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Renoncement aux soins : quel impact sur la santé ?

[ Publié le 9 mars 2015 ]

Délais d’attente décourageants, médecins peu accessibles, dépassements d’honoraires fréquents, restes à charge trop importants… Autant de raisons qui expliquent que de plus en plus de Français renoncent à consulter, ce qui n’est pas sans conséquences pour leur santé.

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Le renoncement aux soins n’est pas un phénomène récent, mais il a pris une ampleur nouvelle au fil de ces dernières années. En 2014, 70 % des Français ont renoncé au moins une fois à des soins médicaux, selon une enquête Ifop menée conjointement avec le cabinet Jalma (1). Un résultat qui interpelle quand on sait qu’en 2011, ce chiffre tournait autour de 30 % !

Mais de quoi parle-t-on exactement quand on évoque le renoncement aux soins ? Alain Grand, professeur de santé publique et directeur du département universitaire de santé publique de l’université Toulouse 3, distingue deux types de situation qui s’imbriquent. « Il y a le renoncement lié au coût des soins – le reste à charge après consultation est trop important – et le renoncement aux soins pour des raisons d’accessibilité – certaines zones géographiques sont des déserts médicaux, en particulier dans certaines spécialités », explique-t-il.

Jusqu’à six mois d’attente

Selon l’étude Jalma/Ifop, 2 Français sur 3 (67 %) renoncent aujourd'hui à des soins à cause des délais d'attente pour obtenir un rendez-vous chez le médecin spécialiste, contre 59 % en 2012. Les temps d’attente sont d’ailleurs le premier facteur de renoncement, devant le coût de la consultation (46 %).

 

En matière de délai, c’est l’ophtalmologie qui bat tous les records. « Il faut en moyenne quatre mois pour obtenir un rendez-vous, note Mathias Matallah, président du cabinet Jalma. Et 1 Français sur 3 attend plus de six mois ! » Idem pour la cardiologie : soixante douze jours d’attente dans certaines régions… Un véritable obstacle pour les patients ayant besoin d’un suivi régulier, alors que l’on recense chaque année 130 000 nouveaux cas d’accident vasculaire cérébral (AVC) et que le gouvernement a fait de l’AVC une priorité nationale. Situation analogue, quoique moins marquée, pour les gynécologues, avec près de deux mois d’attente en moyenne, et pour les dermatologues (cinquante jours). 

 

Ces délais sont évidemment à mettre en regard avec la démographie médicale de ces spécialistes. « Le problème de l’accessibilité physique est largement sous-estimé et risque d’avoir des conséquences très graves si on ne stoppe pas ce processus », évalue Alain Grand. Et cela d’autant que la population médicale vieillit et que les médecins travaillent moins qu’avant. Sans compterceux qui, parmi les médecins spécialistes, refusent de prendre de nouveaux patients. 

 

Les précaires davantage impactés

Quelle qu’en soit la cause, renoncer à des soins médicaux n’est pas sans conséquences, et peut même conduire à un vrai problème de santé publique. « En matière de soins dentaires ou optiques, la dégradation est manifeste, reconnaît Alain Grand. Cela va aussi poser de lourds problèmes en ophtalmologie, dans des pathologies comme la DMLA (dégénérescence maculaire liée à l’âge, ndlr) ou le glaucome, qui nécessitent un suivi régulier et de ce fait une accessibilité aisée, tant physique que financière. »

 

De fait, cette réalité touche certains Français davantage que d’autres, en l’occurrence les populations les plus précarisées, celles qui se situent juste au-dessus des seuils sociaux (CMU et CMU-C). « Dans un contexte de crise économique, de montée en puissance des précarités, des inégalités et donc, des difficultés pour les populations les plus défavorisées, il n’est pas étonnant que le coût des soins devienne un problème majeur », indique Alain Grand.

 

L’enquête le confirme : les patients qui bénéficient de la complémentaire santé de la CMU ou de l'aide à la complémentaire santé (ACS) sont ceux qui renoncent le plus aux soins (60 % chez un spécialiste, contre 44 % pour le reste de la population).

 

Or, même en matière de prévention (tabac, alcool, surpoids…) et/ou de dépistage (cancer…), les pouvoirs publics l’observent : le défi, aujourd’hui, consiste à réussir à toucher les Français les plus vulnérables sur le plan économique et les plus isolés socialement.

 

La généralisation du tiers payant, la solution ?

Selon l’étude Jalma/Ifop, 30 % des Français (+ 3 points par rapport à 2012) ont même renoncé à voir un généraliste pour des raisons financières. La généralisation du tiers payant, censée lever l’obstacle financier de l’avance des frais, inversera-t-elle la tendance ? « C’est une bonne mesure, admet Alain Grand. Mais elle risque d’être rendue inopérante par la dégradation rapide de l'accessibilité aux soins (déserts médicaux) et ses conséquences (dépassements d'honoraires prohibitifs). »

 

Selon Alain Grand, elle ne peut porter ses fruits que si elle s’accompagne de l’ouverture du fameux numerus clausus, permettant l’augmentation du nombre de médecins en exercice. Celui-ci n’a pas bougé depuis quarante-deux ans tandis que, dans le même temps, 57 % des médecins souhaiteraient desserrer l’étau.

 

Dernier levier : la mutuelle obligatoire pour tous les salariés à compter du 1er janvier 2016. Cette couverture renforcera-t-elle l’égalité d’accès aux soins ? C’est en tout cas le vœu formulé par le gouvernement. Reste la question des chômeurs et des personnes âgées, écartés de ce dispositif, malgré une vulnérabilité manifeste.

 

Ariane Langlois (Tribune Santé)

 


(1) L’Observatoire Jalma sur l’accès aux soins 2014, réalisé avec l’Ifop, a été publié en février dernier. www.jalma.fr

Des disparités géographiques marquées

L’Observatoire de l'accès aux soins 2014 est sans appel : selon votre lieu de résidence, vous accéderez plus ou moins facilement à un spécialiste. Ainsi, pour consulter un cardiologue, il faut patienter près de deux mois et demi en Picardie, en Champagne-Ardenne ou en Bourgogne, soit trois fois plus longtemps qu’en Languedoc-Roussillon, en PACA ou en Corse, où l’attente est en moyenne de trois semaines. Les records sont battus par l’ophtalmologie, pour laquelle les habitants du Nord-Pas-de-Calais  doivent attendre cinq mois pour une consultation. L’Ile-de-France est la région où les délais sont les plus courts : un confort de soins qui s’explique par une plus forte concentration de médecins, même si des inégalités persistent selon les départements.  

 

Mot-clef : Accès soins

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