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Actualités santé

VIH : les autotests sont-ils fiables ?

[ Publié le 29 mai 2015 ]
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Cancer colorectal, cancer du col de l’utérus ou de la prostate, et maintenant virus du sida… Si les autotests séduisent a priori le grand public, la question de leur efficacité se pose. Gros plan sur l’autotest VIH, bientôt en vente libre en pharmacie.

Annoncés depuis 2014, les premiers autotests du VIH seront disponibles à compter de cet été. En 2010, les associations de lutte contre le sida avaient déjà été autorisées à effectuer ces dépistages, via les tests rapides d‘orientation diagnostique (TROD), en dehors de toute structure médicalisée. Aujourd’hui, c’est donc à domicile que l’on pourra réaliser ce test et connaître ainsi son statut sérologique, pour un résultat encore plus rapide.

 

Toucher le plus grand nombre

Après un an de contrôles, la société française AAZ a obtenu début mai le marquage CE permettant la commercialisation de son autotest en France. But de celui-ci : identifier la présence ou non d’anticorps produits en cas d’infection par le virus du sida. Avec deux avantages principaux : la simplicité d’utilisation et la discrétion. « Ce que nous espérons avec ce nouveau test, c’est toucher des populations qui ne rentrent pas dans les systèmes de dépistage classiques (médecine de ville, hôpital, centres gratuits de dépistage, lieux associatifs), comme c’est le cas, par exemple, des très jeunes ou des sujets plus âgés, qui n’ont pas envie de raconter leur sexualité », explique le Pr Gilles Pialoux, chef de service des maladies infectieuses et tropicales à l'hôpital Tenon (Paris), et vice-président de la Société française de lutte contre le sida (1).

 

Ce test s’adresse également aux personnes les plus exposées, à l’instar des homosexuels ou encore des travailleurs du sexe. « Il concerne enfin les 30 000 personnes en France porteuses du VIH sans le savoir », pointe le Pr Pialoux. Loin d’être un gadget à la mode, cet autotest améliore l’offre de dépistage amorcée dans le Plan national de lutte contre le sida 2010-2014. « C’est un outil supplémentaire de prévention : les gens changent leurs habitudes et prennent moins de risques à partir du moment où ils se savent séropositifs. »

 

Réduire la transmission

Sa fiabilité (estimée à plus de 99 %) vaut celle des prélèvements classiques. Au moins en ce qui concerne les infections passées. « Le test se révèle en effet un peu moins fiable pour les infections très récentes (exposition au risque datant de moins de trois mois), reconnaît le Pr Pialoux. Dans ce cas, mieux vaut recourir à un test traditionnel. » Quant à la question des faux positifs, soulevée notamment par le Conseil national du sida (CNS), elle n’aurait pas lieu de se poser. « Il y a très peu de faux positifs, même si cela peut arriver. Mais c’est un faux problème car les personnes seront soulagées lors du deuxième contrôle en laboratoire. Ce qui compte, c’est qu’il n’y ait pas de faux négatifs et que les gens ne passent pas à côté de leur pathologie ! »

 

Gilles Pialoux est formel : si l’autotest renseigne sur ce qui s’est passé dans la vie du patient trois mois auparavant, il ne peut se suffire à lui seul. Dans tous les cas, il est indispensable de confirmer un résultat positif auprès d’un centre spécialisé. « Aujourd’hui, on sait qu’une personne dépistée a 99,9 % de chances d’être prise en charge très rapidement, précise-t-il. L’autotest est donc un outil très important, qui n’intervient pas que dans le diagnostic, mais qui permet aussi de réduire la transmission à l’autre. »

 

Autre reproche communément formulé à l’encontre des autotests : la personne concernée risque de se retrouver démunie, seule chez elle, face à un résultat positif. Ce cas de figure a évidemment été prévu, même si le Pr Pialoux ne minimise pas cette donnée. « Un numéro spécifique, disponible vingt-quatre heures sur vingt-quatre, va être mis en place pour justement pallier ces situations. Si la personne recourt à un centre expert rapidement et rentre dans un système de soin, elle ne sera pas seule. Mais c’est une donnée qu’il faudra effectivement prendre en compte dans les premières années de commercialisation. »

 

4 000 cas supplémentaires par an

Dès fin juin, ces tests seront donc en vente libre en pharmacie (les médecins n’ayant pas le droit de les réaliser en cabinet), à un tarif avoisinant les 25 euros. En pratique, il suffit d’ouvrir le kit à usage unique, de désinfecter le doigt avec la lingette fournie à cet effet, puis de piquer le bout de celui-ci à l’aide de l’aiguille (à la manière des contrôles prévus pour les diabétiques), avant de la replier. L’utilisateur doit ensuite aspirer une goutte de sang grâce à l’embout du test, puis placer celui-ci sur le support chargé ensuite de détecter ou non la présence d’anticorps du VIH. Les résultats apparaissent en un quart d’heure : une seule barre révèle un résultat négatif, deux barres un résultat positif. En cas de doute ou pour toute question, il convient de contacter le numéro vert prévu à cet effet : 0800 840 800 (Sida Info Service).

 

Selon le CNS, ces autotests pourraient permettre d’identifier 4 000 séropositivités et éviter 400 nouvelles infections par an en France. Une avancée conséquente quand on sait que plus de 6 000 personnes découvrent chaque année leur séropositivité. Seul inconvénient : ils ne sont pas remboursés par la Sécurité sociale.

 

                                                           Ariane Langlois (Tribune Santé)

 


(1) Le Pr Gilles Pialoux est également le rédacteur en chef du site vih.org

 

En savoir plus

Des autotests pour d’autres maladies ?

Le VIH n’est pas la seule pathologie concernée par ce type de dépistage, basé sur le principe de l’autotest. L’auto-prélèvement vaginal à domicile (utilisation d’un écouvillon, sorte de coton-tige qui prélève des cellules dans le vagin) est ainsi aussi efficace qu’un frottis pour détecter la présence d’un papillomavirus (HPV), à l’origine de la plupart des cancers du col de l’utérus. Même chose pour le cancer colorectal dont l’autotest immunologique (qui remplace le classique Hemoccult) est à retirer auprès de son médecin, pour les plus de 50 ans, et à renvoyer à un laboratoire d'analyses agréé. Ou pour l’autotest du cancer de la prostate, remis sur le marché après autorisation du Conseil d’Etat, en mars dernier. Quelle que soit la maladie recherchée, le dépistage gagne ainsi en efficacité, à condition toutefois de se procurer ces tests sur des sites fiables et contrôlés.

 

 

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