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Téléphones mobiles et cancer : l'incertitude demeure

[ Publié le 15 juillet 2014 ]
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Le téléphone portable est-il délétère pour notre santé ? Selon une récente étude française, il multiplierait par trois le risque de développer une tumeur cérébrale chez les très gros utilisateurs. Ses conclusions ne sont pourtant pas aussi simples. Décryptage.

« Plus le temps passe, moins le lien entre champs électromagnétiques et cancers laisse place au doute. » Pour Catherine Gouhier, l'étude menée par l’Institut de santé publique, d’épidémiologie et de développement (Isped) constitue une preuve de plus que les ondes émises par les téléphones portables sont dangereuses.(1) Ses conclusions, rendues en mai, ont tout pour conforter les convictions de la cofondatrice et secrétaire générale du Centre de recherche et d'information indépendant sur les rayonnements électromagnétiques non ionisants (Criirem). Il suffirait en effet de trente minutes d’utilisation du téléphone mobile par jour pour tripler le risque de développer une tumeur cérébrale, pouvait-on lire dans la presse au printemps dernier.

 

« En réalité, nos résultats ont été mal interprétés, corrige le Dr Gaëlle Coureau, épidémiologiste et première signataire de l’étude de l’Isped. Nous avons retracé l’utilisation du portable chez 1 800 adultes sur l’ensemble de leur vie, dont un tiers souffraient d'une tumeur au cerveau. Pour l’ensemble de la population observée, nous n’avons pas relevé d'association entre le fait d'utiliser ou non un téléphone portable et l’apparition d’une maladie. Mais pour les 10 % des plus grands utilisateurs, le risque de gliome [une tumeur cérébrale rare, ndlr] semble multiplié par trois. Et chez ceux qui ont téléphoné plus de quinze heures par mois en moyenne durant toute leur vie, le risque est quadruplé. Mais jamais nous n’avons évoqué la durée de trente minutes par jour, qui n’est qu’une mauvaise extrapolation. »

 

Une corrélation mais pas de preuve

Une simplification hasardeuse d’un côté et, de l’autre, des limites méthodologiques. « Elles sont importantes, comme pour toutes les études épidémiologiques rétrospectives, basées sur les souvenirs des personnes interrogées », admet le Dr Coureau. Si cette étude a pu inquiéter, elle ne fait pourtant que relever une corrélation entre le temps d’utilisation du mobile et le risque de développer une maladie, ce qui ne saurait constituer un indice irréfutable. « En aucun cas, il ne s’agit d’une relation de causalité, précise la chercheuse. Il n’existe, à ce jour, aucune preuve biologique avérée d’un éventuel effet des champs électromagnétiques. »

 

Les résultats des travaux menés par l’Isped s’inscrivent dans la lignée d’autres études dont la principale, Interphone, montre – elle aussi avec de nombreux biais méthodologiques – une association statistique entre l’usage important du mobile et un risque de pathologie.(2) « Mais il faut avant tout relever qu’il n’y a pas d’élévation du risque pour l’ensemble de la population, modère Olivier Merckel, chef de l’unité d’évaluation des risques liés aux agents physiques à l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses). En d’autres termes, il n’existe pas aujourd’hui de risque sanitaire avéré lié à l’exposition aux radiofréquences. » Et ce, même si l’Agence, dans son volumineux avis publié fin 2013, observe des effets biologiques liés aux ondes.(3) « Ils traduisent la perturbation du fonctionnement d’une cellule ou d’un organe, mais sont réversibles et ne portent pas à conséquence dans la durée. Ils concernent par exemple, avec un niveau de preuve limité, la structure du sommeil ou des cassures de l’ADN. »

 

Rester prudent

Les radiofréquences ont donc un effet sur le vivant ? « Dire l’inverse est impossible, reprend Olivier Merckel. Même si le volume d’études s’accumule depuis une vingtaine d'années et semble montrer que s’il y avait des effets majeurs, il est très probable qu’ils auraient déjà été mis en évidence, actuellement on ne peut pas conclure fermement. » Et d’admettre que les experts de l’Anses observent une augmentation du risque de certaines tumeurs cérébrales rares chez les utilisateurs intensifs et dans la durée de téléphones portables, comme dans l’étude de l’Isped. « Mais ces résultats pourraient tout aussi bien s’expliquer par l’usage intensif que par l’existence de biais méthodologiques », souligne-t-il.

 

C’est la raison pour laquelle l’Agence ne recommande pas d’abaisser le seuil réglementaire d’exposition, mais préconise un usage raisonné du mobile et la poursuite des études. Et c’est pour les mêmes raisons que le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a classé les champs électromagnétiques dans la catégorie des « cancérogènes possibles » pour l’homme. Au même titre, par exemple, que les gaz d’échappement des moteurs essence.

Vincent Delfau (Tribune Santé)



(1) www.inserm.fr

(2) L’étude Interphone, dont les résultats ont été publiés en 2010, a été réalisée par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) qui dépend de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). www.iarc.fr

(3) www.anses.fr

Du bon usage du portable

Face à l’accroissement de l’exposition aux ondes et à l’incertitude sur leurs effets à long terme, autant adopter quelques réflexes simples. Ça commence avec les enfants : ne les laissez pas utiliser votre téléphone portable. Pour les adolescents et les gros utilisateurs, le recours au kit mains libres est à privilégier. « L’exposition aux champs électromagnétiques est, au minimum, cent fois moins importante que lorsque l’appareil est collé à l’oreille », indique Olivier Merckel. Et la nuit, il est recommandé d’éteindre son smartphone. Par ailleurs, mieux vaut utiliser un téléphone dont le débit d’absorption spécifique (DAS) – une valeur qui quantifie le niveau d’exposition aux ondes induites par le mobile – est le plus faible possible. La réglementation impose une limite de 2 W/kg, mais certains modèles affichent des valeurs bien moindres. Enfin, évitez de téléphoner dans les zones de mauvaise réception et lors de déplacements en voiture ou en train. Dans ces situations, votre portable émet à pleine puissance et maximise donc votre exposition aux ondes.

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