Mon compte

Pas encore de compte ?  Créer un compte

Accueil > Actualités santé > Addiction au sexe : osez en parler

Actualités santé

Addiction au sexe : osez en parler

[ Publié le 21 juillet 2015 ]

Qui dit addiction dit généralement substances. Mais les conduites addictives ne se limitent pas aux produits. Ainsi du sexe pathologique. Les demandes de prise en charge ne cessent d’augmenter dans les services d’addictologie. Les clés pour s’en sortir.

addiction-sexe-200715

Quand la question de l’addiction sexuelle s’invite au cinéma… C’était en 2011, le réalisateur britannique Steve McQueen présentait au Festival de Venise le bien nommé Shame (« Honte »), portrait clinique d’un « sex addict » à New York. Ce film a-t-il marqué un tournant ? Il a au moins eu le mérite de mettre en lumière une addiction encore taboue. Quant à savoir s’il a permis de délier les langues, impossible de l’affirmer. Mais force est d’admettre que les demandes de prise en charge affluent dans les services d’addictologie.

« On a de plus en plus de patients », confirme le Dr Laurent Karila, psychiatre et addictologue à l’hôpital Paul-Brousse, à Villejuif, qui a ouvert en 2008 une consultation dédiée à cette pathologie (1). Même constat à l’hôpital Marmottan, à Paris, où Muriel Mehdaoui, sexo-thérapeute, reçoit depuis 2011. « Nous avons fait le choix de nous limiter à la cyberaddiction sexuelle, qui passe donc exclusivement par l’écran », explique-t-elle.

 

Le quotidien envahi

L’addiction sexuelle se caractérise par un certain nombre de troubles, comparables à ceux de n’importe quel autre comportement addictif. « Une consommation sexuelle, excessive ou pas, est considérée comme problématique quand elle est associée à d’autres facteurs, comme une perte de contrôle et de temps, un retentissement négatif sur le travail, le couple ou la vie de famille. Elle peut aussi s’accompagner d’épisodes anxieux, voire dépressifs. Enfin, il faut prendre en compte les risques physiques, de type infections sexuellement transmissibles (IST) », décrit le Dr Karila.

 

« Bien qu’ils aient conscience de se mettre en danger, la volonté des individus qui souffrent d’addiction sexuelle leur échappe. Ils se comparent souvent à des drogués, raconte Muriel Mehdaoui. Et après le passage à l’acte (masturbation, web porno…), ils se sentent sales, coupables, dévalorisés. » Sans parler du plaisir que les patients ne parviennent plus à éprouver. « Chez les sex addict, tout est centré autour de la seule pratique sexuelle, ce qui inclut tout ce qui la précède comme la recherche d’une image X ultime », souligne le Dr Karila.

 

« L’arrivée d’Internet a considérablement modifié notre rapport à la pornographie, relève Muriel Mehdaoui. Vous tapez ce que vous cherchez (fellation, etc.), et les images même les plus trash surgissent aussitôt. » Le smartphone, à cet égard, permet au sex addict de satisfaire ses pulsions n’importe quand et n’importe où. Pas question cependant d’incriminer Internet. Quant à résilier son abonnement, ce serait à la fois inutile et contre-productif. Tout comme prôner l’abstinence. « L’idée est plutôt de limiter sa consommation et de trouver, ou de retrouver pour ceux qui l’ont connu avant la maladie, un cadre sexuel et social satisfaisant », reprend le Dr Karila. Il n’existe pas de protocole préétabli en matière de prise en charge. Le traitement se veut plurimodal et personnalisé. « On fait du cas par cas, renchérit Muriel Mehdaoui. Au final, on retient ce qui marche le mieux pour le patient. »

 

Apprendre à se protéger

La base du traitement reste toutefois la psychothérapie, avec dans un premier temps une dimension comportementale. De quoi s’agit-il ? De repérer ce qui déclenche les pulsions pour sinon les faire cesser, du moins reprendre le contrôle pour sortir de la spirale de l’addiction et de l’isolement. « Les premières semaines, on invite le patient à noter le contexte dans lequel surgissent ses pulsions. Une fois ces moments identifiés, on réfléchit à la façon de les désamorcer avec des solutions pratiques. Par exemple, on peut tourner l’écran de son ordinateur vers son collègue ou installer un logiciel qui verrouillera l’accès aux sites pornographiques. Finalement, on se protège en ne se calfeutrant plus », décrit Muriel Mehdaoui.  

 

Selon le profil de la personne et les troubles associés, il est aussi possible de mettre en place une thérapie de fond, de type analytique, ou une thérapie de couple. Des antidépresseurs peuvent également être nécessaires. « On les prescrit pour soigner une dépression quand elle existe, sinon on sera moins efficace dans la prise en charge de l’addiction. Mais ces médicaments jouent souvent aussi sur le côté compulsif en atténuant les pensées obsédantes », précise le Dr Karila.

 

Enfin, il existe des groupes de paroles comme les Dépendants affectifs et sexuels anonymes (Dasa) qui, sans se substituer au traitement, aident le patient à se sentir moins seul. « Le groupe rassure quand on se voit comme un monstre », confirme Muriel Mehdaoui.

 

Une maladie sous-évaluée     

Faute de données épidémiologiques, difficile d’appréhender l’ampleur de cette addiction. Se référant aux chiffres américains, le Dr Karila estime qu’elle concerne entre 3 et 6 % de la population, principalement des hommes souffrant de comportements sexuels compulsifs. « On reçoit de plus en plus de femmes, observe-t-il cependant. Le problème, c’est que l’on est dans un schéma assez comparable à celui de l’alcoolisme il y a soixante-dix ans : le sentiment de culpabilité est très fort et il y a encore beaucoup de gêne à en parler. » En cela, conclut-il, l’addiction au sexe est sous-évaluée.

 

Sous-évaluée, mais déjà trop répandue si l’on en juge par le nombre de structures d’accueil dédiées ou de professionnels formés. Témoin, l’hôpital de Marmottan obligé de refuser des patients. « Pratiquement toutes les consultations en addictologie proposent des thérapies comportementales et cognitives (TCC). Aujourd’hui, la question de l’addiction sexuelle est normalement abordée un peu partout en France », nuance le Dr Karila. Dans tous les cas, Muriel Mehdaoui encourage les personnes en souffrance à consulter, en sachant que la prise en charge varie entre quelques mois et plusieurs années.            

 

Elisabeth Bouvet (Tribune Santé)

 

En savoir plus

Accro ! Annabel Benhaiem et Laurent Karila, éd. Flammarion (2013).


(1)  Le Dr Laurent Karila est également le porte-parole de SOS Addictions : http://sos-addictions.org

Les Dasa pour briser le sentiment de solitude

Fondés aux Etats-Unis, les Dépendants affectifs et sexuels anonymes (Dasa) sont apparus en France dans les années 1990. Le concept de ces groupes de paroles s’inspire des Alcooliques Anonymes, avec un programme qui s’articule autour de 12 étapes, dont l’objectif vise à mettre fin à ses comportements de dépendance. Le principe étant que la solution vienne de soi. Des réunions se tiennent dans tout l’Hexagone, sans couvrir pour autant l’ensemble du territoire. Dans les zones les plus isolées, des contacts téléphoniques peuvent être proposés. www.dasafrance.fr

Avec votre code Mutuelle, accédez en plus aux blogs santé réservés

S'INFORMER

CHOISIR

logo_3935_ColDroite


Besoin d'un relais près de chez vous ?
 

Un soutien pour votre quotidien près de chez vous ? Nos conseillers santé vous donnent les coordonnées d'associations de patients.

 

En savoir plus

ECHANGER