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Jeux de hasard : à consommer avec modération

[ Publié le 8 juin 2011 ]

Faites vos jeux, rien ne va plus ! Ceux de hasard et d’argent donnent parfois lieu à une véritable attitude addictive, avec des conséquences qui peuvent être graves. Comment savoir si l’on est devenu dépendant ? Comment se sortir de cette spirale ? Le point avec deux psychiatres spécialisés en addictologie.

jeux

Etes-vous un "joueur pathologique" ? C’est ainsi qu’on nomme les personnes qui jouent à des jeux de hasard et d’argent au-delà de leurs capacités financières, ou bien y passent une trop grande partie de leur temps. Au détriment de leur vie sociale, familiale ou professionnelle.

"Le jeu remplit une fonction à la fois psychique et sociale : il a un caractère universel, présent à toutes les époques et répandu dans toutes les cultures", explique le Pr Michel Reynaud, chef du département de psychiatrie et d'addictologie à l'hôpital universitaire Paul-Brousse de Villejuif, lors d’une conférence de presse consacrée à cette question le 13 mai. "Il répond à des besoins profonds qui entraînent son utilité sociale", notamment l’impression de s’échapper ponctuellement des contraintes de la réalité.

Si le jeu en lui-même n’est donc pas une mauvaise chose, certaines personnes sont plus susceptibles de développer des conduites excessives, voire addictives. Concrètement, "ils jouent plus, plus souvent, plus longtemps et en dépensant plus d’argent que la limite qu’ils s’étaient fixée, sans pouvoir s’arrêter", décrypte le Pr Jean-Luc Venisse, chef du service de psychiatrie à l’hôpital universitaire de Nantes.

Contrôler le hasard
Le jeu pathologique touche 0,5 à 1% des joueurs réguliers. Il s’agit souvent d’hommes ayant entre 35 et 55 ans, même si la proportion de femmes tend à augmenter. Ce phénomène touche toutes les catégories socioprofessionnelles, et plus particulièrement les personnes ayant des ressources financières modestes. Par ailleurs, 2% des joueurs réguliers seraient des " joueurs problématiques", c'est-à-dire conscients qu’ils dépassent leurs limites mais encore capables de se modérer. "C’est ce qui permet d’établir la différence entre ces deux stades, même si la distinction est un peu floue", indique le Pr Venisse.

"Le joueur pathologique est un impulsif qui associe des croyances erronées aux résultats de ses parties : il vit dans l’illusion qu’il peut contrôler le hasard", précise-t-il. D’ailleurs, au départ, tout semble lui donner raison : il gagne ! Mais ensuite, il perd de l’argent. "Lorsqu’il réalise ce qui se passe, il tente de se refaire", indique le Pr Venisse. Il peut aller de l’emprunt bancaire, ou à son entourage, à la délinquance : surendettement, fraude, vol. De fait, "un quart des joueurs pathologiques ont déjà eu affaire à la justice." Les mensonges à l’entourage sont également monnaie courante.

"Cette course effrénée vers le gain va altérer la qualité de vie. Le joueur pathologique souffre alors d’atteintes physiques, sociales, personnelles, familiales et psychologiques potentiellement graves", avertit le Pr Venisse. La "spirale infernale" engendrée le pousse alors au désespoir et à la dépression. Il se sent "pris au piège" et incapable de lutter. "On observe souvent une dépendance associée : alcool, tabagisme, dans un objectif d’évasion", indique le Pr Reynaud. Dans les cas extrêmes, il peut aller jusqu’au suicide.

Associer l’entourage aux soins
C’est souvent dans cette phase de désespoir qu’il est poussé par son entourage à consulter un psychiatre. "L’entourage joue un rôle fondamental dans la prise en charge de ce type d’addiction", souligne le Pr Venisse. "Il doit donc toujours être associé aux soins."

Le traitement de l’addiction au jeu passe par une aide à la prise de conscience, comme pour l’alcool ou les drogues. "Il existe une phase de déni", signale le Pr Venisse. Une fois cette phase passée, le patient doit assumer les conséquences, notamment financières, de son addiction, comme monter un dossier de surendettement ou mettre en place des mesures comme l’interdiction d’entrée dans les casinos.

"Le psychiatre, avec l’appui de l’entourage, va aussi l’aider à comprendre pourquoi il a dérapé, en réinscrivant ce problème dans son histoire", indique le Pr Venisse. Il va enfin proposer des thérapies cognitives comportementales pour limiter le risque de rechute, ou celui de développer d’autres addictions. "La place des médicaments est très restreinte, sauf en cas de dépression associée", précise le Pr Venisse.

Contrairement aux addictions à l’alcool ou aux drogues dures, "l’abstinence n’est pas l’unique solution : elle ne doit être envisagée que si la personne n’est pas capable de se modérer", estime le Pr Venisse. Il prône la notion de "jeu responsable" : "Il faut protéger le consommateur en donnant une information claire et appropriée sur le jeu, ses bénéfices et ses risques, afin de lui permettre de faire un choix éclairé et responsable sur sa pratique."

Alexandra Capuano

Mot-clef : Addiction jeu

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