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Actualités santé

Pic de pollution : des mesures dérisoires

[ Publié le 18 mars 2014 ]

Pour les spécialistes, les mesures d'urgence contre la pollution aux particules fines sont insuffisantes. Ils préconisent plutôt une stratégie globale de maîtrise des émissions.

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Depuis jeudi, une large partie du territoire, en particulier les grandes métropoles, connait un pic de pollution aux particules fines. Ce smog est favorisé par des nuits froides suivies de journées bien plus chaudes, ne permettant pas la dispersion des polluants. En réaction, plusieurs municipalités ont pris des mesures de gratuité des transports et émis des recommandations sanitaires. Le Pr Denis Charpin, chef du service de pneumologie-allergologie à l'hôpital Nord du CHU de Marseille, estime que, pour changer durablement la situation, il faudrait surtout "repenser la ville".

Repenser la ville
Gratuité des transports publics, des locations de vélo, du métro ou du tramway... Ces mesures sont "dérisoires" souligne le Pr Charpin. "Ce sont les autres jours - hors pic de pollution - qu'il faudrait se préoccuper de la situation", estime-t-il. D'autant que "la France est souvent épinglée par l'Union européenne pour le non-respect des taux maximum d'émission de particules fines établis par l'Organisation mondiale de la santé (OMS)". Il doute également de l'efficacité des recommandations des autorités sanitaires... "Lever le pied de l'accélérateur le week-end a peu d'effet... Rester chez soi est illusoire, car la pollution de l'air intérieur est souvent pire qu'à l'extérieur", assure-t-il. Plus généralement, "c'est un problème de civilisation. Pour changer la situation, nous devrions repenser la ville, faire en sorte de construire par exemple les surfaces commerciales à proximité des lieux de vie", estime Denis Charpin. Une évolution que les candidats aux élections municipales évoquent peu... "Malgré les filtres à particules et l'amélioration des moteurs, nous ne pourrons bientôt plus éviter un contrôle plus sévère de la circulation", ajoute-t-il.

Asthme, allergies, troubles respiratoires...
Déclenché à partir d'une concentration moyenne quotidienne de 80 microgrammes de particules par m3 d'air, le niveau d'alerte à la pollution, est dépassé depuis jeudi dans une trentaine de départements de la métropole. Emises surtout par les systèmes de chauffage, l'industrie et le transport automobile, les particules fines sont responsables de crises d'asthme, d'allergies et de maladies respiratoires. Les plus fines d'entre elles ont été classées "cancérogènes certains" par l'OMS. Les enfants et les personnes âgées y sont particulièrement exposés. "Les nourrissons et les jeunes enfants respirent plus vite que les adultes et ingèrent donc davantage de particules", explique le Pr Denis Charpin. De plus, de par leur petite taille, ils respirent près du sol, là où la pollution se concentre le plus. Nez irrité, gorge sensible, toux... les manifestations observables à un ou deux jours de décalage touchent l'ensemble de l'appareil respiratoire.

Augmentation du nombre de décès
Les insuffisants respiratoires et cardiaques représentent également une population à risque. Les pics de pollution peuvent exacerber leurs troubles. Voire conduire, dans de rares cas, au décès. Ainsi, "on observe une augmentation de 2 % à 3 % des décès par insuffisance respiratoire après de tels épisodes", note Denis Charpin. Faute de mesures efficaces pour réduire l'exposition aux particules fines en ville, quelques conseils restent toutefois importants à suivre. D'autant plus si vous habitez au coeur d'une grande ville. "Evitez de faire des efforts physiques, à l'intérieur comme à l'extérieur", conseille le Pr Charpin. Et si vous le pouvez, laissez votre véhicule au garage.

Source : Interview du Pr Denis Charpin, chef du service de pneumologie-allergologie à l'hôpital Nord du CHU de Marseille, membre de l'Académie nationale de médecine et de l'Agence française de sécurité environnementale, 14 mars 2014.

(Destination santé ©)

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