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Actualités santé

Troisième Plan autisme : des changements attendus

[ Publié le 26 juin 2013 ]

Le Plan autisme 2013-2017 prône un dépistage dès 18 mois et une prise en charge davantage éducative et comportementale que psychanalytique. Un tournant salué par les familles, qui redoutent toutefois que son application ne soit difficile.

Dévoilé le 2 mai dernier par la ministre déléguée en charge des personnes handicapées, Marie-Arlette Carlotti, le troisième Plan autisme entérine les recommandations de la Haute Autorité de santé (HAS), préconisant une prise en charge prioritairement fondée « sur une approche éducative, comportementale et développementale ». La ministre a ainsi remis en cause officiellement la méthode psychanalytique qui prévalait jusqu’à présent, non sans froisser au passage certains professionnels de la psychiatrie.

 

Doté d’un budget de 205 millions d’euros (soit 18 millions de plus que le précédent), ce nouveau plan met l’accent sur le dépistage précoce de ce grave trouble du comportement qui touche environ 1 nouveau-né sur 100 en France. Objectif : obtenir un diagnostic dès 18 mois, contre 3-4 ans à l’heure actuelle.

 

Parallèlement, 100 unités d’enseignements en maternelle pour les enfants avec autisme seront créées d’ici à 2017, dont 30 unités pilotes dès la rentrée 2014. Et, pour favoriser cette intégration scolaire, les services d’éducation spéciale et de soins à domicile (Sessad) seront également développés.

 

Un manque de formation           

Si les associations de parents d’enfants autistes saluent l’engagement de la ministre dans cette volonté de changement, elles demeurent toutefois sur la réserve au regard des moyens alloués à la mise en place de ces nouvelles mesures. « Deux cents millions d’euros pour ce projet, c’est hélas dérisoire par rapport à l’immensité des besoins », déplore Danièle Langloys, présidente d’Autisme France.

 

Mais surtout, les familles s’inquiètent de voir la réalisation du plan reposer sur les structures préexistantes, qui sont presque toutes placées sous l’égide de la psychiatrie. « Les fonds débloqués iront aux structures dont l’inefficacité a été prouvée et dont les familles ne veulent pas, martèle M'Hammed Sajidi, président de Vaincre l’Autisme. Le gouvernement a choisi de renforcer les structures existantes, c’est-à-dire la psychanalyse. On va donc aggraver les erreurs déjà commises depuis quarante ans. » Un point que réfutent les psychiatres, selon lesquels les pratiques de soins sont plus variées qu’on ne veut bien le dire (voir encadré).

 

Autre problème, selon les associations : l’application concrète du dépistage précoce. Aucun cahier des charges ne définit ce dont il s’agit, combien d’heures ou quel type de programme y seront dédiés. « Comment va-t-on obliger les médecins à changer de pratique ? Cela va prendre de nombreuses années », souligne Danièle Langloys.

 

Pour sa part, l’association Vaincre l’Autisme réclame davantage de financements pour les structures innovantes capables d’effectuer le diagnostic précoce, comme l’unité de l’hôpital pédiatrique Robert Debré, à Paris. « Si la France est en retard par rapport à d’autres pays, c’est parce que les médecins ne sont pas formés au diagnostic avant 18 mois. Il faudrait intégrer un module sur l’autisme dans le cursus universitaire médical », suggère M'Hammed Sajidi.

 

Un manque de formation que regrette aussi le Pr Claude Bursztejn, psychiatre et co-responsable du centre de ressources autisme d’Alsace. « Il y a un gros effort à faire en matière de formation et de sensibilisation des professionnels de santé. Le travail est amorcé, reste à le généraliser pour qu’il n’y ait pas de disparités dans la prise en charge, selon le lieu où on habite. » 

 

Les adultes, oubliés du plan

Les associations dénoncent enfin la situation des adultes autistes, « absolument dramatique », selon elles. « Les adultes sont les grands oubliés de ce plan, aucun moyen ne leur a été donné, ou presque. Quand on sait que cela concerne deux tiers des personnes autistes, on ne peut que juger cela affligeant », constate Danièle Langloys. « Peu de mesures ont effectivement été prises en faveur des adultes, confirme le Pr Bursztejn. Pourtant, il y a beaucoup à faire de ce côté ». 

 

D’où la réaction critique des familles, qui estiment n’avoir pas été vraiment entendues. « Nous savons ce qui est bon pour nos enfants, mais nous ne sommes pas associés aux choix thérapeutiques. De toute manière, c’est la psychanalyse ou rien. Les quelques établissements qui proposent des aides et stimulations différentes sont très rares. On nous impose des pratiques d’un autre âge », conclut Danièle Langloys.

 

La porte n’est toutefois pas complètement fermée. Les associations ont en effet obtenu la tenue d’un comité trimestriel de suivi du plan.

 

Ariane Langlois (Tribune Santé)

 

En savoir plus

www.social-sante.gouv.fr/IMG/pdf/synthese-3planAutisme.pdf

www.vaincrelautisme.org/

www.autisme-france.fr/autisme-france

 

Claude-Bursztejn« Les structures de soins ont une pratique diversifiée »
Le Pr Claude Bursztejn est psychiatre et co-responsable du centre de ressources autisme d’Alsace.


Comment définir l’autisme ?

Pr Claude Bursztejn – On parle d’autisme lorsqu’un enfant, un adolescent ou un adulte présente des troubles des interactions sociales (manière d’entrer en contact avec les autres), des troubles de la communication (langage, gestuelle, mimiques) et des activités restreintes, répétitives. Cependant, les degrés du handicap qui en résulte sont très variés. Certaines personnes ont du mal à communiquer, mais d’autres s’expriment bien et leur handicap n’est pas toujours évident. C’est là toute la difficulté du diagnostic.

 



Connaît-on l’origine de ces troubles ?

Pr Claude Bursztejn – Non, on ne sait pas précisément d’où vient l’autisme. De forts soupçons pèsent sur les facteurs génétiques, sans pour autant qu’on ait pu préciser avec certitude les gènes en cause. On s’interroge également sur l’éventualité de facteurs environnementaux, mais cela reste une hypothèse. Il faut souligner en tout cas que, contrairement à ce qui a été dit à une certaine époque, l’autisme n’est pas dû à de mauvaises relations avec les parents.

 

Comment l’autisme est-il pris en charge ?

Pr Claude Bursztejn – La prise en charge des enfants présentant des troubles autistiques se répartit entre des services de pédopsychiatrie et des structures médico-éducatives. Un nombre croissant d’entre eux sont scolarisés en école ordinaire, avec le soutien d’auxiliaires de vie scolaire. Si les références psychanalytiques sont utilisées pour comprendre le fonctionnement psychique de ces enfants, la plupart des structures de soins ont une pratique diversifiée, comprenant différentes activités (éducatives, jeu, médiation, etc.). Il est donc abusif de présenter ces prises en charge en hôpital de jour comme des « internements psychiatriques ».  

 

Propos recueillis par A.L. (Tribune Santé)

 

 

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