composante psychologique : quand on a une prothèse mal fixée, on se sent honteux et du coup, on a moins envie de parler. On se désocialise peu à peu », témoigne Arnaud Morel.

La mise en place du programme a permis de redéfinir les priorités. « Il a fallu faire en sorte que l’hygiène bucco-dentaire fasse partie des gestes quotidiens, au même titre que la toilette », explique Valérie Lodi, infirmière coordinatrice à Valle Longa. Trois soignantes référentes (deux aides médico-psychologiques et une auxiliaire de vie sociale) ont été désignées, puis formées aux pratiques de nettoyage des dents, des prothèses… Aujourd’hui, elles font office d’expertes auprès de l’ensemble du personnel soignant.

Vanessa Muraccioli est l’une d’elles. « On a distribué aux résidents une trousse d’hygiène de la bouche fournie par le programme. Cela a permis d’aborder la question des soins bucco-dentaires et d’expliquer en douceur l’importance de se laver les dents », raconte-t-elle. « Un travail d’approche de longue haleine est nécessaire pour ne pas brusquer les résidents, poursuit Arnaud Morel. Cela peut être ressenti comme une violation de leur intimité ou les renvoyer à leur dépendance. »

Du reste, précise-t-il, il n’est évidemment pas question de forcer les plus fragiles, comme les personnes atteintes de démence sénile, à suivre les consignes, matin et soir. « Il faut savoir accepter les échecs », déclare le responsable mutualiste. La mise en place de ce programme est d’autant plus délicate qu’elle a modifié la façon de travailler des personnels soignants. « Avant la formation, on laissait tremper les prothèses dentaires dans l’eau, ce qu’il ne faut pas faire, illustre Vanessa Muraccioli. Du coup, certains résidents, qui se sentaient bousculés dans leurs habitudes, ont eu du mal à adhérer. »


Un programme fédérateur

Désormais, chaque nouvel arrivant fait l’objet d’un examen bucco-dentaire systématique, suivi si nécessaire de recommandations adaptées. « Aujourd’hui, l’hygiène de la bouche a beaucoup progressé dans l’établissement. Pour preuve, les factures pour du matériel spécial, type cale-dents ou bâtonnets, ont augmenté », se réjouit Valérie Lodi.

L’implication est telle que les trois soignantes référentes accompagnent même le médecin-dentiste lors de ses visites à l’Ehpad pour des soins plus complexes. « Cela leur permet d’enrichir leurs connaissances », se félicite l’infirmière coordinatrice. « Récemment, il y a eu une résidente qui refusait de s’alimenter, on s’est rendu compte qu’elle avait des dents qui bougeaient, témoigne pour sa part Vanessa Muraccioli. Auparavant, on ne faisait pas le lien avec la bouche. » Le réflexe d’examiner la bouche des résidents est maintenant acquis. « Une victoire », selon Valérie Lodi.

Le programme « La vie à pleine dents, longtemps » suscite même des initiatives au sein du personnel pour améliorer sa diffusion et son acceptation. C’est le cas, par exemple, de cette aide-soignante douée pour le dessin qui a élaboré une affiche mettant en images les principaux gestes d’hygiène bucco-dentaire. Un projet de pictogrammes destiné aux personnes qui ont des problèmes de compréhension est actuellement à l’étude avec l’ergothérapeute de l’établissement : l’idée est de proposer des logos et des schémas très simples. De même, le marquage des prothèses des résidents est en cours.

« C’est un travail d’équipe qui va dans le sens de la pérennisation de ce programme », souligne Valérie Lodi. Vanessa Muraccioli voit, quant à elle, dans cet accompagnement « une réelle évolution positive » : « Cela participe à la cohésion du groupe. » Sans parler de l’ouverture qu’il offre aux soignantes référentes, amenées à assister aux réunions annuelles qui se tiennent au niveau national pour faire le point sur les avancées du programme. « Ces échanges permettent de soulever de nouvelles problématiques et de trouver des solutions pour y répondre. C’est très valorisant et enrichissant pour le personnel des établissements », admet Arnaud Morel. Et pour le moins inédit pour des structures souvent renfermées sur elles-mêmes.

Un enthousiasme qui tranche avec le relatif désintérêt des familles, assez peu impliquées dans cette démarche de mieux-être de leurs aînés. Valérie Lodi rappelle que, lors de la présentation du programme, pas une famille n’était présente. « La vie à pleines dents, longtemps » réussira-t-il à changer, à terme, les mentalités ? En tout cas, Arnaud Morel est formel : « Cette opération répond à un vrai problème de santé publique. »

Elisabeth Bouvet (Tribune Santé)      

 

Un partenariat national

 « La vie à pleines dents, longtemps » se veut un programme à dimension partenariale : le pilotage national est assuré par Générations Mutualistes et le pôle offre prévention de la Direction Santé de la FNMF. Le réseau des centres de santé mutualistes, branche dentaire, apporte son soutien technique. Le pôle offre prévention de la FNMF se charge de la promotion et de l’évaluation. Enfin, la Mutualité Française de Bourgogne, qui a été pilote dans cette initiative, intervient comme centre de ressources pour l’aide au déploiement.

 

 

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