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Actualités santé

Délais d'attente chez l'ophtalmo : ça bouge enfin !

[ Publié le 24 septembre 2015 ]

La ministre de la Santé a déposé deux amendements au projet de loi de santé visant à réduire les délais pour obtenir un rendez-vous chez l’ophtalmologiste. Le rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas), à l’origine de cette décision, comporte pourtant de nombreuses autres propositions.

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Les études menées sur le sujet aboutissent à des délais différents, mais toutes vont dans le même sens : les temps d’attente pour obtenir un rendez vous chez un ophtalmologiste ne cessent d’augmenter. « Ils peuvent atteindre trois, six ou neuf mois dans certaines villes, voire excéder un an en Picardie ou en Franche-Comté », peut-on lire dans un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) portant sur la restructuration de la filière visuelle, remis cet été à la ministre de la Santé, Marisol Touraine.

En cause, selon ce rapport, la baisse du nombre des ophtalmologistes, l'accroissement et le vieillissement de la population, ou encore l'augmentation de la prévalence de certaines pathologies chroniques, telles que la cataracte, le glaucome ou la dégénérescence liées à l’âge (DMLA), qui phagocytent les cabinets des spécialistes.

 

Objectif, 2017 

Christian Saout, secrétaire général du Collectif interassociatif sur la santé (Ciss), un regroupement d’associations de patients, pointe par ailleurs « le développement des consultations à dépassement qui a eu pour conséquence de raréfier l’offre de secteur 1 (soins facturés au tarif de la Sécurité sociale, ndlr) ». « Pas étonnant, dès lors, que les délais pour obtenir une consultation à tarif opposable gonflent autant », ajoute-t-il.  

De fait, sur les 4 774 ophtalmologistes libéraux recensés en 2013, 2 080 étaient installés en secteur 1 (44 %) et, à ce titre, tenus de respecter les tarifs fixés par la Sécurité sociale… Contre 2 694 (56 %) affiliés au secteur 2, et donc libres d’établir le montant de leurs honoraires.

Le problème n’est pas nouveau. En l’absence de mesures correctives, on peut même craindre qu’il ne s’aggrave : 31 % des ophtalmologistes ont 60 ans ou plus, et cesseront leur activité au cours des cinq années à venir. Un taux qui grimpe à près de 60 % pour les spécialistes âgés de 55 ans ou plus.

En décembre dernier, Marisol Touraine a saisi l’Igas afin qu’elle mène un série d’auditions auprès des acteurs de la profession et émette des propositions pour résoudre l’épineux problème de ces délais d’attente d’ici à 2017. Avec en ligne de mire, la possibilité d’utiliser tout ou partie des préconisations de l’Igas dans le projet de loi de santé qui se trouve en cours de discussion au Parlement. La mission a été confiée à Dominique Voynet, sénatrice et ancienne ministre de l’Environnement.

 

Le partage des tâches

« La palette d’outils proposés dans ce rapport semble la bonne, notamment ceux qui visent le rôle et les compétences des auxiliaires paramédicaux de la filière visuelle », estime Christian Saout, le secrétaire général du Ciss. Le rapport Voynet recommande ainsi d’élargir les responsabilités des orthoptistes et de promouvoir les collaborations de ces paramédicaux avec les médecins spécialistes de manière à leur libérer du temps.

L’orthoptiste serait chargé de réaliser le bilan visuel du patient et l’ophtalmologiste, après examen de ce bilan, de rédiger l’ordonnance pour un équipement optique. « La population vieillit, le nombre d’actes augmente, on n’échappera au développement de la collaboration entre les orthoptistes et les ophtalmologistes, commente le professeur Gilles Renard, ancien chef de service d’ophtalmologie à l’Hôtel-Dieu, à Paris. L’idée a cheminé, aujourd’hui elle semble faire consensus au sein de la profession. »

Autre préconisation phare du rapport : adapter la durée de validité de l’ordonnance à l’âge du patient et à son état de santé. Actuellement, cette durée de validité est limitée à trois ans. Au-delà, le porteur de lunettes est tenu de retourner chez l’ophtalmologiste pour obtenir une nouvelle prescription.

L’idée serait d’inciter le patient à un suivi régulier de sa santé visuelle chez un spécialiste afin de dépister les pathologies oculaires qui évoluent sans forcément se manifester (glaucome, cataracte, DMLA). Pour Gilles Renard, on pourrait tout à fait imaginer qu’entre 20 et 45 ans, la durée de validité de l’ordonnance soit allongée.

 

Trente mesures, deux amendements

Enfin, retenons la proposition visant à « élargir les compétences des opticiens-lunetiers et des orthoptistes à l'apprentissage de la pose, de la dépose, de l'entretien des lentilles correctrices ainsi qu'à leur adaptation », selon les termes du rapport. Une disposition qui permettrait, là encore, de dégager un temps précieux au profit de l’ophtalmologiste et de ses patients.

De l’ensemble de ces mesures (le rapport en comprend trente, en tout), Marisol Touraine en a conservé deux qu’elle a ajoutées par voie d’amendement au projet de loi de santé. La première vise à déléguer davantage de tâches à l’orthoptiste. La seconde propose d’allonger la durée de validité de l’ordonnance au-delà de trois ans dans certaines conditions, et à généraliser le principe de renouvellement et d’adaptation d’une correction optique par l’opticien aux lentilles correctrices.

« Un peu court », juge Christian Saout qui craint qu’en adoptant un dixième seulement de la feuille de route de l’Igas, la situation n’évolue guère. Et que les délais d’attente chez l’ophtalmologiste continuent d’empoisonner les patients. L’avenir nous le dira…

 

Erwan Le Fur (Tribune Santé)

 

En savoir plus

Pour télécharger le rapport sur la restructuration de la filière visuelle, rendez-vous sur le site de l'Igas : www.igas.gouv.fr

 

Remboursement sous ordonnance

Il n’est pas obligatoire de fournir une ordonnance pour se voir délivrer une paire de lunettes. Sans ce précieux sésame toutefois, l’Assurance-maladie ne prend pas en charge l’équipement. Ce n’est pas en soi si grave compte tenu des montants anecdotiques dont il est question. Sauf qu’en l’absence de cette prise en charge, le déclenchement du remboursement de la complémentaire santé, nettement plus substantiel en général, n’a pas lieu. Dans le cadre des discussions ayant entouré l’adoption de la loi Macron, il a un temps été envisagé de mettre un terme à ce dispositif. L’idée a finalement été retoquée par le Parlement.

Mots-clefs : Accès soins , Oeil , Ophtalmologiste

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