Mon compte

Pas encore de compte ?  Créer un compte

Accueil > Actualités santé > Comment réapprendre à vivre avec un handicap

Actualités santé

Comment réapprendre à vivre avec un handicap

[ Publié le 12 décembre 2014 ]
Cliquez sur les visuels agrandir

Et soudain, tout bascule. Le corps et l’âme sont meurtris, l’avenir compromis, le regard des autres insupportable. Comment reprendre le fil de sa vie à la suite d’un handicap brutal ? La reconstruction est souvent longue et difficile

 

Une chute chez soi, une sortie de route, une machine qui dérape, une maladie... Et c’est le drame. La mort est évitée – souvent grâce aux progrès de la médecine –, mais le corps ou le cerveau, parfois les deux, sont abîmés à vie. Qu’elles passent ou non par un coma, les personnes brutalement confrontées à un handicap se découvrent dans la peau d’un « autre ». Du jour au lendemain, leur trajectoire a été interrompue et leurs repères, bouleversés, avec tout ou presque à réapprendre (jusqu’aux gestes les plus simples) et à reconstruire – leur corps, leurs projets, leur rapport au monde et aux autres. Et cette nouvelle identité passe parfois aussi par la certitude que certaines fonctions ne seront jamais récupérables.

 



Reconquérir son autonomie

Comment accepter un tel traumatisme ? « On n’accepte pas un handicap, on apprend à s’y adapter, à l’intégrer, à vivre avec, prévient d’emblée Marc Vachez, psychologue et psychothérapeute. C’est long et douloureux. » Et aucune situation n’est comparable à une autre. « Le chemin s’apparente à un travail de deuil, souligne Gaëlle Bonaldi, ergothérapeute. Il y a une succession d’étapes qui passent par le déni, la dépression, le repli, la colère, la reconstruction et la résilience. Mais ces phases sont vécues de façon très personnelle, non linéaire, avec un temps variable qui dépend de l’histoire de chacun.  » D’autant qu’un handicap, s’il suggère souvent que la personne est « chanceuse » d’avoir échappé à la mort, induit malgré tout des renoncements : perte de son intégrité corporelle, de ses capacités, de son emploi et statut social, parfois même de son conjoint quand le couple s’effondre.

 

Esteban Verdière avait vingt ans quand, victime d’un accident de la route, il s’est réveillé avec le bras gauche paralysé. « Quand cela vous arrive, la vie semble subitement ne plus valoir la peine d’être vécue, se souvient-il encore, dix ans après. J’avais perdu toute ambition, j’ai mis deux ans à reprendre le dessus. » Quelles que soient les embûches et les pulsions souvent contraires qui entrent en jeu au cours de cette longue reconstruction, l’une des clés pour transcender son traumatisme passe aussi par la reconquête de son autonomie. « Ma reconstruction identitaire a commencé quand je suis sorti de la rééducation et retourné chez mes parents où j’ai dû me débrouiller seul, donc reprendre le contrôle, raconte Esteban Verdière. A l’hôpital, pendant des mois, j’avais été un patient infantilisé, pas une personne, je m’étais renfermé sur moi-même.  » « Le sentiment d’être dépendant et redevable fait partie des blocages qui peuvent freiner la reconstruction, confirme Gaëlle Bonaldi. Des exercices spécifiques, ciblés, des mises en situation dans tous les actes de la vie quotidienne et, si besoin, des aides techniques et des aménagements domotiques peuvent aider à pallier les éventuelles difficultés.  »

 

Se faire accompagner

Dans certains cas, la réparation par la justice peut constituer une étape déterminante dans ce processus. Il peut s’agir d’une compensation financière ou d’une condamnation civile ou pénale de la personne ou de l’institution jugée responsable. « Cela représente pour la personne en situation de handicap une reconnaissance morale qui est un préalable à sa reconstruction. Mais le temps long de la justice peut aussi être un frein », avertit Marc Vachez. Il insiste sur la grande nécessité d’une thérapie adaptée. « Elle est indispensable pour travailler sur ce qui bloque la reconstruction, témoigne Esteban Verdière. Un blocage persistant est souvent dû à son propre sentiment de culpabilité. C’est le cas, par exemple, quand on est à l’origine de l’accident et qu’on a mis en danger la vie d’autrui. Ce travail thérapeutique est crucial également pour dépasser la honte et supporter le regard des autres. »

 

Les personnes sont inégalement armées pour surmonter un handicap. Si cela dépend évidemment de la lourdeur du traumatisme et de la présence ou non de l’entourage, un troisième facteur est capital. « La reconstruction dépend surtout de l’image que la personne avait d’elle-même avant le handicap, cette image de soi construite au cours de la petite enfance dans le regard parental, explique Marc Vachez. Si elle était fragile, le traumatisme sera plus difficile à réparer. D’où l’enjeu crucial d’un accompagnement par un thérapeute. Compensation matérielle, réparation juridique et médicaments ne suffisent pas ».

 

« Je me suis enrichi »

Comme de nombreux autres individus confrontés à un handicap, Esteban Verdière a fait de l’adversité une force et une source de fierté, réussissant ainsi à donner un sens nouveau à sa vie. « Réussir à nouveau des gestes autrefois acquis, apprendre constamment m’a stimulé, indique-t-il. J’ai vu mon corps s’adapter, mon bras droit devenir un super bras, plus puissant et plus sensible. Un peu comme ma personnalité. Je me suis enrichi ».

 

Lui qui pensait devenir électrotechnicien a fondé son entreprise d’aide à domicile, Coaching Domicile. « J’ai une légitimité et une expertise dans mon travail, reprend-il. Désormais, c’est moi qui aide les autres, pas l’inverse. Je suis devenu plus ouvert. D’ailleurs, j’ai commencé à plaire aux femmes après mon accident ! Aujourd’hui, j’ai une épouse et deux filles ». Quant à savoir si Esteban a finalement accepté son handicap ? Une chose est sûre, il aime la nouvelle vie qui s’est dessinée depuis. 

 

Cerise Maréchaud (Tribune Santé)

Accessibilité : le parcours du combattant continue

 

Les douze millions de personnes qui souffrent d’un handicap devront encore prendre leur mal en patience. En 2005, la loi sur « l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées » stipulait que les lieux publics et privés devaient devenir accessibles aux personnes en situation de handicap (physique, visuel, auditif, mental) d’ici à 2015. Dix ans après, l’objectif est non seulement loin d’être atteint, mais reporté. De nouveaux délais allant de trois à neuf ans ont été accordés. Et selon l’Inspection générale des affaires sociales, seuls 15 % des établissements concernés étaient aux normes en 2012. Si les mairies, cinémas, centres commerciaux et piscines s’en sortent plutôt bien, les cabinets médicaux, écoles et commerces de proximité sont à la traîne, ainsi que de nombreux transports. 

 

Avec votre code Mutuelle, accédez en plus aux blogs santé réservés

S'INFORMER

CHOISIR

logo_3935_ColDroite

Faire reconnaître son invalidité... Et après ?
 

Nos assistantes sociales vous aident dans vos démarches.

 

En savoir plus