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Cancer du sein : trop de traitements lourds inutiles ?

[ Publié le 19 octobre 2011 ]

La prévention et le traitement des cancers du sein se sont beaucoup améliorés ces dernières années. Toutefois, les avancées de la médecine pourraient induire des effets contre-productifs. Notamment sur l’excès de traitement. Cette problématique devrait être au coeur des 33e Journées de la Société française de sénologie et de pathologie mammaire (SFSPM), qui se dérouleront du 9 au 11 novembre à Marseille.

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Le cancer du sein est l’un de ceux qui ont le plus bénéficié des avancées médicales depuis ces dernières années. Le dépistage et la prise en charge de cette maladie se sont beaucoup améliorés. Toutefois, ces évolutions peuvent induire des effets contre-productifs. La question des "sur-traitements" observés pour ces cancers apparaît particulièrement préoccupante.

"Le sur-traitement est le traitement excessif d’une tumeur qui aurait pu être traitée de façon moins agressive", explique le Pr Pascal Bonnier, cancérologue à l’hôpital Beauregard de Marseille. Concrètement, "dans certains cas, des patientes atteintes d’une tumeur au sein avec un bon pronostic, sans ganglions malades, se voient proposer des traitements lourds comme une chimiothérapie ou une hormonothérapie." Or, pour les 10 à 20% de malades risquant de développer des métastases, et pour lesquelles un tel traitement serait bénéfique, "le reste va souffrir inutilement des effets secondaires", déplore-t-il.

Comment améliorer les décisions thérapeutiques ? "C’est bien là le problème", répond le Pr Bonnier. "En tant que médecins, nous avons à coeur de bien faire mais on ne peut prédire le potentiel évolutif de certaines petites tumeurs." Même les cancers hormono-dépendants, c’est-à-dire provoqués par des hormones, notamment dans le traitement de la ménopause, "ne fournissent pas tous les outils dont nous aurions besoin pour mettre en place une thérapie ciblée".

La recherche doit donc "encore avancer en la matière, en définissant de meilleurs facteurs prédictifs pour permettre d’affiner les référentiels de mise en place des traitements", souligne le Pr Bonnier. Cette situation concerne tous les traitements, qu’ils soient locaux comme la chirurgie et la radiothérapie, ou généraux comme la chimiothérapie ou l’hormonothérapie.

Une décision conjointe
D’autres facteurs, humains cette fois, favoriseraient les sur-traitements. "Le choix définitif pourrait revenir à la patiente, mais elles n’ont pas l’habitude de prendre ce type de décision. Elles se reposent entièrement sur leur médecin", témoigne le Pr Bonnier. "Or, dans les cas que l’on appelle ‘frontière’, où deux bonnes options se présentent, chacune avec des avantages et des inconvénients, le praticien ne peut prendre seul la décision."

L’avis de la patiente est alors important. Mais quand le médecin lui explique précisément la situation et les options envisageables, elle finit trop souvent par lui demander : "Docteur, que feriez-vous à ma place ?" "Si les médecins ne se défaussent pas de leur responsabilité, ils n’ont pas la science infuse", insiste le Pr Bonnier. Ils peuvent même avoir peur : "D’éventuelles représailles judiciaires peuvent faire suite à un choix thérapeutique" considéré, après coup, comme mauvais, regrette-t-il. Résultat : de nombreux cancérologues préfèrent se protéger au maximum, en prescrivant le traitement le plus complet possible.

"Il existe des référentiels donnant les grandes lignes des traitements à mettre en place en fonction du type de cancer, mais ils sont encore bien flous", précise le Pr Bonnier. "Ainsi, certaines équipes mettent sous chimiothérapie 75% des patientes atteintes d’un cancer infiltrant, c’est-à-dire quand les cellules cancéreuses ont infiltré les tissus avoisinants, alors que d’autres s’en tiennent à 50%."

Le dépistage et la prise en charge des cancers du sein ne sont pas remis en cause pour autant. "Il faut poursuivre la recherche et affûter les protocoles thérapeutiques à mesure que les techniques nous permettent de dépister des tumeurs plus petites", conclut le Pr Bonnier. Si le traitement pose des cas de conscience, la prévention et le dépistage demeurent les meilleures armes dans la lutte contre le cancer du sein.

Source : interview du Pr Pascal Bonnier, 11 octobre 2011
(Destination santé ©)

Mot-clef : Cancer sein

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