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Actualités santé

« Toutes les méthodes qui permettent d'arrêter de fumer sont bonnes à prendre »

[ Publié le 4 avril 2014 ]

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Joseph Osman, tabacologue et directeur de l’Office français de prévention du tabagisme (OFT)

Quels conseils donneriez-vous à une personne qui souhaiterait arrêter de fumer ?

Joseph Osman  - 

D’emblée, je ne peux rien lui dire de clair tant que je n’ai pas analysé sa situation tabagique. Il n’existe pas un fumeur, mais des fumeurs. La cigarette entraîne plusieurs types de dépendance. Certains fumeurs peuvent arrêter seuls. D’autres, physiquement dépendants, ne peuvent arrêter que s’ils prennent des doses de nicotine substitutives suffisantes. D’autres encore ont une dépendance comportementale : à ceux-là, on pourra donner toute la nicotine qu’on veut, ce sera insuffisant. Et puis, il y a des personnes qui présentent une dépendance affective, c’est-à-dire une violente forme d’attachement, et pour celles-là, souvent, la nicotine ne répond pas à l’essentiel des besoins pour arrêter de fumer. Enfin, il est d’autant plus important d’appréhender la situation du patient dans sa globalité que d’autres difficultés, personnelles ou professionnelles, peuvent venir se greffer et amplifier le problème de tabagisme.

 

La prise en charge se fait, donc, au cas par cas…

Joseph Osman  - 

Effectivement, et c’est tout l’intérêt d’un coaching. Cet accompagnement personnalisé doit tenir compte des besoins nicotiniques du fumeur, mais aussi prendre en compte des considérations comportementales, psychologiques, voire psychanalytiques. L’arrêt du tabac est une affaire très complexe.

 

Dans tous les cas, et même si la majorité des fumeurs réussissent à arrêter seuls, il est préférable de consulter un tabacologue…

Joseph Osman  - 

Absolument. Bien sûr, les substituts nicotiniques sont en vente libre, vous pouvez donc directement demander conseil à votre pharmacien. Celui-ci saura sans doute vous donner un patch adapté à votre consommation, mais cela s’arrêtera là. Avec un tabacologue, vous serez soumis à une batterie de tests, dont celui qui consiste à vous faire souffler dans un analyseur de monoxyde de carbone. Il vous interrogera aussi sur vos motivations, etc., pour évaluer avec le maximum de précision ce dont vous avez vraiment besoin. Et, surtout, il peut vous proposer un suivi déterminant.

 

Absolument. Bien sûr, les substituts nicotiniques sont en vente libre, vous pouvez donc directement demander conseil à votre pharmacien. Celui-ci saura sans doute vous donner un patch adapté à votre consommation, mais cela s’arrêtera là. Avec un tabacologue, vous serez soumis à une batterie de tests, dont celui qui consiste à vous faire souffler dans un analyseur de monoxyde de carbone. Il vous interrogera aussi sur vos motivations, etc., pour évaluer avec le maximum de précision ce dont vous avez vraiment besoin. Et, surtout, il peut vous proposer un suivi déterminant.

Joseph Osman  - 

C’est connu, c’est validé : en première intention, on prescrit les traitements nicotiniques de substitution, quels qu’ils soient, en fonction des besoins du fumeur. Mais attention, en première intention également, viennent les thérapies comportementales et cognitives (TCC). Car si les substituts permettent de lutter efficacement contre la dépendance à la nicotine, les TCC aident à se défaire de la dépendance psychoaffective ou comportementale. En couplant ces deux méthodes, on multiplie les chances d’arrêt par deux : avec les substituts, le taux de réussite est de l’ordre de 20 à 30 %. Si vous ajoutez une TCC, il passe bien souvent à plus de 50 %. Il y a toutefois une réserve, elle concerne les femmes enceintes. Durant plus d’une décennie, on a prétendu qu’elles devaient utiliser des patchs pour réussir leur sevrage si elles ne parvenaient pas à arrêter spontanément. Or, une étude française publiée en mars dans le British Medical Journal (1) a montré que cette méthode avait des limites : traitées avec un vrai patch ou un patch placebo, le résultat était similaire. Du coup, la recommandation consiste à prescrire aux femmes enceintes des TCC en première intention.

 

La diversité des traitements nicotiniques de substitution constitue-t-elle un atout ?

Joseph Osman  - 

L’arrivée sur le marché, il y a deux ans, du patch à 25 mg a effectivement permis de soulager plus efficacement les gros fumeurs, physiquement dépendants. Quant au très récent spray buccal, il est encore trop tôt pour tirer des conclusions. Mais selon les patients qui l’ont adopté, il semblerait qu’il enlève presque instantanément l’envie de fumer.

 

Que faut-il penser des traitements médicamenteux, à savoir le Zyban et le Champix ?

Joseph Osman  - 

L’un et l’autre sont rarement prescrits en premier recours. Le Zyban est un antidépresseur à l’origine, qui a été très utilisé au début des années 2000. Il coupe l’envie de fumer, mais peut entraîner des nausées et autres désagréments. Quant au Champix, prescrit depuis 2006 comme aide au sevrage tabagique, il donnerait moins d’effets secondaires et, utilisé à bon escient, il enregistre des résultats à peu près comparables à ceux des substituts nicotiniques. Il a cependant été accusé d’augmenter le risque de dépression, voire d’être à l’origine de rares suicides. Mieux vaut donc, en règle générale, tabler sur les substituts, même si les épisodes dépressifs qui ont été observés sont plus vraisemblablement à mettre sur le compte de l’arrêt du tabac et, donc, du manque de nicotine.

 

Hypnose, acupuncture… Quel regard portez-vous sur les méthodes alternatives ?

Joseph Osman  - 

Toutes les méthodes qui permettent d’arrêter de fumer sont bonnes à prendre. Cependant, les voies alternatives, si elles ne doivent pas être systématiquement rejetées, ne donnent pas de résultats supérieurs à ceux d’un placebo. Elles peuvent être envisagées comme un complément aux méthodes reconnues, le cas échéant.

 

Reste la cigarette électronique. Des millions de Français, dit-on, la plébisciteraient. Est-ce pour autant une méthode fiable, voire conseillée ?

Joseph Osman  - 

A l’occasion de mes missions en entreprises, je constate qu’en moyenne, sur 100 personnes qui l’utilisent, 75 l’abandonnent dans les trois à six mois pour revenir à la cigarette classique. Et sur les 25 autres, un tiers réussit à arrêter la cigarette traditionnelle, un tiers conjugue les deux cigarettes – ce qui ne présente pas un grand intérêt – et un dernier tiers l’abandonne dans les trois à six mois pour reprendre la cigarette classique. Ces données recoupent à peu près celles de la MILDT (2), exposées à l’occasion d’une étude récente qui indique que seulement 1,3 % de la population « vapote » durablement, ce qui représente entre 500 000 et 700 000 personnes (4,5 % des fumeurs). On est loin des millions d’adeptes prétendus. On confond en effet les « expérimentateurs » avec les « vapoteurs ». Pour autant, si ces vapoteurs devaient rester vapoteurs exclusifs, on pourrait réduire la mortalité due au tabac de 2 000 à 4 000 morts par an d’ici à vingt ans !

 

C’est une donnée positive…

Joseph Osman  - 

Oui, mais il faut néanmoins la contrebalancer avec une autre, assez inquiétante : le succès de la cigarette électronique auprès des jeunes. On estime que 20 à 35 % des 15-24 ans l’ont expérimentée. On peut également craindre que les ex-fumeurs, la nostalgie aidant, se remettent à fumer en passant par la cigarette électronique, et que cette dernière conduise même des individus qui, sans elle, n’auraient jamais fumé, à se tourner un jour vers le tabac. Or quand on sait que l’industrie du tabac est aujourd’hui partie prenante majoritaire dans le circuit grâce au rachat de nombreux brevets, on a tout lieu d’être très préoccupé. De mon point de vue, la cigarette électronique se présente potentiellement comme une bombe à retardement.

 

En clair, vous la déconseillez ?

Joseph Osman  - 

Aujourd’hui, il y a débat parmi les tabacologues. Il y a ceux qui la défendent, expliquant qu’elle est de toute façon moins nocive que la cigarette classique, notamment parce qu’il n’y a pas de combustion. Il n’empêche, elle est formellement déconseillée aux femmes enceintes et on ne possède pas de données à long terme. En réalité, que sait-on réellement de sa toxicité ? L’avenir nous éclairera. Mais en attendant, personnellement, je serais plutôt favorable à une vente en pharmacie, encadrée, pendant au moins deux ou trois ans, le temps d’en savoir plus sur son éventuelle efficacité, qui est elle-même remise en cause par des études américaines très récentes. L’idée, par ailleurs, qu’un médecin la prescrive en première intention dans certaines pathologies avérées ou potentielles (difficultés respiratoires ou cardiaques…) me semble également tout à fait défendable, et même parfois indispensable. Le problème, à l’heure actuelle, c’est qu’on compare les bienfaits à court terme de la cigarette électronique avec les méfaits à long terme de la cigarette classique, qui, eux, sont clairement identifiés.

 

La prise de poids est souvent un argument pour reculer le moment d’arrêter. Que répondez-vous à ceux qui redoutent de prendre des kilos ?

Joseph Osman  - 

Sur ce point, si le risque est réel, il n’y a pas de fatalité. D’ailleurs, environ 5 % des fumeurs qui arrêtent perdent du poids ! C’est l’effet paradoxal. Cela dit, un tabacologue saura vous guider et vous orienter pour éviter ou limiter strictement la prise de poids (diététique, activité physique…).

 

Est-on jamais débarrassé de la cigarette ?

Joseph Osman  - 

Quasiment jamais. Après deux à trois semaines sans tabac, les récepteurs nicotiniques ne sont plus en alerte. Pour autant, ils ne sont jamais très loin. Résultat, quand vous reprenez une cigarette, y compris des années après l’arrêt, si la première, voire la deuxième, ne répondent pas à une injonction de ces récepteurs, à partir de la troisième, le cerveau a repris les commandes. C’est en cela aussi qu’une thérapie comportementale et cognitive, initiée en première intention, a son utilité pour comprendre les mécanismes qui régissent votre dépendance et prévenir le risque de rechute.

 

Propos recueillis par Elisabeth Bouvet (Tribune Santé)

(1)  http://www.bmj.com/press-releases/2014/03/11/nicotine-patches-do-not-appear-help-pregnant-smokers-quit

(2)  Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie : www.drogues.gouv.fr

En savoir plus : www.ofta-asso.fr/

 

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