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Actualités santé

Suicide : un observatoire pour endiguer ce fléau

[ Publié le 22 novembre 2013 ]
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Près de 10 400 personnes se suicident chaque année en France. En cause, une culture de la prévention insuffisante. Mis en place il y a quelques semaines, l’Observatoire national du suicide a pour mission de rattraper ce retard. Etat des lieux.

C’est un drame qui, bien qu’il affecte essentiellement les 45-64 ans, représente aussi la première cause de mortalité chez les 25-34 ans. Ses victimes favorites ? Des hommes, dans 75 % des cas. Véritable fléau, le suicide a été à l’origine de 10 334 décès en France en 2010. « Un chiffre qu'il faudrait majorer de 10 ou 15 % pour tenir compte du fait que certains suicides sont maquillés en accidents de la route, du travail, en noyade, etc. », corrige Jean-Claude Delgenes, directeur général du cabinet Technologia, une structure spécialisée dans la prévention des risques psychosociaux. De ce fait, ce sont quelque 12 000 suicides et 240 000 tentatives qu’il faudrait dénombrer annuellement dans l’Hexagone.

 







Une fréquence élevée                                                                                

Avec un taux de suicide de 14,7 pour 100 000 habitants, la France se situe bien au-dessus de la moyenne des pays de l’Union européenne (10,2 pour 100 000 habitants). Certes, c’est moins que la Lituanie (29,4) ou la Hongrie (21,7), mais beaucoup plus que le Royaume-Uni (6,4), l’Espagne (5,8) ou l’Italie (5,4). Et si une certaine hétérogénéité statistique doit conduire à relativiser ces différences, elle ne suffit pas à les gommer totalement. « Certains pays, comme l’Espagne ou l’Italie, résistent mieux grâce à la solidité des liens familiaux. D’autres, à l’instar de l’Angleterre ou des états scandinaves, bénéficient des efforts qu'ils ont réalisés dès les années 1950 en matière de prévention », observe Jean-Claude Delgenes.

 

Des efforts que la France n’a pas su faire. « L’approche française a longtemps été plus curative que préventive », souligne Michel Debout, professeur émérite de médecine légale. C’est précisément pour corriger ce déficit de prévention que ce dernier a été à l'initiative, aux côtés de Jean-Claude Delgenes, de « l’Appel des 44 », un manifeste réclamant la création d’une structure dédiée à l’étude du fait suicidaire. Appel entendu : l’Observatoire national du suicide a vu le jour le 10 septembre dernier (lire encadré).

 

Un enjeu de santé publique

« Une vraie culture de prévention permettrait d’éviter entre 5 000 et 6 000 morts par an », assure Jean-Claude Delgenes. Mais aussi de mieux accompagner les personnes présentant des facteurs de risque : troubles de la personnalité (dépression, psychose...), violence, séparation, deuil, licenciement, situation d’addiction, etc. Sans compter les innombrables victimes de la crise économique. « Il est certain que cette dernière a des effets sur le nombre de suicides. C’est un événement traumatique, signe d’une société moins solidaire où chacun est exposé à sa propre désespérance », décrit Michel Debout.

 

Pour les spécialistes, le phénomène ne pourra être endigué que si les autorités font de la lutte contre le suicide une priorité de santé publique. Ils en veulent pour preuve la prévention routière. En vingt ans, le nombre de morts sur les routes a été divisé par quatre grâce à une volonté affirmée et maintenue des pouvoirs publics. L’Observatoire saura-t-il faire face à cette urgence sanitaire ? Son existence constitue, en tout cas, une avancée notable.   

Vincent Delfau (Tribune Santé)


« Il n’existe pas de fatalité »


Trois questions au Pr Michel Debout, médecin légiste à l’origine de la création de l’Observatoire national du suicide.

 

Quelles seront les missions de l’Observatoire ?      

Pr Michel Debout – Il devra mieux appréhender le fait suicidaire pour permettre une prévention plus adaptée. L’objectif est de se doter d’un outil efficace, avec des données mises à jour plus régulièrement. Comment peut-on vraiment comprendre le suicide alors que les dernières statistiques dont nous disposons aujourd’hui remontent à 2010 ? Par ailleurs, l’Observatoire remettra chaque année des recommandations au ministère de la Santé.

 

Le risque n’est-il pas d’empiler de nouveaux rapports, sans décision concrète ?

Pr Michel Debout – Une chose est sûre : sans rapport ni recommandation aucune mesure ne pourra être prise ! La performance de l’Observatoire dépendra avant tout de la mobilisation de ses 50 membres. Il revient à chacun – représentants des grands services de l’Etat, des associations ou des services de soins – d’alimenter la réflexion et de soutenir les actions entreprises.

 

La prévention peut-elle réellement faire diminuer le nombre de suicides ?

Pr Michel Debout – L’exemple des moins de 20 ans montre qu’il n’existe pas de fatalité. Depuis une quinzaine d'années, on s’est davantage préoccupé du mal-être des jeunes. Résultat, grâce à une série de mesures visant à apporter une meilleure réponse à ce problème, le nombre de suicides dans cette classe d’âge a reculé de 50 %. Cela doit nous montrer le chemin.

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