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Actualités santé

Dr Jean Chambry : "Il y a une banalisation de la sexualité, totalement détachée du désir amoureux"

[ Publié le 20 juin 2012 ]

De plus en plus confrontés à des images sexuelles sur le net, les adolescents développent de nouvelles pratiques sans forcément bien en mesurer les conséquences. Comment les parents peuvent-ils en parler avec eux ? Et que leur dire ? Le Dr Jean Chambry, pédo-psychiatre et responsable du pôle adolescents de la Fondation Vallée, nous livre quelques conseils.

Les adolescents d’aujourd’hui sont-ils davantage exposés aux images sexuelles ?
Dr Jean Chambry
– Assurément, compte tenu de la multiplication des supports médiatiques, comme Internet et les réseaux sociaux, qui diffusent des représentations de la sexualité de manière abondante. Sur le web, la pornographie est gratuite, illimitée, et non contrôlée ! Surtout, ces images représentent la sexualité de manière artificielle. Résultat : l’adolescent envisage la sienne comme une performance, quelque chose de sensationnel, sans valeur et qui n’engage pas. Il y a alors une séparation mentale entre l’acte et le désir amoureux alors que celui-ci devrait en être la cause. Le processus amoureux n’est plus effectué. Sur les réseaux sociaux et les smartphones, certains adolescents produisent ou utilisent des images pornographiques pour se montrer intéressants. C’est le cas des sextapes (relations sexuelles filmées) diffusées à l’insu d’un des deux protagonistes. Il s’agit à la fois d’un besoin de reconnaissance et d’humilier l’autre pour affirmer sa personnalité.

 

Quelles conséquences ont ces nouvelles pratiques sexuelles chez le jeune adulte ?
Dr Jean Chambry – La sexualité se banalise, totalement détachée du désir amoureux. Ce qui peut avoir de lourdes conséquences sur les relations entre hommes et femmes. Par exemple, de jeunes femmes n’hésitent pas à prodiguer des actes oraux afin d’obtenir quelque chose : l’acte n’a plus de valeur. Les garçons, eux, intègrent l’idée reçue que toute fille est ouverte à une relation sexuelle, d’autant plus si elle s’habille de façon sexy. Il y a là une violence sexuelle qui est l’expression de beaucoup de fantasmes, véhiculés par le flot d’images X. En outre, certains jeunes ont l’impression de ne pas être aussi performants que les acteurs de films pornographiques. Ils n’ont donc pas ou plus confiance en eux.

 

Quels conseils peut-on alors donner aux parents ?
Dr Jean Chambry – Il est impératif de faire comprendre à son ado que rien n’est forcé dans l’acte sexuel, que le sexe n’est pas une question de technique, de performance, mais de désir amoureux. En réalité, le problème n’est pas tant que les ados regardent ce genre d’images mais la fausse ou la non compréhension qu’ils peuvent en avoir. Pour les plus jeunes à l’orée de la puberté, être confronté à ce type d’images peut être traumatisant. Ils ne sont pas suffisamment mûrs pour y mettre du sens. Les parents doivent faire savoir à leur enfant qu’il n’y a pas de honte à se sentir gêné par ces images, et encore moins à en parler. Mieux vaut ne pas instaurer immédiatement des mesures préventives comme le contrôle parental, mais se mettre d’accord sur le temps passé sur Internet ou le contenu des sites visités. Toutefois, il n’est pas nécessaire d’être "ami" avec son ado sur les réseaux sociaux, cela freinerait sa spontanéité et serait vécu comme une atteinte à son intimité. En revanche, il est recommandé de consulter son historique web. Surtout, il faut entretenir le dialogue et s’intéresser à la manière dont son enfant utilise ces outils. Pour les mobiles, les parents doivent avant tout réfléchir au bien-être de leur enfant. A-t-on vraiment besoin d’un smartphone et le maîtrise-t-on vraiment à 14-15 ans ? Je ne crois pas.

Propos recueillis par Jérôme Guedj.


Mot-clef : Sexualité

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