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Actualités santé

OGM : l'étude du Pr Séralini remise en cause

[ Publié le 21 septembre 2012 ]

Une partie de la communauté scientifique mondiale critique les résultats de l'étude sur les organismes génétiquement modifiés et les conditions dans lesquelles elle a été réalisée.

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Quelle valeur accorder à cette étude aux résultats alarmants, rendue publique le 20 septembre, sur la nocivité des organismes génétiquement modifiés (OGM) ? Plusieurs chercheurs s'interrogent, en France, mais aussi à l'étranger, sur la validité scientifique de ce travail.

La publication de l'étude du Pr Gilles-Eric Séralini intervient quelques jours avant la sortie, le 26 septembre 2012, de son dernier ouvrage, "Tous cobayes" et d'un film "librement adapté de ce livre". "Les initiateurs de ce qui ressemble à une opération de communication savamment orchestrée ont obtenu ce qu'ils souhaitaient", déplore l'Association française pour l'information scientifique (Afis), souvent critiquée par les militants anti-OGM. Et de poursuivre, "les auteurs, militants engagés dans la lutte contre les OGM, semblent privilégier un plan de communication médiatique au détriment du fond scientifique".

Des rats trop sensibles
Ancien directeur scientifique à l'Institut national de la Recherche agronomique (Inra), nutritionniste et toxicologue, Gérard Pascal a épluché les données publiées par le Pr Séralini et son équipe. Son constat est lapidaire : "Ce travail est nul et non avenu. Il n'est pas question de prendre en compte ces résultats !" Plusieurs raisons à cela et notamment "la souche de rats utilisée dans ce travail", explique Gérard Pascal.

"Ce sont des animaux très sensibles à l'apparition de tumeurs sous l'influence de facteurs environnementaux. Tous les scientifiques qui effectuent des études de cancérogénèse le savent très bien : dans ce cas, il est impensable d'utiliser ce type de rats. Il s'agit clairement d'un biais". Cet argument est aussi mis en avant par le directeur de recherche au King's College de Londres. Dans la revue The New Scientist, Tom Sanders explique que "ces rats présentent des tumeurs mammaires très facilement, surtout quand on leur donne de la nourriture en abondance, ou du maïs contaminé".

Des "cohortes" trop petites
Le deuxième reproche fait au travail est lié à la très petite taille des lots d'animaux utilisés : "Seulement 10 alors qu'il en faut 50 pour réaliser une étude de cancérogénèse selon les protocoles standardisés", reprend Gérard Pascal. "A partir de là, je ne vois pas ce que l'on peut conclure". Gérard Pascal et Tom Sanders, ajoutent une troisième raison : "Mis à part bien-sûr le maïs transgénique, nous n'avons aucune information sur la composition du régime alimentaire des rats. Or cela peut avoir un impact important sur le risque d'apparition de tumeurs".

Reste toutefois à comprendre comment une telle étude, avec de telles lacunes, a pu être publiée dans une revue dotée d'un comité de lecture, comme la Food and Chemical Toxicology. "C'est effectivement une question que je me pose ainsi que de nombreux confères à travers le monde. C'est incompréhensible. La revue a pris un grand risque", commente Gérard Pascal.

Une étude à cautionner
Le 20 septembre, le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a "demandé une procédure rapide, de l'ordre de quelques semaines, qui permette de vérifier la validité de cette étude. Si les résultats en sont concluants, Stéphane Le Foll (le ministre de l'Agriculture), défendra au niveau européen, l'interdiction des OGM".

De son poste d'observateur, "totalement indépendant des firmes de biotechnologies" tient-il à préciser, Gérard Pascal n'imagine même pas que ce travail débouche "sur quoi que ce soit. Le ballon risque de rapidement se dégonfler", conclut-il.

Pour aller plus loin : Tout savoir sur les OGM et la santé, rendez-vous sur le site www.canalacademie.com, alimenté par les Académiciens et experts scientifiques.

Sources : Interview de Gérard Pascal, 20 septembre 2012. The New Scientist, 20 septembre 2012. Service de presse du Premier ministre, 20 septembre 2012. Comité de recherche et d'information indépendantes sur le génie genétique (Criigen), site consulté le 20 septembre 2012.

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