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Antibiotiques : vers la fin de leur efficacité ?

[ Publié le 17 novembre 2014 ]
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Les bactéries résistent de plus en plus fréquemment aux antibiotiques, menaçant des pans essentiels de la médecine moderne. Il est urgent d'agir pour préserver l'efficacité de ces médicaments. Pourquoi, comment… On fait le point.



« A moins que les nombreux acteurs concernés agissent d'urgence, le monde s'achemine vers une ère post-antibiotiques où des infections courantes et des blessures mineures, qui ont été soignées depuis des décennies, pourraient à nouveau tuer. » Le propos est glaçant, la perspective effrayante. Cette mise en garde à l’adresse des scientifiques du monde entier est signée du Dr Keiji Fukuda, sous-directeur général de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) pour la sécurité sanitaire. Elle remonte à avril 2014, lors de la publication d’un rapport de l'institution internationale sur la résistance aux antibiotiques. Pour l’OMS, l'heure n'est clairement plus à l'observation inquiète : il y a urgence à agir.

 

De fait, l'enjeu est crucial. Le risque ? Que de banales infections dues à des micro-organismes (du type cystites, pneumonies, etc.) deviennent de plus en plus difficiles à traiter. Voire pire. On estime ainsi à 25 000 le nombre de décès dus à des infections causées par des bactéries multi-résistantes chaque année, en Europe. Dans le même temps, c'est tout un pan de la médecine qui est menacé.

 

« Les greffes, les chimiothérapies ou la plupart des séjours en réanimation ne sont pas envisageables sans antibiotiques, développe le Pr Antoine Andremont, chef du laboratoire de bactériologie à l'hôpital Bichat, à Paris. Pendant ces traitements, les patients sont très sensibles aux infections. Si la résistance continuait à progresser au rythme que l’on observe depuis une quinzaine d'années, elle poserait de graves problèmes et remettrait en question ce type de médecine moderne, une médecine antibio-dépendante ».

 

« Plus d’avance thérapeutique »

La résistance bactérienne qui ne cesse de s'accroître depuis une trentaine d'années concerne la planète entière. Et l'on observe de plus en plus fréquemment qu'une même bactérie développe simultanément des résistances à plusieurs classes d'antibiotiques. Résultat, elle ne peut plus être combattue que par un nombre restreint de molécules. Le danger qui menace : l’impasse thérapeutique, soit la fin de l’efficacité des antibiotiques. « La prévalence générale de la résistance aux antibiotiques est difficile à établir car elle varie avec les types d'infections et les pays considérés, indique le Pr Andremont. Il est cependant raisonnable de penser qu'entre 5 et 10 % de la population européenne est colonisée par des bactéries très résistantes aux antibiotiques. Un taux qui s'envole dans les régions les plus pauvres de la planète, pouvant atteindre 50 à 80 % de la population. »

 

Comment en est-on arrivé à cette situation ? De multiples facteurs entrent en jeu, à commencer par le manque de nouveaux antibiotiques. « Dès le  début de leur utilisation massive, après la Seconde Guerre mondiale, la résistance bactérienne était un phénomène connu, mais il n'inquiétait personne car de nouvelles molécules étaient découvertes très régulièrement. Et si la résistance aux antibiotiques anciens augmentait, les nouvelles molécules permettaient de conserver une avance thérapeutique. » Sauf que depuis la fin des années 1980, les laboratoires pharmaceutiques se sont progressivement désintéressés de la recherche sur les antibiotiques (dont le retour sur investissement n'est plus suffisant). Les bactéries ont profité de cette carence pour consolider leur résistance, contre laquelle des molécules, aujourd’hui vieillissantes, se révèlent trop faibles.  

 

Par ailleurs, les antibiotiques sont entrés dans le champ des médicaments génériques, produits à très bas coûts dans les pays émergents. « Des vieilles molécules “génériquées” et bon marché induisent une augmentation de la consommation et donc de la résistance bactérienne, résume le Pr Andremont. Nous arrivons à ce moment où on ne possède plus d'avance thérapeutique. » Y compris, parfois, pour les molécules de dernier recours, utilisées notamment à l'hôpital dans des infections contre lesquelles toutes les autres classes de médicaments ont échoué.

 

Enfin, le secteur de l'élevage a aussi sa part de responsabilité. Gavés d'antibiotiques, à titre préventif ou pour qu'ils grandissent plus vite, les animaux ont développé des bactério-résistances qu’on retrouve ensuite dans la filière alimentaire.

 

De la responsabilité de tous

Pour contrecarrer cette montée de la résistance, la France a pris des mesures dès le début des années 2000. Tout le monde se souvient du slogan « Les antibiotiques, c'est pas automatique », une campagne qui avait entraîné un recul très sensible de la consommation de ces produits. Mais, les efforts n'ont pas été poursuivis. Conséquence, les prescriptions sont reparties à la hausse.

 

L’objectif fixé par le plan actuel vise à réduire de 25 % la consommation d'ici à 2016. Une gageure au vu de l'évolution des courbes de prescriptions. « La solution contre la résistance des bactéries n'est pas univoque, souligne Caroline Semaille, directrice des médicaments dans le domaine des maladies infectieuses à l'Agence national de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). Il est impératif de communiquer davantage sur le bon usage des antibiotiques, de rappeler qu’on ne doit pas utiliser ceux qui traînent dans l'armoire à pharmacie et qu'il faut poursuivre le traitement prescrit jusqu'à son terme. »


D’autres mesures sont envisagées, qui concernent plus particulièrement médecins et patients : délivrer des antibiotiques à l'unité, limiter la durée des prescriptions, réserver certains antibiotiques aux cas de dernier recours ou encore développer des ordonnances spécifiques… La mise au point de tests de diagnostic rapides pourrait également aider les praticiens, surtout en ville, à déterminer l'origine virale ou bactérienne d'une infection. Pour l'heure, ce type de test n'existe que pour les angines. Dans le même ordre d'idée, des antibiogrammes rapides permettraient de cibler les molécules efficaces pour une infection donnée.  

 

« Il faut aussi trouver des solutions pour relancer la recherche, ajoute Caroline Semaille. De nouvelles pistes doivent être explorées, comme le recours à la phagothérapie (des virus qui mangent les bactéries, ndlr) ou la transplantation de microbiote (flore intestinale). » Autant de perspectives qu’il convient d’activer pour que la sombre prédiction de l’OMS reste purement fictionnelle.

Vincent Delfau (Tribune Santé) 

 

Du bon usage des antibiotiques

Les antibiotiques ne sont efficaces que contre les bactéries. Ils ne sont donc d’aucun secours contre les virus responsables de vos rhumes, grippes, rhino-pharyngites et de la plupart des angines. Ils n'ont également pas d'effet direct sur la fièvre ou la douleur, qu'il faut combattre avec le traditionnel paracétamol. Enfin, les antibiotiques ne permettent pas de guérir plus rapidement : seul un traitement adapté à une pathologie ouvre la voie de la guérison.

Mot-clef : Médicament

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