Mon compte

Pas encore de compte ?  Créer un compte

Accueil > Actualités santé > Dépression : les ados en première ligne

Actualités santé

Dépression : les ados en première ligne

[ Publié le 17 juin 2014 ]
Cliquez sur les visuels agrandir

Un rapport de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) révèle que la dépression est la principale cause de maladie chez les 10-19 ans. Un constat qui interroge sur l’efficacité des programmes de prévention.

Pour la première fois, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) publie un rapport complet sur les problèmes de santé des adolescents. Selon cette étude, basée sur les données fournies par 109 pays, la dépression représente la principale cause de maladie et de handicap chez les 10-19 ans. Et le suicide, très souvent lié à cette maladie, constitue la troisième cause de décès dans cette tranche d’âge, après les accidents de la route et le virus du sida (VIH).

 



Des données accablantes que les spécialistes considèrent toutefois avec prudence. « Il est difficile de donner des chiffres sûrs quant à l’augmentation de la dépression, avance le Dr Xavier Pommereau, psychiatre et chef du pôle aquitain de l’adolescent au CHU de Bordeaux. Aujourd’hui, les gens réalisent plus facilement qu’ils sont déprimés et n’hésitent pas à consulter. Le diagnostic est plus facilement posé. Il y a vingt ou trente ans, la maladie existait mais n’était pas identifiée comme telle : les personnes confrontées aux mêmes angoisses n’auraient peut-être pas employé ces mots-là. »

 

Difficile également de savoir si le rapport de l’OMS fait bien la distinction entre la « dépressivité normale » de l’adolescence et la dépression en tant que telle. « La dépressivité de l'adolescent est la traduction du deuil qu'il doit faire de l'enfance, de ses privilèges : perte de la fonction protectrice des parents, perte des illusions d'enfance, souligne le Dr Annie Birraux, psychiatre et co-auteur d’un ouvrage sur le suicide des adolescents. Cet état d'inquiétude, d'angoisse et de doutes qui accompagne ce changement de statut est bien différent de la dépression, qui est une vraie maladie. »

 

Il n’empêche, en trente ans, les demandes de consultation en lien avec la dépression ont énormément augmenté. Plus encore depuis une dizaine d’années.

 

Une prévention insuffisante     

Aux discours négatifs des adolescents (« On n’aura plus de travail », « La planète n’est plus verte », etc.) s’ajoutent de sérieux problèmes de reconnaissance. Nombreux sont les adolescents qui se sentent délaissés, démunis, et ne parviennent pas à trouver leur place dans leur environnement. Tabac, alcool, drogue, sexualité, violence… Ils se retrouvent vite livrés à eux-mêmes. « Le risque suicidaire augmente dès qu’un jeune est en souffrance identitaire et ce, pour des raisons multiples : orientation sexuelle différente mal vécue, maladies de l’humeur, difficultés à trouver sa place dans un groupe, harcèlement scolaire, etc. », précise le Dr Pommereau.

 

Faut-il en déduire que la dépression est sous-estimée et la prévention du suicide pas assez renforcée ? L’OMS est catégorique : si les adolescents étaient traités à temps, cela permettrait de prévenir des décès et d’éviter des « souffrances durant toute une vie ». Encore faudrait-il se donner les moyens de recourir à une prévention individuelle et non plus se satisfaire de discours généraux.

 

« La prévention spécifique passe par la prise en charge des personnes qui ont tenté de se suicider ou qui présentent des conduites à risque. Or en France, cet objectif est loin d’être atteint pour des raisons avant tout économiques. On n’a pas les moyens de mettre une unité d’observation à côté des urgences pour accueillir ces patients pendant quelques jours », déplore le Dr Pommereau.

 

Quant à déployer des équipes mobiles pour suivre et prendre en charge ces personnes à leur domicile, ces expériences n’existent, pour l’instant, qu’en Australie et en Suisse. Le renforcement du dépistage en milieu scolaire, tout comme la formation des médecins généralistes, constituent également des pistes importantes pour améliorer la prévention.

 

Les signes qui doivent alerter  

Mais pour pouvoir traiter le plus tôt possible ces jeunes en souffrance, les familles devraient surtout être mieux informées, notamment pour repérer les signes de la maladie.

 

« Un adolescent qui rompt avec ses habitudes, qui s’isole, qui ne veut plus voir ses amis, qui ne prend plus de plaisir dans ses activités favorites, ne va pas bien, explique le Dr Pommereau. Les troubles du sommeil – surtout les réveils matinaux précoces –, les visions noires et l’autodépréciation (sentiment d’être nul, de n’intéresser personne) constituent également des signes de gravité qui doivent faire penser à la dépression. »

 

De même, les antécédents de fugue avant 15 ans, les scarifications, l’ivresse allant jusqu’au coma éthylique, doivent impérativement amener à consulter pour limiter tout risque suicidaire. L’avis d’un médecin généraliste est en premier lieu nécessaire : c’est lui qui orientera ensuite l’adolescent et sa famille vers un psychologue, un psychiatre, ou encore vers un centre médico-psychologique (CMP) ou médico-psycho-pédagogique (CMPP). Les consultations y sont gratuites.

 

« Le psychiatre est le plus habilité à prescrire un antidépresseur, insiste le Dr Pommereau. Certaines molécules ont en effet tendance à majorer l’impulsivité avant d’améliorer l’humeur. Il faut donc être très prudent dans la prescription. » Le suivi psychologique demeure par ailleurs indispensable. Mais il n’est pas requis à vie : bien prise en charge, une dépression à l’adolescence peut parfaitement se soigner. Il faudra cependant être attentif au risque de rebond dépressif qui se manifeste souvent autour de la quarantaine.

 

Ariane Langlois (Tribune Santé)

 

En savoir plus

L’énigme du suicide à l’adolescence, Annie Birraux et Didier Lauru, éd. Albin Michel (2012), 19,50 €.
L’adolescent suicidaire, Xavier Pommereau, éd. Dunod (2005), 6,90 €.

 

Accidents de la route et VIH : les deux autres fléaux

D’après le rapport de l’OMS, les accidents de la route représentent la première cause de mortalité et la deuxième cause de maladie et de handicap chez les adolescents. Les garçons sont les plus touchés, avec trois fois plus de décès que chez les filles. Deuxième cause de décès au plan mondial : le virus du sida. Le VIH serait en hausse parmi les 10-19 ans, principalement en Afrique où l’infection est pourtant en régression dans le reste de la population. On estime qu’à l’échelle planétaire, 1,3 million d’adolescents sont décédés en 2012.

 

 

 

Mot-clef : Psychologie

Avec votre code Mutuelle, accédez en plus aux blogs santé réservés

S'INFORMER

CHOISIR

logo_3935_ColDroite



Besoin de parler à quelqu'un ?

Angoisse, mal-être, déprime : parlez-en avec un bénévole formé par des psychologues.

 

En savoir plus