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Violences conjugales : quelles conséquences sur la santé mentale ?

[ Publié le 26 janvier 2015 ]
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Chaque année en France, plus de 600 000 femmes subissent des violences de la part de leur compagnon. Honte, dénigrement, culpabilité, difficile pour elles de parler de ce traumatisme. Quant à fuir les coups et les mots : impossible sans aide !

Tous les trois jours en France, une femme décède sous les coups de son conjoint ou ex-conjoint. Selon les chiffres fournis par les ministères de l’Intérieur et des Droits des femmes, 121 femmes ont ainsi perdu la vie en 2013. Quand on sait qu’une Française sur dix est victime de violences conjugales, tous milieux socio-culturels confondus, on en vient à se dire que quelque chose ne tourne pas rond dans cette société où l’égalité des rapports hommes-femmes est sans cesse revendiquée.

 

« Dans la sphère publique, oui, cette égalité est revendiquée, note Laurie Laufer, psychanalyste et professeure à l’université Paris Diderot (UFR d’études psychanalytiques). Mais dans la sphère privée, la domination des hommes sur les femmes reste très courante. » Et si les chiffres publiés chaque année suggèrent que le phénomène augmente, il n’en est cependant rien. « On en parle simplement plus, ajoute Marie-José Grihom, psychologue et maître de conférences à l’université de Poitiers. Les femmes ont toujours été utilisées, violées, mais elles le disaient pas, c’était tabou. Encore aujourd’hui, 70 % des victimes se taisent. »

 

De quoi parle-t-on au juste quand on évoque les violences conjugales ? Des agressions psychologiques, verbales, physiques et/ou sexuelles. Mais pas seulement. « Un acte violent, c’est un acte qui a des effets d’annihilation de l’autre, souligne Laurie Laufer. On nie à l’autre sa qualité de sujet, on le maintient sous emprise et on fait en sorte de l’anéantir. »

 

Honte et culpabilité

Cette intention de faire mal, de détruire l’autre, a inévitablement de lourdes conséquences sur la santé mentale de la victime. Très vite, la honte s’installe et va de pair avec une image de soi très dégradée.

 

« Les femmes ont honte d’accepter ce que personne n’accepterait de subir, c’est une des causes du silence », poursuit Marie-José Grihom. La culpabilité est sous-jacente. « Elles ne s’accordent plus de valeur et pensent mériter ce qui leur arrive, ce qui les empêche d’agir, complète Laurie Laufer. Certaines considèrent aussi qu’être aimées de leur partenaire s’accompagne forcément d’une certaine forme de violence. Pour d’autres couples, c’est même une façon de se parler... La notion de violence conjugale est très complexe car elle comprend beaucoup de réalités différentes. »

 

Les effets du traumatisme sont parfois tels que, plutôt que de le reconnaître, les femmes préfèrent excuser leur conjoint (« Petit, il a été malheureux »). Elles subissent alors, sans même plus se rendre compte que le traumatisme est ancré en elles et qu’elles ne font que répéter une situation dans laquelle elles ont l’habitude d’évoluer. « La plupart de ces femmes ont vécu des abus sexuels ou des maltraitances dans l’enfance, relève Marie-José Grihom. Ou alors elles ont vu leur mère se faire battre et elles reproduisent inconsciemment ce schéma. »

 

Les conséquences psychologiques sur les enfants témoins de violences sont en effet majeures. « Cela les prépare à accepter eux-mêmes des choses inacceptables », met en garde la psychologue. « Les enfants ne sont pas avertis psychologiquement pour comprendre ce qui se passe, confirme Laurie Laufer. Cela les conduit à établir de faux liens : si mes parents se comportent ainsi, c’est que ça doit être normal. »

 

Agir et se défendre 

Question : comment sortir de cette spirale infernale ? Le constat est rude mais clair : sans aide extérieure, c’est pratiquement impossible. L’emprise de l’autre, la peur des représailles, le manque de solutions concrètes font qu’une personne ne peut prendre, seule, la décision de partir.

 

En premier lieu, il est nécessaire de se tourner vers la police pour porter plainte. Mais cela ne suffit pas. En même temps, on peut se renseigner auprès des centres d’information sur les droits des femmes, qui existent dans toutes les régions, ou en composant le 3919 (numéro gratuit destiné aux victimes de violences, accessible 7 jours sur 7).

 

Il est préférable ensuite de recourir à une consultation chez son médecin généraliste ou dans des centres d’aides spécialisés, présents au sein des hôpitaux : ce sont eux qui pourront délivrer un certificat d’incapacité temporaire de travail, preuve nécessaire pour la justice. Enfin, nombre d’associations et de foyers d’hébergement d’urgence aident les victimes d’agression à aller au bout de leur démarche.

 

« Il y a toutefois des progrès à faire dans la prise en charge, soulève Marie-José Grihom. Il faut d’abord aider ces femmes à se faire du bien avant de leur dire de partir de chez elles, car elles en sont incapables dans l’immédiat. Il faudrait, par exemple, les intégrer dans des groupes de paroles ou des ateliers créatifs, le temps qu’elles se retrouvent. »

 

Une façon pour elles de mesurer l’écart entre la violence de leur quotidien et la vie qu’elles pourraient mener si elles s’accordaient la possibilité de fuir ce cauchemar.

 

Ariane Langlois (pour Tribune Santé)

En savoir plus

Femmes victimes de violences conjugales : une approche clinique, sous la direction de Marie-José Grihom et Michel Grollier, éd. Presses Universitaires Rennes (2013), 16 €.

Les hommes aussi sont touchés

Au risque d’étonner, les violences conjugales sont des violences conjointes. Elles ne sont pas la spécificité de l’homme. « On observe des violences chez les couples homosexuels ou chez les femmes », note Marie-José Grihom. Même si les statistiques sont minoritaires par rapport aux femmes, on sait toutefois que 25 hommes auraient péri sous les coups en 2013. Cette violence, à la fois physique et psychologique, est cependant moins connue. Conscients de l’image sociale de la masculinité, les hommes hésitent plus encore que les femmes à appeler à l’aide. La honte et la crainte de perdre leurs enfants, s’ils sont pères de famille, les poussent à se taire. Ils sont d’autant plus démunis qu’à ce jour, aucune structure spécifique d’entraide ne leur est dédiée.

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